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5月7日 Cronaca romana XXIX – History repeating
La semaine aurait pu très mal commencer. D’abord, parce qu’une semaine qui commence le mardi – mon retour de France – au lieu du lundi, c’est pas du jeu. Ensuite, parce que par quelque mystère du réseau Vodaphone, je n’ai pas réussi à envoyer de textos pendant trois jours, ce qui est handicapant pour quelqu’un qui certes, communique peu, mais quand même un tantinet. Pour conclure, parce que les téléphones publics de Rome sont tous atteints d’une grave maladie qui empêche de se servir de monnaie (ce qui est drôlement pratique, quand on ne veut pas acheter une carte téléphonique). Tout ceci s’est conclu par une remarque tout à fait désobligeante d’une personne que je ne nommerai pas, qui s’est marrie d’une anecdote se voulant amusante sur sa propension à faire des cadeaux, disons, « étranges », à ses amis lorsqu’elle revient de ses tours du monde. Bref bref bref.
Donc, vous aurez noté ce magnifique conditionnel. Et en fait, non.
Comme d’habitude, la semaine a passé à une vitesse déconcertante.
J’ai enfin revu Nino depuis sa varicelle, et ça va, il n’est pas défiguré. J’ai eu très peur. J’aurais eu en même temps l’occasion de faire monter les enchères pour les quelques dizaines de photos que j’avais faites de lui il y a quelques temps… Ce n’est pas perdu. C’est d’ailleurs ce Nino qui, mercredi soir, alors que je me plaignais d’une douleur dans le bas du dos, m’a demandé : « Ti sei fatto visitare ? », que j’ai un peu trop rapidement traduit par : « Tu t’es fait visité ? ». Bon, la formule est poétique, mais tout de même, c’est indiscret une question comme ça !... Quand il s’est rendu compte que je commençais à lui expliquer ce qui était plus dans mes habitudes dans ce genre de rapports à autrui (notez la périphrase), il a compris que nous n’étions pas sur la même longueur d’ondes. Et a précisé qu’il parlait d’une visite chez le médecin, pas de celle d’une tierce personne dans les environs de mon fondement.
Que puis-je vous raconter sans que cela ne paraisse décousu… En rentrant mardi, Mikael, bientôt suivi par Chiara et Giusi, a décortiqué le Têtu que j’avais eu la mauvaise idée d’acheter avant de partir ; donnant lieu à un grand nombre d’interrogations de la part des demoiselles, tandis que Mikael se pâmait devant le poster-boy que, d’ailleurs, il a collé à la porte de notre chambre malgré mon avis défavorable que j’exprimai en un « pfff » éloquent. Mercredi et jeudi, avec les enfants auxquels je donne des cours de cuisine (oui, je sais, c’est un bien grand mot), nous avons fait des œufs que j’appelle « Viêt-minh », c'est-à-dire brouillés avec des pousses de soja, des crevettes et du nuoc-mâm. Je vous donnerai la recette, si vous voulez. Le jeudi en question, j’ai eu un entretien avec la responsable exécutive des ateliers, qui a passé trois quarts d’heure à me faire des compliments, à manifester son regret de me voir partir (ce en quoi je l’ai rassurée : moi non plus, j’veux pas m’en aller !), et à expliquer en quoi mon implication dans l’activité culinaire péri-éducative pourrait changer la face du monde (comment ça, j’exagère ?). Vendredi, j’ai retrouvé Annabelle en fin d’après-midi pour aller acheter le cadeau d’anniversaire de Sandra (la Courge, pour le lecteur assidu), qui fêtait le soir même son vingt-troisième anniversaire. Avant d’aller acheter le cadeau, il a fallu trouver une agence où Anna aurait pu retirer un Western Union qui, en plus de payer le cadeau, couvrait une facture de gaz et une autre d’électricité. Entre deux fermetures d’agences, et tandis qu’elle maudissait les employés autant que ses chaussures qui lui donnaient déjà des ampoules, nous avons retrouvé Manuela, également de la partie, gentille, mais triple-courge : le même modèle que Sandra, mais en plus mou, plus lent et plus « innocent ». Romaine de naissance, elle ne savait pourtant pas se diriger autour de Campo dei Fiori où nous devions trouver la boutique pour acheter un coussin Hello Kitty (ne hurlez pas, je ne suis pas responsable), originalement placé dans un sac de plage Hello Kitty. Tout l’appartement, toute la vie de Sandra sont une ode à cette saloperie de chat japonais : autocollants, stylos, mugs, serviettes, valises ; tout, on trouve tout de Hello Kitty chez Sandra… Et à la boutique Hello Kitty. Enfin, nous sommes arrivés chez Milan, un ami de Sandra qui avait prêté son appartement pour la petite fétouille, le sien étant trop petit pour accueillir les neuf Italiens, les cinq Français, les trois Hongrois et l’unique Luxembourgeois conviés. Soirée gentillette, un tantinet plate, si bien que vers minuit, j’avais du mal à cacher mes bâillements à Carmen, charmante napolitaine, qui m’expliquait qu’elle devait faire un régime parce qu’elle se trouvait bâtie comme un travelo. Enfin, vers une heure, après avoir rassuré Sandra (« Ouiiiii, ton crayon est bien mis », « Ouiiii, elle sent bon ta crème à la myrrhe », etc.), nous sommes allés au Joia, petit immeuble où l’on trouve, au rez-de-chaussée, une discothèque, au premier, un bar, au second avec terrasse, un restaurant. Pour rentrer au Joia, c’est très simple, il suffit de remplir un de ces trois critères : - ravir l’assistance par un physique particulièrement plaisant, - disposer d’une Gold ou d’une Visa Premier, - être sur la liste.
En l’occurrence, Sandra était parvenue, grâce à l’ami d’une amie d’un cousin d’une voisine d’un beau-frère…, à nous faire inscrire sur la cette liste que, telle un Saint-Pierre plénipotentiaire, une dame en rose cochait et re-cochait avec violence, encadrée de quelques messieurs très grands, très bien bâtis, manifestement là pour le déco – mais on sait jamais, si quelqu’un voulait s’emparer furtivement de la liste ou entrer en force…
Donc, on a levé le menton en faisant une petite moue, genre « hmph », sans regarder autour de nous les gens qui se pressaient autour de l’entrée – sans entrer. J’ai été à mon corps défendant chargé de la collecte pour payer les bouteilles. Sandra, grâce à la sœur du beau-frère mentionné plus avant, qui n’est autre que le cousin (au second degré) de la cousine (au premier degré) d’un ami de sa colocataire, avait réussi à faire ramener le prix des bouteilles à 170 € au lieu de 230 € (ce qui, je le concède, reste encore hors de prix, mais tout de même plus futé que de boire au verre… A 15 €).
Bref, après m’être un peu pris la tête avec le staff sur la vodka, les glaçons, puis le délai qu’ont mis les bouteilles à arriver à la table – notez que j’écourte les détails pour éviter de trop me la jouer, mais un jour que vous êtes à Rome, essayez, pour voir, de seulement entrer au Joia – je me suis jeté sur la piste de danse où, bientôt suivi par Carmen, Sandra et d’autres, j’ai « fait de la place ». Car voyez-vous, quand Sandra – qui est, en soirée, vraiment au top, mais alors en journée, intolérable – et moi entrons sur une piste de danse, la foule pressée et oppressante se fend en deux par le milieu et prend un cours.
Plus de trois heures non-stop de gesticulations. Trois pauses : une pour boire et manger du kiwi (les fruits frais avec la vodka, c’était ma première fois, et c’est bon) aller aux toilettes, une autre pour seulement boire, la troisième pour prendre l’air en accompagnant les fumeurs – tout en narguant gentiment ceux qui étaient encore derrière les cordes et qui tentaient, encore, de rentrer – puis pour décoller Sandra de Lorenzo, qui est théoriquement la chasse gardée d’Anna, qui du coup l’a eu mauvaise, ce qui se comprend.
Et puis, la piste s’est vidée et les lumières se sont rallumées. Voilà, c’était fini.
Je suis rentrée chez Anna sans Anna, parce qu’elle allait chez Lorenzo, mais avec Celeste, sa colocataire sicilienne, et d’autres. Je me suis mis dans le lit d’Anna, j’ai envoyé un texto de bonne nuit (à six heures du mat’, mais c’est l’intention qui compte) à… Quelqu’un. (Mais que vous êtes curieux !) Ma jolie compatriote est rentrée sur les coups de onze heures, direction la plage pour « réviser » (si). En réalité on a fait rien d’autre que mater les ragazzi qui passaient (le fait est que derrière un bouquin de droit ecclésiastique, pas besoin de feindre davantage).
Le soir, Nino était motivé pour sortir, mais Anna était cuite. Enfin, quand Anna s’est reprise en main (enfin pendant deux minutes), c’est Nino qui a décrété le couvre-feu. On a regardé En attendant Godot (en Italien, je vous raconte pas) et on s’est mis au lit (dans deux séparés, hein).
Et voilà, c’est dimanche, je sais, je poste ENCORE en retard mais je fais ce que je peux.
Je vais déjeuner, voilà.
J*
History repeating : Propellerheads 5月2日 Chronique mixte – XXVIII – Le chien du voisin
Mon dernier post vous faisait trembler d’émotion épidermique en vous racontant les méthodes de bronzage d’Annabelle. Il s’est ensuivi une fin de semaine pleine de rebondissements follement divertissants (mais si).
J’ai donc retrouvé Annabelle lundi dans l’après-midi pour nous mettre en recherche d’une paire de chaussures blanches et d’un pantalon blanc, quelque chose d’estival donc. Il était donc parfaitement évident que j’en achète une paire noire de celle-ci et celui-là en bleu clair. J’ai poursuivi ma session d’achats irraisonnés en achetant un livre sur l’art graphique japonais et un autre sur Giotto, tandis qu’Annabelle se débattait par sms avec Diego sur quand se voir, et surtout, pourquoi.
Mardi, je me suis réveillé très tôt. *rebondissement* Comme rien de précisément urgentissime ne m’attendait, je me suis rendormi, bientôt très vite réveillé par les aboiements du chien du voisin.
J’ai appelé une compagnie de taxi pour être certain d’avoir un chauffeur en arrivant à Orly sans attendre. Je vous retranscris la conversation : « Bonjour, je voudrais un taxi pour jeudi, dix heures et demie, à Orly Sud. -Oui, vous arrivez d’où ? -De Rome. -Quel est votre numéro de vol ? -Ben euh je sais pas. -Attendez, je vais vous dire. Vous voyagez avec Air France ? -Non, Easyjet. -Ah. (Me donne le numéro de vol.) -Pour quelle heure ? -Dix heures et demie. -Vous arrivez où ? -A Orly Sud. -Et vous allez…? -A Paris Gare de Lyon, j’ai un train une heure plus tard. -Vous arrivez demain, c’est ça ? -Non, jeudi. -Ah, oui, jeudi 28. -Non, jeudi c’est le 27. -Oui, c’est ça. -A quelle heure ? -(Gnh.) Dix heures et demie. » Etc.
25 avril : fête nationale italienne, donc tous les touristes qui n’étaient pas occupés à acheter des souvenirs moches se sont retrouvés dans les rues à gêner mes déplacements. J’ai rejoint ma cousine Aude accompagnée d’une camarade thésarde, qui cherchait des épitaphes du Haut Empire. Deux adresses, deux échecs : le palazzo Barberini étant en travaux, les inscriptions ne sont pas accessibles pour raison de sécurité ; et la porte de la seconde adresse – le musée d’archéologie chrétienne, je crois – était évidemment ce jour-là fermée. Nous sommes repartis dans le centre boire un verre, rapidement rejoint par une autre collègue de ma cousine, ni médiéviste, ni antiquisante, mais géographe. *rebondissement* J’ai ainsi appris au cours d’une conversation le mot « doline » et l’adjectif « karstique » (dont je viens de découvrir en l’écrivant qu’il commençait par un k), « relatif au karst », nous dit le Larousse, précisant : « Relief karstique : relief particulier aux régions calcaires et résultant de l’action, en grande partie souterraine, d’eaux qui dissolvent le carbonate de calcium. (Il aboutit à la formation de grottes, avens, lapiés, dolines, etc.) »
J’avais rendez-vous avec Annabelle à sept heures et demie. Une succession de coups de fil et de messages repoussa le rendez-vous de vingt minutes, puis de vingt autres minutes, pour au final arriver à huit heures et demie. Je donnai rendez-vous à Pirus à la même heure, comptant sur son retard pour passer un moment de plus avec Aude et ses amies à la conversation au vocabulaire fascinant. Evidemment, Pirus trouva le moyen d’être à l’heure et me reprocha mon quart d’heure de retard – entre temps, Annabelle avait prévenu qu’elle aurait une autre demi-heure de retard ; puis elle arriva, un peu « brilla » (éméchée) et se confondant en excuses. Elle venait de passer l’après-midi à la plage où une vague connaissance fêtait son anniversaire, ce qui lui avait donné l’occasion de boire et de se baigner pour la première fois. Nous avons donc poursuivi dans un bar de sa connaissance. *rebondissement* En allant aux toilettes, j’avais remarqué que la porte de la réserve, située juste à côté des toilettes, s’ouvrait sur de beaux rayonnages de vodka et autres alcools ; j’ai donc transmis l’information à Annabelle qui, en allant à son tour aux toilettes, devait en repartir en faisant un petit crochet par la réserve et emprunter une bouteille du précieux liquide (facturé quelque chose comme 90 € sur la carte) – et puis, finalement, non, car il y avait file aux toilettes donc discrétion, bof. Pirus partit entre temps, parce qu’il n’est pas en vacances et qu’il se lève tôt, le pôvre. Au moment de partir, je suis allé aux « toilettes » desquels je suis vite parti en faisant des petits signes faciaux donnant l’impression que j’étais agité de tics nerveux. Annabelle a compris et s’est prestement levée, puis nous sommes partis avec un certain empressement… …quand soudain, cent mètres plus loin, un monsieur s’est mis à nous courir à près. Je dois dire que mes jambes ont flageolé, tandis que mon esprit rationalisait : « Tu ne le connais pas, il arrive en courant, certes, mais avec le sourire. » Et en effet, il se jeta sur Anna pour lui faire une petite bise. Elle m’expliqua qu’il s’agissait de Lorenzo, un énième membre de son harem.
Après, que voulez-vous que je vous dise. C’est limpide. Nous avons fait la tournée des grands-ducs, en ne demandant que des jus de fruits, puisque nous avions ce qu’il fallait pour les arranger. Nous avons fini dans un bar près du Colisée où un travelo nous a collé un numéro sur le revers de la veste, tout en lisant les messages écrits par des consommateurs, à l’adresse d’autres consommateurs, mais numérotés, parce que c’est plus rigolo. Je dois dire que c’est une technique de rencontre qui m’échappe un peu, étant plutôt habitué aux célèbres : « T’as de beaux yeux, tu sais », « On ne s’est pas déjà vus devant un Léopold Zborowski à l’expo Modigliani ? », « T’habites chez tes parents ? » - La réponse étant généralement oui, pour les Italiens, et au moins jusqu’à trente-cinq ans. Bref. Annabelle me lâcha odieusement alors que je me dépêtrais d’un Israélien dont j’ai oublié le prénom qui tenait absolument à me montrer la décoration de sa chambre d’hôtel, mais un certain Aldo était plus avenant et surtout, beaucoup plus proche de chez moi, ce qui m’a évité, en deux battements de cils et trois sourires niais, de prendre deux bus de nuit et mettre une heure à rentrer chez moi (et je ne compte pas l’attente). Comme Aldo habitait chez ses parents – puisque je vous dis que c’est une règle ! –, ce qui m’arrangeait bien, il m’a déposé chez moi, tout déçu, en me donnant son numéro de téléphone. « Mais oui, je t’appellerai ! » …Quand les bus seront en grève.
Mikael dormait bien entendu comme un bienheureux en émettant des petits « flblplt » buccaux.
*D’ailleurs, comme il vient de lire cette phrase et qu’il trouve que depuis quelques temps, je lui casse pas mal de sucre sur le dos, je vais faire un petit paragraphe plein de gentillesses qui compensera pour les prochaines atrocités que je dirai sur lui dans mes prochaines chroniques. Alors donc, Mikael est un être exceptionnel, intelligent, beau, drôle et modeste, ce qui finalement, fait déjà cinq points communs avec moi, ce qui explique qu’on s’entende si bien. Il pourrait parler pendant des heures de l’expansion économique chinoise tout en tirant/poussant des poids très lourds, parce que Mikael est très fort, notamment grâce à une poudre magique qu’il dilue dans du lait et qu’il prend tous les deux jours. Mikael étudie la physique, en plus du sien et de celui des sympathiques ragazzi qui commencent à sortir en manches courtes, pour notre plus grand bonheur à tous. Etudier la physique, lire longuement l’Hebdo ou The Economist en mangeant des corn flakes constituent ses trois activités majeures, avec la quatrième mentionnée plus avant.*
…Bon, c’est définitif, je ne suis pas doué pour faire des compliments.
Je suis parti jeudi dernier de Ciampino, second aéroport de Rome qui, pour cette raison, est à perpèt’. Arrivée à Paris avec une demi-heure de retard : le pilote nous ayant informés que d’autres avions attendaient, avant nous, de se poser, nous avons fait des petits tours dans le ciel, très amusant mais aussi vite écoeurant ; puis l’avion est descendu au moment où ma salive montait sous ma langue, me faisant nourrir quelques inquiétudes sur « comment se servir du sac à vomi en gardant la classe », et en fait, non. En raison du retard, je n’étais plus certain que mon taxi serait toujours là. Coup de fil (avec le même interlocuteur mentionné précédemment) : « Bonjour, je viens d’arriver, mon taxi est toujours là ? -Ah euh alors non, parce qu’il y avait un client après vous alors comme vous n’arriviez pas, on a décalé les rendez-vous… -Ah, bon. -Voilà, je tenais à vous prévenir ! » Oui, enfin c’est moi qui appelle, quand même.
J’ai trouvé un taxi dont le chauffeur asiatique faisait « hihihihi » nerveusement. « Je peux être à Gare-de-Lyon dans vingt minutes ? -Pas de problèmes hihihihihi ! » Mais vingt minutes plus tard, c’était une de trop, et je suis arrivé sur mon quai au moment où mon train partait. Hihihihi. J’ai donc poireauté pour attendre le train suivant, et je suis arrivé à Clermont en début de soirée. Marion et Jimmy m’attendaient de pied ferme ; nous avons mangé, rigolé, bu, dormi, mais pas trop ; puis au petit matin j’ai repris le train pour aller à Moulins où M.P., votre idole Mamie Porto, m’attendait. Nous avons rejoint la Reine-Mère – mon autre grand-mère – dans sa ville à elle et avons attendu le coup de fil de mon père qui serait le signal « Tout le monde au restau » ; car oui, tout le monde savait que je rentrais quelques jours, sauf ma mère, dont c’était vendredi l’anniversaire. (D’ailleurs, c’était aussi la semaine dernière l’anniversaire de N., le 26 et de L., le 28 aussi. L’occasion de se contusionner les neurones quelques minutes, en commençant mes pensées par « Et si… ? » et en les concluant par « de toute façon… »)
Lorsque ma mère entra, il y eut un genre de cri étouffé. M.P. était prête à bondir pour le massage cardiaque, tandis que mon père rigolait doucement, genre « On t’a bien eue ». Ce furent quelques très bons jours dont le récit n’aurait j’imagine que peu d’intérêt pour vous.
De Moulins, j’ai repris le train pour Paris, à Paris j’ai rejoint Lo ; nous avons mangé coréen, bu un verre et dormi trois heures. J’ai repris un taxi, j’ai repris l’avion ; j’ai repris un bus, puis deux, puis trois. J’ai acheté mon abonnement de métro de mai, mangé mon vieux sandwich au brie, me suis rasé, douché, endormi… …jusqu’à ce que le chien du voisin se remette à aboyer.
J*
4月24日 Mezza cronaca romana (C. XXVII-B) – ti ti ta ti - ti - ti - ti ta ti ti - ti ta ti ti - ta ta ta - ti ti ti ta - tiCette fin de semaine s’est conclue délicieusement. Après notre modeste périple à Perugia et Assisi, Mikael et avons repris nos activités. Pour lui, aller en cours pour se fortifier le bouillon et devenir un brillant scientifique, puis aller à la palestra (la muscu) pour se constituer un look de semi-gringalet, c’est-à-dire tout plein de muscles à partir du nombril, et pas en dessous, ce qui lui donne l’allure d’un (grande) fillette sur laquelle on aurait vissé le tronc de Casper Van Dien dans ses bons jours (pardonnez la référence). Moi ? Oh, rassurez-vous, rien de tout cela. Pas de cours parce que je suis encore en vacances (on rattrape la semaine perdue pendant les vacances de Noël), et pas de muscu non plus, parce que j’ai ptêt autre chose à glander que de pousser de la fonte.
Aller au musée par exemple. Ma cousine Aude, qui finit sa thèse antiquisante sur l’artisanat romain à l’époque où le frisbee n’était rien d’autre qu’une assiette en terre cuite de sept kilos, oui madame, bref ma cousine, qui en plus d’être ma grande-cousine, enseigne accessoirement l’Histoire-géographie à des gniards qui n’ont pas encore mesuré l’étendue de son génie, ma cousine disais-je, est à Rome pour quelques jours dans le cadre de ses recherches, pour lesquelles le Palais Farnèse lui ouvrait les portes de sa bibliothèque et l’école de France à Rome, celle d’un coquet petit immeuble piazza Navona où, avec d’autres thésards chanceux, elle partage les joies de la vie collectivité (oui, mais avec vue sur Piazza Navona, où un loyer doit approcher les 2000€ pour un cagibi de quatre mètres carrés (avec l’eau courante)). Sortie culturelle donc, prévue au musée de la civilisation romaine, situé dans le plus vilain quartier de Rome, l’EUR, reste de l’exposition universelle de Rome avortée qui devait avoir lieu, si mes souvenirs sont bons, en 1942 – exposition qui donc, n’a pas eu lieu, et c’est dommage parce que Staline en aurait sûrement appris en architecture pompier et en exaltation nationaliste. Après m’être trompé de musée en allant à celui des Arts et traditions populaires, originalement situé en face du Musée nationale préhistorique ethnographique (lui-même à côté du musée médiéval, me semble-t-il), j’ai retrouvé celui de la civiltà romana, et ma cousine devant, un peu désolée parce que fermé l’après-midi. Mais qu’à cela ne tienne, nous sommes allés à celui situé directement dans les thermes de Dioclétien (oui, comme Santa Maria degli angeli et dei martiri), le Museo nazionale romano. Il est toujours très appréciable de visiter un musée avec quelqu’un qui s’y connaît vraiment, et qui est capable de vous expliquer tout, sur à peu près tout. Gros, gros musée dont nous sommes venus à bout en moins de deux heures, mais où je reviendrai sûrement un de ces jours. J’avais ensuite rendez-vous avec Anna, dont le retard m’a permis de me faire offrir un cappuccino, puis un paquet de chips parce que je crevais la dalle, par un monsieur que je ne nommerai pas, gentil, courtois, qui devrait pourtant chasser très vite de son esprit certains projets qu’il fomente à mon endroit –en clair, je repousse ses avances. Bref, Anna arrivée, nous sommes allés manger en vitesse dans quelque piège à touristes où l’on s’adresse à vous d’abord en Anglais, puis nous sommes allés à la Villa Médicis où la pianiste jazz Rita Marcotulli présentait des extraits de son dernier album, The light side of the moon, référence à l’album des Pink Floyds Tje Dark side of the moon (vous avez vu, elle a changer un mot). 2-4-7-9, non, ce n’est pas mes conseils pour le prochain quarté, mais les numéros de morceaux que j’ai préférés (j’ai bien entendu oublié les titres).Concert agréable donc, des compositions intéressantes. Notons pour l’anecdote qu’il y avait dans le public du Grand Salon deux dames qui parlaient sans arrêt et qui étaient régulièrement rappelées à l’ordre, et une autre qui montrait des signes d’inquiétude à chaque nouvelle innovation de la pianiste –par exemple, quand cette dernière s’est levée au milieu d’un morceau (tout en continuant à jouer) pour mettre, sur les cordes du piano, un collier de grosses perles en verre. Les cordes se sont mises à produire des sons métalliques, proche de celui du clavecin, mais moderne (dans le genre Professional Widow de Tori Amos ; oui, je sais, avec Casper Van Dien, je multiplie les références ésotériques). Après quelques morceaux plus, disons, conventionnels, elle a proposé un morceau dédié à Truffaut, expliquant qu’elle avait repris les noms et prénoms de deux des personnages que l’on retrouve souvent dans ses films – Antoine Doinel et Christine Darbon – et qu’elle les avait transposé en morse pour en exploiter le rythme. J’ai vu une lueur de terreur passer dans les yeux de la dame lorsque la pianiste se leva pour taper sur le piano en chantant « tititata tatatita », etc., puis elle se rassit et la dame poussa un petit soupir de soulagement. Alors qu’elle finissait le dernier morceau, elle s’interrompit pour demander : « Sì ? », puis reprit ; puis fit « No ? », puis reprit ; et enfin affirma « Sì ! » pour, quelques instants plus tard, conclure par un « No ! » définitif qui concluait également le concert (il y a quand même eu un bis).
Nous nous sommes ensuite tapés l’incruste dans une fête à laquelle nous n’étions pas invité, puis je me suis fait traîner en soirée Erasmus, où certaines personnes très joviales semblaient poursuivre la fête dans les toilettes, où l’on entrait un par un mais ressortait deux par deux. Sans doute une coutume locale. Puis dodo chez Anna après dégustation, sur les coups de cinq heures, d’un plat de pâtes froide à la saucisse (oui, froide aussi). Réveillé trois heures plus tard, frais et pimpant (gnh) pour retourner chez moi prendre une douche, un café très fort et mes affaires, pour ensuite repartir dans le centre. Promenade gentillette à la Villa Torlonia et son parc attenant, moins grand que la Villa Borghèse et moins peuplé, sans doute à cause des interdictions de se vautrer sur les plates-bandes ou d’y laisser brouter ses chèvres ; interdictions évidemment bravées par d’irréductibles promeneurs (pour les chèvres, je ne sais pas). Etant donné que je suis depuis quelques temps en positif sur mon compte bancaire, j’ai poursuivi ma promenade par un achat inutile qui ne fut pas, cette fois, une paire de chaussures – j’y pense, quand même – mais un traité d’architecture et un petit livre sur Dürer. Je suis retourné à la résidence où, en quatrième vitesse, j’ai dîné, me suis douché et d’où je suis reparti vite puisque je devais retrouver Anna, Sandra et Pirus à vingt heures devant la Villa Médicis pour un second récital, cette fois d’Ada Montellanico. Une demi-heure plus tard (c’est-à-dire avec une demi-heure de retard), les filles sont arrivées et le concert était complet. J’ai tenté d’assassiner Annabelle, puis je me suis calmé et nous avons trouvé un bar à vins à Campo dei Fiori pour noyer notre déception dans une bouteille de Zibibbo, puis dans une autre d’Yrnm, qui est un autre Zibibbo, mais plus dur à prononcer. Plus tard, nous avons rejoint Mikael qui nous attendait ailleurs pour procéder également à l’absorption de substances alcoolisées ; et, exténués, chacun est rentré chez soi pour faire du dormir. A peine cinq heures plus tard, je me suis éveillé encore très frais (gnnnh) ; j’ai fait mon sac de plage puisqu’il était prévu d’aller se faire dorer la pilule au Lido. N’ayant pas précisément envie de chopper un cancer avec la technique d’Anna, dont j’ai déjà parlé, qui consiste à s’enduire d’huile d’olive pour accélérer le bronzage, j’avais dans l’idée d’aller acheter de la crème au GS du coin mais voilà, domenica aperto, certes, mais pas avant dix heures. Résultat, je me suis retrouvé au Sephora de Termini à parler d’indice de protection avec une vendeuse mal éveillée, qui voulait me vendre du Helena Rubinstein au prix de la barquette de cent grammes de fraises en hiver. Je suis reparti avec ma fierté et un tube de Clarins SPF 20 qui promet, en Français je vous prie, « Mieux bronzer en s’exposant moins ». Je suis arrivé chez Anna qui, bien sûr, n’était pas prête, sur les coups de dix heures. Espresso, douche, puis direction Garbatella où Pirus nous attendait ; arrêt ensuite à San Paolo où Sandra devait nous rejoindre, mais elle n’avait pas fini de s’épiler. Avec un retard conséquent sur l’horaire prévu, nous sommes arrivés à Ostia, où la plage nous attendait. Bronzette, discussions diverses (notamment sur la cuisson d’Annabelle), petit somme, lecture dürerienne… J’ai regardé avec admiration Anna et Pirus noircir de chiffre leurs grilles de sudoku. Je ne sais toujours pas de quoi il s’agit, et je crains que la règle du livre de Pirus, en Allemand, ne m’ait guère renseigné. Glace, bronzage, dodo, puis retour ; direction San Paolo pour cette fois donner un œil à la basilique (dont je vous avais donné un aperçu détaillé dans la CR III), mais comme elle était pleine, nous sommes allés au bar du coin, de taille et peuplement plus réduits.
J’ai retrouvé le soir ma cousine Aude et un ami à elle pour aller dîner. Je me suis senti tout petit petit pendant un certain temps, parce que j’avais à faire avec deux personnes beaucoup plus intelligentes et cultivées que moi ; ensuite je me suis rendu compte que ça ne rendait pas plus intelligent de faire celui qui sait de quoi on parle et j’ai donc demandé des explications sur certains sujets, et ça allait mieux. J’ai découvert ensuite avec effroi que ma cousine était plus âgée que je l’imaginais, alors j’ai noyé mon effroi dans du martini, confortablement callé dans un moelleux canapé du Caffè la Pace puis, sur les coups de trois heures, je suis arrivé chez moi, où Mikael dormait en émettant de petits ronflements spasmodiques.
Et là, je vous laisse, parce que je dois retrouver Anna pour aller acheter, enfin, ma paire de chaussures.
J* 4月18日 Mezza cronaca umbra (C. XXVI-A) – Un peu de piété et beaucoup de jovialitéJe vous laissai dimanche dans l’expectative du récit des deux jours qui suivraient, puisque je vous avez dit que je partais me promener avec Mikael dans la campagne italienne, en Ombrie (Umbria), la région limitrophe du Lazio (provinces de Frosinone, Latina, Rieti, Viterbo et Rome). Dimanche matin, nous voilà partis pour Perugia (Pérouse, en bon Français), après un voyage ferroviaire déroulant très vite ses rails dans la verdure – un peu après Ostiense (autre gare, mais de taille réduite, de la banlieue de Rome), il semblerait que la civilisation s’est interrompue ou, au contraire, que la végétation a repris ses droits – nous sommes arrivés dans la petite gare de Perugia. J’ai réveillé Mikael qui, pendant les deux heures de trajet, a surtout rêvé des paysages, puis, muni d’un plan, nous avons rejoint le centre ville. Constat initial : Perugia, c’est haut, dans le genre très haut. Comme de nombreuses cités du Moyen-Âge, une forteresse est bâtie sur une haute colline, protégée par des remparts ; les notables vivent sur ladite colline et les manants se partagent la vallée. Arrivés à mi-hauteur, nous avons pris quelques minutes pour faire une petite séance photos (http://spaces.msn.com/willywalt ) car le paysage est saisissant, mais aussi pour respirer un peu, car la montée est suffocante. Au fil de ruelles sombres, bardées d’ogives, de colimaçons, et autres détails pittoresques (comme des hôtels cinq étoiles), nous sommes arrivés dans le « centre », encore que le centre est de taille réduite puisque, je le rappelle, la cité est moyenâgeuse. La piazza quattro novembre est curieusement close, donnant une impression un peu oppressante de temps anciens ; on n’imagine sans peine qu’à la place de la fontaine ou juste à côté, devant la cathédrale San Lorenzo, furent dressés des bûchers pour faire rôtir sorcières et autres herboristes. J’ai émis l’idée d’aller visiter la galerie d’art susmentionnée, mais mon suisse ami (pour reprendre l’expression de Michela) a émis l’idée de d’abord se restaurer un brin avant d’affronter l’art religieux des treizième et quatorzième siècles. Après recherches, hésitations et interrogations devant quelques menus, nous nous sommes décidés pour la Wine Bartolo hosteria, originalement située via Bartolo (au 30, fermée le mercredi). Comme son nom l’indique, c’est avant tout une cave : la carte des vins est plus fournie que le menu lui-même. Je me suis décidé pour un menu spécial Pâques, qui proposait ainsi (je vous le livre en VO) : - Torta Pasqualina umbra al formaggio, capocollo, uova sode ; - Tagliatelle fatte a mano con magro di agnello, timo, pomodorini e pecorini di Norcia ; - Coscio di agnello al forno con carciofi ; - Mousse di colomba Pasquale.
Vous aurez noté qu’on parle beaucoup de Pasqua et d’agnello – d’ailleurs Mickael a pris un menu composé de trois plats d’agnello. …tout ceci arrosé d’un Montepulciano très, très bon, conseillé par le serveur Andrea, qui nous félicita lorsque avec empressement, nous avons refusé tout liquide s’apparentant à de l’eau.
La galerie d’art nous tendait les bras mais pour tout dire, étant bien plombés et somme toute assez allègres (la bouteille de Montepulciano n’étant pas étrangère à cet état), nous avons préféré un petit cappuccino en scrutant le plan de la ville à recherche de la via Bontempi, où se trouve l’auberge de jeunesse auprès de laquelle Mikael avait réservé deux lits. La rue était à environ cent mètres, mais malgré le plan, il nous a fallu demander la direction à deux autochtones (ce qui vous donne une idée de notre allégresse éthylique). Coïncidence parmi d’autres, nous avons découvert que nous partagions la chambre avec deux Suisses, des Turgoviens (c’est-à-dire, des Suisses-Schtroumpfs (si vous avez lu la CR XXV, vous comprendrez qu’il s’agit de Suisses d’expression suisse-allemande)). A propos de comparaison, j’avais dit que la langue Suisse-Allemande est à l’Allemand ce que le Schtroumpf est au Français ; eh bien, voici une nouvelle distinction : apprenez que le Turgovien est au Zürichois ce que l’Auvergnat est au Parisien, c’est-à-dire, un bouseux. Bref, les deux Turgoviens, prénommés David (aimable et assez francophone) et Mark (particulièrement avenant, rougissant si son regard en croise un autre – au hasard, le mien – plus de trois secondes, bafouillant s’il dépasse les cinq secondes), s’avérant fort sympathiques, nous leur avons proposé de dîner ensemble le soir ; puis, enfin, j’ai traîné Mikael à la galerie, gavée d’art religieux du Moyen-Âge et du début de la Renaissance. Gavé, Mikael le fut également très vite, aussi préféra-t-il s’intéresser au fonctionnement des humidificateurs, non sans prêter cependant une oreille attentive à mes explications sur « comment reconnaître les saints dans les tableaux ou les scènes religieuses » : « là, avec les stigmates, c’est Saint-François ; avec le lion, c’est Saint-Jérôme ; le jeune homme qui ressemble à une fille, avec un évangile dans les mains, c’est Saint-Jean ; avec la croix, nooon, c’est pas le Christ, c’est Saint-André ; avec la paire de clés, c’est Saint-Pierre… Quand Gabriel arrive en rase-mottes aux pieds Marie, c’est l’Annonciation… Quand elle est avec Jésus enfant dans l’étable et que des gens sont à genoux autour, c’est une Adoration – des mages s’ils portent une couronne, des berges si c’est un mouton – et quand elle le tient sur ses genoux, adulte et mort, c’est une pietà… »
S’ensuivit une opération cartes postales, puis dîner multilingues avec nos deux sympathiques Turgoviens, puis petit digestif sur une terrasse – le thermomètre indiquait encore quatorze degrés à dix heures.
Nous sommes ensuite rentré à l’auberge de jeunesse (que je vous conseille vivement ; propre, assez moderne ; tarif avantageux : 13€ la nuit + 2€ de draps, avouez que c’est rentable), où Mikael, qui n’est jamais a court de provocations, a engagé la conversation sur l’agriculture suisse. La majorité des Turgoviens étant, comme je le précisai, ruraux et pour la plupart, agriculteurs, les échanges de point de vue furent vifs mais courtois, surtout avec un Zürichois d’adoption qui ne voit dans l’agriculture suisse que les subventions qu’elle engloutit pour son maintien. …pendant ce temps, moi, je finissais Akhénaton, le dieu maudit, de Gilbert Sinoué ; que je ne vous conseille pas. Certes, l’ouvrage est bien documenté et évoque notamment les dernières théories émises au sujet de la vie et du règne d’Amenhotep IV (autre nom du pharaon), mais il est particulièrement mal écrit. (Le livre vaut aussi au moins pour la retranscription de la déclaration d’Akhénaton avant la fondation de la ville portant son nom, qui est presque mot pour mot celle que fait dire (en Anglais) Philip Glass au scribe dans son opéra Akhnaten (acte II, Années 5 à 15, Thèbes et Akhénaton - Scène 3, La Ville - Danse, début - Narration ; La Ville)). Ensuite, tout le monde aux dodos, avec le charme des lits superposés : David et Mikael au rez-de-chaussée, Mark et moi à l’étage.
Eveil vers huit heures, après une nuit quelque peu agitée ; puis adieux avec nos colocataires nocturnes et directions Assisi (Assise, oui, comme Saint-François), à quelques kilomètres de là.
Charmante petite ville, bâtie sur une colline encore plus haute, alors que dans la vallée quelques lotissements se rassemblent autour de l’énorme église Santa Maria degli Angeli. D’ailleurs, nous avons commencé par là. Evidemment, un lundi de Pâques, c’était blindé, et nous sommes arrivés en pleine célébration. Je me suis fait poursuivre par une des « volontaires » (ainsi que l’indique leur gilet bleu) chargés de surveiller que personne ne prenne de photo pour plutôt aller acheter une carte postale à 80 c. pièce, dans l’immense boutique situé dans une dépendance de l’édifice. Eglise somme toute assez peu intéressante, en dehors de son gigantisme et de quelques détails, comme la « chapelle du passage », petite édifice en pierre (re)construit au milieu de l’église. Attenante, la roseraie de Saint-François, assez peu fleurie pour le moment.
Ensuite, Mikael a exprimé toute sa haine à mon endroit lorsque j’ai proposé d’aller à Assisi – sur la colline, donc – à pied plutôt qu’en bus. (A ce sujet, j’ai deux places de bus neuves à céder ; je les avais achetées en même temps qu’un plan de l’endroit ; ainsi si par hasard Mikael avait manifesté un trop grand épuisement (ou une menace avec son couteau suisse), j’étais paré.) Nous avons ensuite déambulé – nous, et la masse de touristes et autres pèlerins – dans les jolies petites rues à la recherche de quelque endroit où se restaurer. Une bouteille de Chianti plus tard, et très joviaux, nous avons cherché un endroit où devenir encore plus jovial, appréciant la douceur de l’air et la vue environnante. Un fois les cappucini et autre liqueur locale ingurgités, nous avons poursuivi notre petite excursion ; passage obligé par la basilique San Francesco où, bien sûr, on vous interdit de prendre des photos de l’intérieur. Nous sommes ensuite redescendus pour faire une pause, que Mikael a prolongée en sieste, tandis que je visitai l’abbaye San Pietro.
Le soleil redescendu, il a bien fallu faire de même pour prendre notre train et rentrer à casa, dolce casa…
La prochaine moitié de cronaca sera donc romana !
J* 4月15日 Cronaca romana XXV – Charlie et la Villa Médicis
e me rends compte en commençant d’écrire cette chronique que cinq années d’études – enfin, faisons sauter la présente, puisque mon père considère que je suis à Rome pour des vacances prolongées – et la tête farcie de commentaires d’arrêts, fiches de jurisprudences, notes de synthèses, etc… Ne me permettent toujours pas de correctement introduire mes propos. Donc, n’ayons pas peur de le dire : le présent paragraphe n’est pas une introduction.
La semaine a commencé lundi ce qui, il faut le dire, est une date originale pour un premier jour de semaine. Lundi, Mikael revenait de Naples avec sa moitié ; d’ailleurs à ce sujet, s’il ne s’agissait vraiment que de sa moitié, elle devrait s’appeler Mik ou Ael, n’avoir que deux bras ou deux jambes, ou un bras et une jambe, ou un bras (l’autre) et une jambe (l’autre), ce qui, notons-le, ne serait pas évident, mais passons ces digressions car la moitié de Mikael – qui ne l’est donc pas, et ne cherchons pas à comprendre outre mesure cette platonicienne évocation de moitiés d’hommes qui se rassemblent – a bel et bien deux bras et deux jambes, et ne s’appelle pas Mik, ni Ael, ni Paola ou Geneviève, mais Patrick. Patrick est, tout comme Mikael, un Suisse tout ce qu’il y a de plus helvétique, mais vient de Zürich où on parle Allemand, où plutôt Suisse-allemand : la langue Suisse-Allemande est à l’Allemande ce que le Schtroumpf est au Français.
J’avais fui la résidence en prévision du spectacle qui allait s’y dérouler, car Mikael avait prévu de venir avec sa moitié pour la cena, le repas du soir, et je craignais qu’il ne se transforme pour l’occasion en montreur d’ours. Je suis comme ça, moi, j’ai de la peine pour les gens qui se ridiculisent, ou qui vont être ridiculisés par d’autres – un peu comme les karaokés. Par compassion, je préférais donc ne pas rencontrer Patrick plutôt que de me joindre à un petit cercle d’Italiens qui l’auraient examiné sous toutes les coutures sans évidemment tarir d’éloges à son sujet (parce que bon, dans mon idée, Mikael serait resté à côté, en haut de forme et habit rouge, pour expliquer les particularités de son animal de foire). Mais le montreur d’ours m’avait précédé et finalement, m’a appelé pour me donner rendez-vous dans un restaurant de notre connaissance, ainsi qu’à Nino, car Mikael aime provoquer certaines confrontations, juste pour le plaisir de compter les points et bien sûr (ce dont il se défend en rougissant), sans intervenir, car il reste neutralement Suisse avant tout. Bref. Bonne soirée tout de même, multilingue quoique majoritairement dominée par l’Anglais, puisque nous le parlons tous les quatre alors que Nino ne parle pas Allemand, Patrick pas Italien et très peu Français, et que moi-même j’ai beaucoup de mal avec le Suisse-Schtroumpf, je veux dire, le Suisse-Allemand ; ainsi quand Mikael téléphone à Patrick il me donne généralement l’impression de parler le "Robin des Bois", à base de « fridebirdehue » et autres « frichtrbrökt prochtig ?... »
Tout ceci bien entendu continue de me faire détester les couples, tout en me mettant fortement mal à l’aise quant à mon inaptitude notoire à « être » moi-même en couple.
Mardi, la Villa Médicis proposait une après-midi d’étude consacrée à Charlie Chaplin, avec force films restaurés et inédits, conférences diverses. Les projections ont d’abord commencé avec deux films restaurés par la Cinémathèque de Bologne : Kid Auto Races, le deuxième film de Chaplin et le premier dans lequel il apparaît en Charlot, puis His musical Carreer, autre film de 1914. Cette première sélection fut suivie d’une assommante présentation du Chaplin Project, piloté par la Cinémathèque de Bologne, donc, qui a réuni, restauré, digitalisé et catalogué la quasi intégralité de l’œuvre de Chaplin (et notamment la trentaine de courts et moyens métrages de Charlot réalisé entre février et décembre 1914 pour la Keystone, dont quelques-un furent présentés lors de cette journée). Suivait une autre conférence, cette fois-ci fort intéressante, sur la place de Chaplin dans son époque, l’abandon du Charlot muet pour stratégiquement passer au Dictateur parlant. Richement documentée, illustrée, avec deux constations : la première pour moi, à savoir que je ne connaissais pas l’adjectif "muséal", la seconde pour le conférencier, à qui personne n’a osé rappeler – alors qu’il présenter un production dadaïste figurant Charlot au milieu de divers symboles religieux – qu’une étoile à cinq branches n’était pas dite « de David », mais s’apparente plutôt à un pentagramme. Ensuite, lorsqu’un intervenant, un conférencier, bref qui que se soit, demande à l’assistance s’il y a des questions, les gens qui prennent la parole doivent avoir en tête deux conditions : 1. qu’il s’agisse d’une question et pas d’une remarque, d’un à-propos, de quelque autre propos destiné à se faire mousser auprès du conférencier ou du reste du public ; 2. que la question soit plus courte que la réponse qu’on imagine (sauf si c’est « oui » ou « non », même si dans ce cas-là l’intervenant tâche de longuement détailler sa réponse).
Puis petite pause, histoire de dîner, et reprise des projections à 21h. ; fin de la soirée : 22h.37, avec la certitude d’être à peu près incollable sur Charlie Chaplin.
Mercredi, après un épisode « soupe de fraises au cidre » avec les enfants que j’évoquais dans ma chronique précédente, je suis allé voir Il Caimano, le dernier film de Nanni Moretti, avec V.-A. (qui venait avec moi, pas qui jouait dans le film). Le film se fonde sur un scénario, disons, allégé : mise en abîme des déboires professionnels et familiaux d’un réalisateur qui tente de redresser la barre en mettant en route un nouveau film – Il Caimano, donc – qui raconte avec plus ou moins de subtilité l’accession au pouvoir d’un monsieur Berlusconi, de la construction de Milan 2 avec d’obscurs fonds, en passant par la création de son groupe de presse, le musellement de ses derniers collaborateurs indépendants ; avant son arrivée au pouvoir qui lui octroie l’immunité ardemment désirée afin d’échapper à des poursuites. (Ne haussez pas des sourcils en vous disant : « Ah, ces Italiens ! », car je crois qu’un certain président français a du souci à se faire à partir de mai 2007). On pourrait se dire, à certains moments, que Moretti exagère, mais le hic, c’est qu’il s’appuie sur des déclarations réelles – images à l’appui – pour fonder son propos. Ainsi, le 2 juillet 2003, Il Premier (futur ex-premier, maintenant) s’adressait en ces termes à un député socialiste allemand : « En Italie, un producteur tourne un film sur les camps de concentration nazis. Je vais suggérer votre nom pour le rôle de Kapo. » Le député incriminé demandera des excuses, que l’autre balaiera en expliquant : « C’était de l’ironie. Vous ne comprenez pas mon humour. » Dans un autre genre, il déclarait tout récemment : « Seul Napoléon a fait plus que moi. » Avant de se « rattraper » le lendemain (11 février 2006) : « Sur Napoléon, bien sûr, je plaisantais : je suis le Jésus-Christ de la politique, une victime, je supporte tout, je me sacrifie pour tout le monde. »
Je rappelle pour ceux qui ne seraient pas au courant que le centre-droit s’est fait rétamé par la coalition de gauche, encore que rétamé est un bien grand mot, car la gauche n’a la majorité au Sénat qu’à deux sièges près ; l’écart est plus grand à la Chambre des députés – mais que la gauche reste soudée, car cet écart non plus n’est pas non plus monumental. Silvio a d’ailleurs proposé une « grande coalition » que Romano, prudent, a refusé.
J’ai retrouvé Annabelle jeudi après quelques semaines d’absence, la pauvrette s’étant fait volé son portable et devenant ainsi injoignable. Après avoir vu Nino un moment avant qu’il ne reparte vers sa cholie Sicile, nous sommes allés manger dans quelque troquet sympathique, avant de rentrer chez elle – pour les fêtes de Pâques, ses colocataires sont parties, appartement vide, calme absolu et incroyable. Puis, la Courge – vous vous rappelez de la Courge ? J’en parlai brièvement à la fin de la CR VII – a appelé, et nous l’avons rejointe à une fête Erasmus, la première en ce me concerne, celle de trop pour Anna qui a rechigné a y aller. Et finalement… …finalement, après un certain nombre de negrini – cocktails gin/campari/martini, estomacs fragiles s’abstenir – j’ai mis un peu d’ambiance, m’attirant les sympathies d’un Espagnol – si – nommé Damian (dont on n’a pas su deviner s’il s’intéressait à Anna ou moi, au final), d’un groupe de Belges fort sympathiques que je dois théoriquement revoir la semaine prochaine ; j’ai également fait état d’une grande souplesse en allant me trémousser sur la piste de danse avec Sandra (appelons-la Sandra ; Courge, ce n’est pas gentil, tout de même), tandis qu’Annabelle parlait politique internationale avec un certain Diego (qui avait commencé par se lamenter parce que tout le monde le prenait pour un Espagnol, alors qu’il était Italien), lequel Diego avait peut-être une autre idée derrière la tête… Mais quand on branche Anna sur un sujet politique, il faut avoir de bonnes bases et du temps devant soi.
La soirée a fini, du moins j’imagine, parce que mes souvenirs sont assez confus. Je me suis réveillé vendredi midi dans le lit d’Annabelle, que j’ai retrouvée un peu plus tard dans un autre lit. Nous avons déjeuné de sandwiches fromage/ketchup, puis nous avons bronzé à l’huile d’olive (j’ai d’abord refusé en invoquant des motifs cancérigènes, puis je me suis laissé tartiné) en regardant Uomini e donne, un énième talk-show ou des jeunes gens se rencontrent, se tripotent, et finalement se tapent dessus pour des motifs nébuleux, tout ceci devant un public ravi et/ou hors de lui, qui prend de temps en temps la parole pour glorifier ou insulter un(e) des intervenant(e)s. Edifiant.
Puis, je suis rentré, parce que j’étais encore assez fatigué (malgré l’hallucinante rapidité à laquelle je décuve) et surtout, parce que je sentais très fort l’huile d’olive, étant furtivement habité par le sentiment d’être une côtelette qui attendait la fin de sa cuisson.
Samedi, aujourd’hui donc, ben rien, hormis de la lecture scientifique – notamment une hilarante réécriture du Da Vinci Code, version palmipède ; oui, je parle bien de Paperino, Paperone de Paperoni et leurs neveux Qui, Quo, Qua – et ma petite sortie au Vatican pour poster mes dernières productions épistolaires.
En revenant, alors que je me moquais gentiment d’un épi sur la tête de Mikael, nous avons eu ce dialogue syntaxiquement très intéressant : Lui. – Tu dis que tu juges pas mais que tu « donnes ton opinion ». Tu critiques pas, tu « constates »… Tu joues sur les mots ! Moi. – Je joue pas sur les mots, je connais la grammaire !...
Ah, et puis si je poste dès ce soir et non pas demain matin comme je le fais plus couramment, c’est parce demain matin, justement, je vais à Perugia (en Français, Pérouse). Je vous raconterai, rassurez-vous…
J*
4月9日 Cronaca romana XXIV – JH sér. bonnes réf. rech. 3 ou 4 anges en vue d’immortalisa° à l’huile. Plaisantins et autres Warhol s’abst.
a semaine qui se termine fut, de mon point de vue, très reposante, mais du vôtre, tout bien considéré, elle s’avère assez peu intéressante. Je vais faire de mon mieux, cependant, pour tâcher de vous divertir en vous racontant quelques-unes des formidables anecdotes qui ponctuent hebdomadairement ma fascinante existence.
Ah tiens, tenez, puisque je n’ai pas grand chose à raconter, je vais enfin vous dire de quoi je parlais ces derniers temps avec mes histoires de cuisine et de lycée Chateaubriand. Je suis arrivé en Italie aux premiers jours d’octobre 2005, avec en poche un numéro de téléphone, celui de Stéphane, un ami d’Alexandre, qui m’avait recommandé auprès de lui avant que j’arrive. Je peux dire, aujourd’hui, que mon existence italienne aurait été bien différente si je n’avais pas eu ce numéro. Dans un de mes carnets siglés N.I.E.P.E. (Notes et Informations Exactes sur des Parcelles de mon Existence), où je note un peu tout et n’importe quoi (mais surtout pas des choses qui pourraient me resservir ultérieurement dans mes écrits), je relève cette phrase : « Le monde s’évertue à m’être agréable. » Je parlais du monde en général car l’époque était déjà particulièrement riche en événements de toutes sortes et notamment, un soir de novembre, lors d’une soirée à Saint-Louis des Français, une proposition de la part d’Agnès (mille fois soit son nom loué dans les limbes !) ; ayant changé de contrat en termes de temps de travail, cette camarade francophone de Stéphane – par qui, donc, je l’ai rencontrée – ne pouvait plus continuer son deuxième travail et il lui fallait un(e) remplaçant(e). « Ca te dirait de donner des cours de cuisine à des enfants ? -Euh… Faut voir… J’ai pas encore mon emploi du temps, et… -C’est bien payé. -Je m’arrangerai, pour l’emploi du temps. Je signe où ? » J’exagère à peine sur la façon dont cela s’est passé. Quelques jours plus tard, j’accompagnai Agnès (que cent chevreaux soient sacrifiés à sa gloire !) au lycée Chateaubriand, dans sa partie école/collège à la Villa Strohl-Fern, adjacente au Pincio/Villa Borghese (la partie lycée ayant été délocalisée à Villa Torlonia), histoire de reconsidérer l’offre une fois sur le terrain. Et depuis, j’ai fait faire aux marmots une foule de choses, de mes traditionnels pancake aux knepfke à l’alsacienne, des soufflés au chocolat en passant par le clafoutis (recette estampillée Reine-Mère), gâteau à l’orange, ficelles picardes, j’en passe… Donc voilà, je suis officiellement « intervenant cuisine » pour l’A.P.E.C. (Association Pour les Elèves de Chateaubriand) et ceci, grâce à Agnès (que soit scandé cinq cents fois son nom en prières votives !). Si vous voulez les recettes, hein…
Semaine riche en courrier également, Mamie Porto pour commencer qui, avec un viatique (aussitôt investi en abonnement de métro) m’a donné quelques nouvelles de Moulins, évoquant ainsi au cours de ses calligraphies indéchiffrables l’inauguration d’un musée dont je n’ai pas compris à quoi il était dédié. Carte postale de San Francisco de la part d’Em, revenue depuis dans son Iowa (presque) natal, ainsi qu’une lourde lettre de Jtf contenant plusieurs pages écrites depuis fort longtemps, qu’il n’avait pas eu le temps, ou l’envie, de m’envoyer en temps et en heure ; ainsi, j’ai pu avoir des nouvelles de sa vie à Buenos Aires en avril et septembre 2005. L’envoi comprenait également un kitschissime portrait d’Eva Perón, très second degré, et un petit cadeau artisanal, fortement artisanal même, au point que je me demande quel degré il a tenté d’atteindre pour en arriver là. Je me rappelle qu’en revenant d’Islande, il m’avait rapporté un t-shirt et un coupe-papier, provoquant l’instant d’après la consternation de deux amis à qui il offrit des poissons en bois suspendus par des ficelles sur un même nœud, genre « retour de pêche traditionnelle », quelque chose du genre. Il est toujours très fier de ses cadeaux artisanaux ; or comme il est en ce moment à New York, je ne doute pas qu’il en revienne avec un t-shirt I LOVE NY plutôt que le catalogue des expositions permanentes du musée Guggenheim. (En même temps, je brise, mais je suis mal placé, puisque quand j’ai vu la veste estampillée Bacci e abbracci, j’ai fait chauffé la carte bleue, et ça risque de se reproduire d’autre fois.) J’écris, j’écris, mais j’oublie le début de mon propos… Attendez… Ah oui, les courriers de la semaine. Agréable surprise en recevant la B.O. de Charlie et la chocolaterie (D. Elfman), commandée il y à peine quelques jours sur internet, alors que j’attends depuis bien trois semaines celle de Naqoyqatsi (signée Philip Glass). Tiens, puisque je suis dans le sujet des films, j’ai été voir Basic Instinct 2 mercredi, à propos duquel les critiques n’ont pas été précisément dithyrambiques. En ce qui me concerne, je l’ai trouvé plutôt bien fait, le scénario est assez efficace sans trop de complications, les acteurs s’en sortent pas mal. Ce n’est pas le film de l’année, mais ce n’est pas non plus un navet, comme j’ai pu le lire. Plaisir de retrouver Charlotte Rampling – et en version originale, elle est tellement plus… Tellement plus… Britannique – mais également David Thewlis, qui se faisait rare ces derniers temps, mais que j’ai toujours trouvé bon acteur (même si, en écrivant ceci, je n’arrive pas à penser à autre chose que sa performance de naufragé onusien dans L’Île du Docteur Moreau, donnant la réplique au shakespearien Val Kilmer et au croulant Marlon Brando).
Cette semaine également, un nouveau mail très aimable de J.-M. au sujet de mes Fragments ; que voulez-vous, quand on me brosse dans le sens du poil, je ronronne. C’est le genre de mail qu’il faut lire le matin et qui vous fait passer une bonne journée. Autre mail, du sémillant G. – que pour des raisons de confidentialité, nous appellerons Prince Azul (ce qui ne manquera pas d’augmenter la collection de surnoms et autres initiales qui se retrouvent sur ce blog) – répondant sur mes récents propos au sujet du C.P.E., sur lesquels je reviendrai d’ailleurs, bien campé dans mes positions. Bref, c’est toujours agréable de se faire contrer sur quel sujet que ce soit, pourvu que ce soit par une personne calme qui vous explique poliment et avec diplomatie pourquoi elle a raison ou plutôt, pourquoi elle en est persuadée. ;-)
Des nouvelles de Ouin-Ouin si vous le voulez bien, qui va mal, et ce qui bien entendu me réjouit, car je suis un être vil qui se nourrit perfidement du malheur des autres, si possible s’ils sont Espagnols. Ouin-Ouin va mal disais-je, car il se promène encore avec une écharpe autour du cou et traîne encore sa terrible toux grasse à propos de laquelle on a envie de lui dire : « Bordel, mets-toi au-dessus d’un bol et crache tes glaires une bonne fois pour toute ! ». C’est fou, ces gens qui ne savent pas quand il faut avaler !... Quand je l’entends s’écorcher le pharynx, j’ai l’impression d’être dans mon lit, chez Mère-Grand (Mamie Porto, pour les intimes), et de l’entendre se lever. J’avais d’ailleurs fait un subtil rapprochement entre cette abominable toux qui la tient trois quarts d’heure le matin avant qu’elle n’avale d’une traite son earl grey (dans lequel elle met trop de sucre et trop de lait, enfin selon moi), et la description que fait Zola de celle de Coupeau dans L’Assommoir. Retrouvez le passage et vous aurez un aperçu de la douceur de mes réveils quand je passe quelques jours de vacances chez la vénérable vieille personne susmentionnée.
J’écris, j’écris et j’oublie de vous mentionner des informations capitales, comme la partie de foot – dans ce pays on dit calcio – qui a opposé divers résidents jeudi soir lors d’une mémorable partie au cours de laquelle Giacomo s’est démonté la cheville et Sobhi, qui le remplaçait pendant quelques minutes, le pouce qu’il venait de faire déplâtrer quelques jours plus tôt. Egalement capitale, l’information relatant la dernière maladresse de Mikael qui a trouvé, cette semaine, le moyen d’échapper un bidon de cinq litres de lessive – bidon acheté la veille avec mon argent – à l’envers, brisant en petits morceaux le bouchon et répandant, ainsi, un bon litre et demie de lessive dans le couloir. Ca a senti bon le savon de Marseille pendant trois jours. Merci Mikael !... Toujours dans la liste des informations absolument captivantes, j’ai perdu lundi un plomb de la taille du Cullinan en me brossant les dents. Je redoute d’aller me faire tâter la prémolaire chez un dentiste italien, donc tant que ça ne fait pas mal, je repousse. J’ai bien vécu des mois sans me rendre compte que j’avais perdu une demi-molaire dans la longueur, provoquant de sévères remontrances de la part de mon dentiste, qui, hop-là, arracha ce qui restait avec en prime, deux dents de sagesse et d’ailleurs tiens, je crois bien que je lui dois encore de l’argent, à ce brave homme.
Dans la liste des événements culturels de la semaine, outre le visionnage de Basic Instinct 2 mentionné plus avant, je suis allé avoir l’exposition consacrée à Antonello da Messina aux Scuderie del Quirinale. Très belle exposition, très densément visitée également, en même temps, un samedi, ‘fallait que je m’y attende. Alors que je marquais un temps d’arrêt devant un Saint Augustin barbu et vieilli, à côté d’une vieille dame au brush violet parfait, et complètement fascinée par le tableau – pas à proprement parler une toile, puisque la peinture fut originairement réalisée sur planche – celle-ci murmura : « Pourquoi se représente-t-on toujours Saint-Augustin… Jeune ? » Etant donné que nous étions deux, j’ai pris la question pour moi et je lui ai répondu : « Sans doute parce qu’on parle souvent de la jeunesse un peu troublée qui précéda sa conversion », répondis-je. Elle agita son brush en souriant et me demandant : « De quelle nationalité êtes-vous ? -Française », avouais-je sur un ton dépité. (« Damned, Mortimer, je suis démasqué ! ») Et elle, de reprendre dans un impeccable Français, aussi élégant que son Italien : « Oui, cela joue sans doute. (Elle ne parlait plus de mon abominable accent qui avait dû lui écorcher les oreilles, mais de ma suggestion.) -D’ailleurs, on se figure que ses Confessions date de sa conversion, mais elles sont je crois plus tardives… », repris-je à mon tour dans mon Français natal (tout aussi élégant et impeccable, nan mais ho). Elle me dévisageait tout à fait, puis, avec un grand sourire : « Vous avez un visage qu’un peintre apprécierait – dommage que vous ne soyez pas né à cette époque », me fit-elle en désignant le groupe de trois tableaux du menton (Saint Augustin, Saint Jérôme, Saint Grégoire le Grand). Je l’ai remerciée en lui disant que c’était très flatteur, et je me suis éclipsé avant qu’elle ne me propose un dîner romantique et une nuit de feu. [Après vérification, je vous informe que Saint-Augustin s’est converti à trente-trois ans.]
Toujours dans le cadre de cette exposition, je me suis demandé encore une fois si on ne trouverait pas un intérêt à restaurer certaines œuvres. J’avais déjà failli me fâcher avec un guide qui avait prétendu que la restauration par Michelangelo du Laocoon (actuellement en possession des Musées du Vatican) avait été une erreur. Certes, la restauration faisait fi de certaines règles de proportions ; mais quand le restaurateur est Michelangelo… … ? Non ?... Bref, cette question m’est (re)venue devant le Christ mort soutenu par trois anges, admirable tableau dont, cependant, les visages et parfois certains membres des quatre personnages sont presque totalement effacés. Peut-être cela tient-il à la diversité des pigments – puisque d’autres parties de ces personnages, pourtant peints dans la continuité de ceux effacés, voir par-dessus, sont eux parfaitement intacts – mais toujours est-il que l’on pourrait oser, peut-être, une restauration totale, a fortiori car il reste sur le support (une planche en peuplier) les esquisses dessinées. Le catalogue mentionne déjà, en effet, deux restaurations : une en 1939-40, la seconde en 1991-92, destinées surtout à correctement nettoyer l’ensemble et à consolider le support. Comme un certain nombre d’autres œuvres, ce Christ est, dans l’exposition, rapproché au Christ mort et quatre anges de Giovanni Bellini, actif à la même époque. Je retournerai voir cette exposition en pleine semaine, quand il y aura moins de monde, et sans doute vous ferai-je à son sujet d’autres commentaires. Notons pour conclure brièvement sur ce sujet qu’Antonello da Messina mourut en 1479, c’est-à-dire dans la jeunesse de Bosch, qui est un de mes peintres préférés. Certains paysages de Messina m’ont d’ailleurs rappelé la méticulosité des détails du peintre brabant.
J’imagine qu’il est à ce moment particulièrement trivial de vous informer que j’ai englouti le soir même un demi-saucisson avant le dîner.
Ma journée d’aujourd’hui devrait consister en une sympathique promenade, à l’abri des radios et télés qui passeront la journée à tirer des plans sur la comète au sujet des élections. Le groupe de chaînes câblées Sky a fait à ce sujet un très beau coup de pub, en affichant un peu partout Homer Simpson et Fonzie (de Happy Days) et en proposant « Votez Homer » ou « Votez Fonzie », tout en précisant en plus petits caractères : « Nous, nous avons les programmes ». Vendredi l’Ulivio – le parti de Romano Prodi – faisait sa fête sur la piazza del Popolo, avec concert assourdissant et ballons jaunes, provoquant au passage un joyeux bordel (fermeture d’une station de métro, déviations de lignes de bus). D’ailleurs, à propos d’olivier, les autorités vaticanes – dont le territoire est surpeuplé ces derniers temps, la saison touristique recommence belle et bien (mais s’arrête-t-elle vraiment ?) – en ont disposé trois place Saint-Pierre, à l’occasion des célébrations pascales par Benedetto XVI himself.
Concluons si vous le voulez bien sur une remarque tout à fait hors propos de Robert Graves qui, dans le tome I de ses Mythes grecs, écrit : « la sensibilité stratégique et commerciale de la vache n’est pas très développée » (chapitre 58, Europe et Cadmos, p. 214).
Cela étant dit, moi, en attendant, je vais me promener…
J* 4月3日 Cronaca romana XXIII – Existences et vides – Au jour le jour
Avertissement au lecteur : la chronique qui suit est particulièrement longue. Penser à prendre une bouteille d’eau, un sandwich ou une pomme avant de commencer.
Dimanche – Poils et pizzas (mhmm) Dîner chez Nino. Le livreur (de pizzas – dois-je vraiment préciser ?) est arrivé avec une heure et demie de retard, essoufflé, désespéré, parlant de pizzas gratuites à la prochaine commande. A l’ouverture des cartons, deux des trois pizzas s’étaient, sous l’effet de l’empressement du livreur, complètement ratatinées et/ou retournées sur elles-mêmes, donnant l’impression que quelque hépatique incontrôlable s’était lâché au-dessus des cartons avant expédition. Puis admiration béate devant Amici, la Starac’ italienne. Les candidats dansent bien mieux que nos candidats français (ce qui, en soi, n’est pas si dur) mais, cela dit, chantent faux et trop fort. L’occasion d’admirer Platinette, célèbre travelo qui pollue les ondes italiennes depuis des années avec sa grosse tronche moche et qui, à ce moment précis, se pâmait d’admiration pour le futur gagnant, un certain Ivan ; ainsi que de disserter sur les sourcils des Italiens, qui – du moins, à Rome (cf. Cronaca romana VII) – nient toute familiarité avec une pince à épiler dans un petit haussement des quatre poils qui se courent après en angles droits au-dessus de leurs yeux : « La forme de mes sourcils ? Parfaitement naturelle, pourquoi ?... »
Lundi – Evolution des mentalités italiennes Pendant le pranzo – le repas de midi – Marco est venu trouver Mikael pour lui demander : « C’est vrai que tu te maquilles ? -Hein ?! », s’exclama l’autre, piquant un fard. « C’est ce qui se dit à la résidence, il paraît que tu te maquilles. -Mais non ! Mais c’est pas vrai ! Qui c’est qui dit ça ? Marco, rassurant : « Ah non, mais ce n’est pas grave, que tu te maquilles !... -Mais je te dis que je me maquille pas ! -…l’important, c’est que tu le fasses bien !... »
Puis, poursuite à travers la résidence : Michela sur mes talons me faisant lecture de Jeannot le lapin malicieux, afin de perfectionner son accent (examen de Français très bientôt). Incapacité Italienne notoire à prononcer le "u", les "an", "en", "eu". (Un peu comme les Espagnols qui ne savent pas faire le "tch" de ciao, piacere, etc. ; et qui, la plupart du temps, font « dzao », ou « mi dispiadze » - ah non, ça ils ne le disent pas (c’est une formule d’excuses du genre « je suis désolé »).) Le soir, thé entre nous. A un moment de la soirée, nous étions bien six ou sept dans la chambre, ce qui a favorisé des discussions par petits groupes, et dans le même temps, quelques révélations sur les amitiés/inimitiés de chacun/chacune. Ainsi cette réplique remarquable d’une personne que je ne citerai pas, en parlant d’une autre que je ne citerai pas non plus : « C’est pas moi qui suis raciste, c’est elle qui est Albanaise !... »
Mardi – Hispaninternet Le directeur a fait sortir tout le monde de la salle internet en faisant préciser qu’il l’a ferait rouvrir quand tout le monde se déciderait à prenotare (s’inscrire sur un cahier prévu à cet effet, du même genre que celui de la laverie) avant d’occuper un poste. Dois-je vous laisser deviner la nationalité des principaux visés ?... Mi dispiadze. Je ne voulais pas être désagréable. Cela a donné suite à une sévère prise de bec avec Mikael qui considère la mesure injuste et invoque la bonne volonté de tous, et moi qui la considère adaptée en ripostant que les sociétés autogérées n’ont jamais fonctionné et ne fonctionneront jamais.
Mercredi – Revue de presse Devant un cappuccino savamment décoré, pris le matin piazzale Flaminio, lecture du Messaggero, qui a écrit en toutes lettres ce que certains Français n’osent pas dire à claire voix de peur de se prendre un coup de pancarte sur la tronche : p. 1 « […] Dans un certain sens, les jeunes parisiens manifestent contre leur futur, conditionnés par les rêves utopiques que leurs parents leur ont transmis sur la fin de l’histoire, distraits et trop nostalgiques des excès de leur jeunesse. […] (Au passage, notez que M. Sarkozy est considéré dans l’article comme « centre-droit ».) p. 3 : « […] S’imaginer de pouvoir maintenir le vieux système d’entrée sur le marché du travail avec les méthodes du siècle dernier ne semble pas être une perspective intelligente. […] » Le quotidien considère ensuite que, certes, les agissements de M. de Villepin et de son gouvernement ont été hâtifs et mal préparés contre le « mal obscur de la société française, le chômage des jeunes » (p. 14), « mais il est difficile de penser qu’il [le gouvernement français] ne va pas dans la bonne direction ou, si l’on ne veut pas le dire en ces termes, de penser que cette direction est de toute façon inévitable. » (p. 3 ; je précise que je garde le style du rédacteur, alambiqué et pompeux, c’est-à-dire très ressemblant au mien.)
Deux commentaires extrêmement succincts. Il faut considérer l’article du point de vue du journaliste qui est Italien, et qui connaît donc la législation de son pays. En Italie vous travaillez avec des contrats bidouillés un peu n’importe comment, vous êtes payés au lance-pierre et si ça ne vous va pas, la protection des travailleurs reste très, très limitée. Ensuite, si vous me permettez de donner mon avis, il n’y a pas lieu de manifester contre une loi qui n’a pas été mise en pratique et dont on n’a pas vu les effets sur six, huit ou dix mois. Si nos jeunes gens débordants d’énergie devaient manifester, qu’ils s’en prennent, dans le même genre, aux trente-cinq heures, dont on sait désormais qu’elles ont créé plus de problèmes qu’elles n’en ont résolu : le chômage n’a pas baissé, le pouvoir d’achat n’a pas augmenté (je passe le détail sur la pléthore de problèmes engendrés, dans le milieu hospitalier notamment). Mais qui, maintenant, voudrait bien se remettre à travailler trente-neuf heures et se sucrer le vendredi après-midi ou le lundi matin qui rallongent si délicieusement le week-end ?... Au demeurant, si les gens tâchaient de se renseigner un peu, ils sauraient que la constitution française comporte un nombre important de garde-fous, et je ne parle pas, de surcroît, des conventions signées entre la République française et l’Organisation Internationale du Travail aux termes desquelles (je vous évite tout le débat sur le contrôle de conventionnalité et sur la place du Conseil d’Etat dans le zinzin), si une disposition de la loi ne devait pas leur être conforme, elle en serait rayée vite fait, bien fait. Pour conclure, aussi succinctement que possible, sur la chose, précisons que nous avons en France une magnifique Cour de Cassation, et que si la loi était validée par les Conseils tout en présentant des aspérités incompatibles dans les faits, la Cour aurait tôt fait de bombarder la loi de jurisprudences diverses qui corrigeraient la volonté initiale du législateur. Début de réponse jeudi ou vendredi (passage de la loi devant le Conseil constitutionnel). Dans la même veine, la Repubblica nous avait appris lundi, dans ses pages romaines, que « près de trois cents élèves du prestigieux lycée français [feraient] la grève par solidarité pour leurs compagnons de l’étranger ». Le lycée français en question, c’est le Lycée Chateaubriand (accessoirement, celui où je travaille, mais j’en reparlerai une autre fois), lycée où, continue l’article, les « affiches et slogans seront rigoureusement tenus dans la langue de Molière » par « les rejetons (sic) du meilleur de la haute société romaine et transalpine ». Lesdits rejetons (dont ce journal de commères nous fait la liste : « des filles de Malagò aux descendants des diplomates et ambassadeurs, pour finir aux héritières de l’éditeur Perrone »), sont au moins aussi renseignés que Sharon Stone (elle est forte cette Sharon Stone ; un jour elle bloque la via dei Condotti à Rome parce qu’elle fait son shopping et qu’elle crée un attroupement, le lendemain elle est à Paris et elle casse du CPE, le surlendemain elle bisouille le mur des lamentations à Jérusalem – et tout ceci, je vous prie, en apparaissant dans toutes les parfumeries comme nouvelle égérie Dior ! J’adore) même si, en l’espèce, le litige vient de la direction qui n’est pas contre une occupation de l’établissement, mais sans musique. Et une certaine Giulia Nuti de déclarer : « On mettra de la musique si on veut ! Les interdits ne nous font pas peur. » (Ca, c’est de la révolte bourgeoise ! C’est sûr que quitte à faire chier, autant défiler avec en fond sonore Lara Fabian ou Lorie à fond les manettes.) * Encore plus de mon avis sur http://wildwildwalt.blogspot.com *
Sinon, Il Corriere dello Sport évoque encore la France au travers de deux joueurs qui en sont ressortissants mais qui jouent à l’étranger. En première page il est question de Thierry Henry dont l’équipe, Arsenal, a gagné face à la Juventus (Turin), dans laquelle joue Patrick Vieira. Précisons qu’Arsenal domine en ce moment le championnat ce qui, j’imagine, vous fait une belle jambe. En rentrant à la résidence, je suis passé devant un mini-concert organisé par quelques communistes qui n’avaient rien de mieux à faire. Puis, à la résidence, élection de son nouveau représentant : Jean-Pierre : 24 voix ; Tommaso : 18 voix ; Monica Belucci : 1 voix.
La soirée a ensuite consisté à boire du pinard sur la terrasse de la résidence, puis à apprendre à danser la valse à Tommaso et Michela (avec la participation de Christian, Giusi, Mikael, Rachele et Tracy).
Jeudi – Thé rouge Pu-Erh ou vin rouge de Sicile ?
La journée aurait pu se limiter à deux lignes, à savoir que j’ai passé deux heures à bouquiner les œuvres de mes profs dans un coin tranquille du Pincio (ce qui ne m’a pas empêcher de prendre quelques photos). Mais le soir, j’entends frapper mollement à la porte, et voilà qu’arrive Arieda, disposée à étudier à peu près autant qu’à aller chez le proctologue (ou que Jtf à faire son mémoire, mais enfin je veux pas balancer hein), avec sa tasse, son sachet de thé et qui n’attend plus qu’une chose : l’eau chaude à mettre dedans. Sur ces entrefaites, arrive Christian (sans tasse ni thé) puis Tommaso (avec mon tire-bouchon que j’avais oublié la veille dans sa chambre, ainsi que quelques vêtements et… Euh… Rhâ, allez, je plaisante), qui me proposent de se joindre à eux pour aller boire un verre avec d’autres. Nous nous retrouvons donc à sept, avec (par ordre alphabétique) Alessandro, Christian, Francesco, Moi, Simone, Tommaso, Valeria, la seule fille, ainsi qu’elle s’en aperçut en arrivant au Millenium (le nom de l’endroit où nous allions) où Luca et Sobhi étaient déjà attablés, manifestement depuis un bon moment à en juger par le nombre d’idioties/minutes prononcées, qui laissait supposer un certain taux d’alcool dans leur sang. Retour vers une heure, après une fabuleuse bouteille de Nero d’Avola, et dodo.
Vendredi – Constitution, je crie ton nom J’ai constaté en retournant au Pincio que mon coin si tranquille ne l’était pas tant que ça. Après avoir passé un moment à bouquiner et à souligner des mots compliqués, Minimounette m’a appelé une bonne demi-heure me faisant, comme d’habitude, hurler de rire pour des raisons variées qui ne vous diraient probablement pas grand-chose. Je me remettais dans ma lecture quant un jeune homme, pour le moins avenant, passe – dans ces cas-là, moi, je regarde. Sauf que voilà, c’est précisément là que ça cloche. Ledit jeune homme bifurque et arrive vers moi, me demande : « Y’a un problème ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? » Ce à quoi je réponds, en toute sincérité : « Euh… Parce que tu passes. » « T’as plutôt intérêt à baisser les yeux à partir de maintenant sinon je t’ouvre la gorge », dit-il en mimant le geste d’un pouce retourné qu’il fait partir de son oreille gauche en rejoignant la droite. Donc là, je m’exécute, et lui, qui n’est pas à une contradiction près, reprend : « Regarde-moi quand je te parle ! - Mais euh je enfin tu as dit que euh enfin je croyais que… Non ? » L’autre ne relève pas cette remarque pleine de sens, s’assied à côté de moi et me dit : « J’aurais besoin d’un peu de monnaie. » Ah le con ! « Ben, j’ai rien », mentis-je effrontément. « Ah bon ben c’est pas grave hein. » Il se lève, me fait un grand sourire, puis me serre la main et, en me faisant une tape dans le dos, déclare quelque chose comme : « Bon, ben à la prochaine ! »
Euh…
J’ai ensuite apprécié les judicieuses observations du Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2006-535 DC (voir, encore une fois, la suite de mes annotations sur le sujet sur http://wildwildwalt.blogspot.com).
Le soir, sortie avec Chiara et Michela au Coyote, boîte diversement fréquentée. Les jeunes filles étant particulièrement court vêtu j’ai dû assurer, à leur demande, une certaine protection rapprochée (qui a surtout consisté à faire des rotations quand certaines mains masculines leur effleuraient les gambettes). Pour ma partie, du menu fretin mais de temps en temps, quelques regards échangés avec de sémillants ragazzi – savoir, cependant, s’il s’agissait de regards de braise destinés à ma délicieuse personne ou des regards de haine parce que j’étais un obstacle entre eux et (les jambes de) Chiara ?... Retour vers cinq heures, non sans avoir fait, auparavant, une petite promenade dans cette rue-là, où les discothèques de toutes sortes s’alignent les unes à côté des autres. Les talents de négociatrice de Michela nous ont permis d’entrer dans deux boîtes : la première fermait, et l’entrée (évidemment excessivement chère) de la seconde se payait à l’intérieur (ah les fourbes !). Nous avons aussi récupéré (grâce à une formidable initiative de ma part – dans un tout autre but cependant – et aidé par Michela) un « numéro » – car oui, à Rome comme ailleurs, pour être sur la « liste » et s’éviter d’interminables files d’attente et entrées hors de prix, il faut connaître les bons PR ou avoir quelques numéros en poche. Forts de ce demi-succès, nous sommes rentrés sur les coups de cinq heures.
Samedi – Olympiade et Alpheus sont dans un bateau… D’abord, forte contrariété à la Feltrinelli. Je vous retranscris le dialogue : Moi. « Bonjour, je cherche l’Olympiade de Pergolèse. La tête de nœud avec le badge Feltrinelli. - De Pergolèse ? - Oui, de Pergolèse. (Connard.) - Vous êtes sûr ? - Beuh… - Ce ne serait pas plutôt de Vivaldi ? L’Olympiade de Vivaldi, ça me dit quelque chose. - De qui que ce soit, de toutes façons, il n’est pas en rayon. - Ah oui, vous avez raison. Je vais voir si on en a en réserve. » Consulte son ordinateur, puis revient et, penaud : « Vous aviez raison, il y a bien une Olympiade par Pergolèse… Mais il n’est plus édité. -Ce n’est pas grave, merci. (Connard.) »
Le soir, sympathique mangement à la Société Lutèce avec Michela et Chiara, puis déplacement vers un autre endroit près du Colisée pour boire qui sa binouze, qui son cocktail, qui son verre d’eau tiède. Arrivée quelques temps plus tard du fringant Salvatore, flanqué de Daniele (un autre que celui de la CR XXI) et d’un Pier Paolo, et après les salutations de ces demoiselles, nous sommes partis à L’Alpheus.
Que je vous explique. Jusqu’à présent, ma fréquentation des lieux nocturnes "orientés" se limitait à des discothèques grandes comme des boîtes à chaussures, et plus particulièrement de l’Enigme, Clermont Ferrand, France, où comme vous le savez Em, Marion et moi-même avons nos petites habitudes (qui consiste à dire bonjour à la moitié de la boîte parce que ce sont des amis d’Em, qui sont généralement aussi mes exs avec qui j’entretiens des rapports suffisamment courtois pour me fendre de deux phrases pas trop désagréables et d’un pétage de bises). L’Alpheus, c’est – d’après moi – le local d’une ancienne entreprise : un grand hall, une cour pour les fumeurs, une grande, grande salle, un salon pour se « reposer » (c’est-à-dire se faire tripoter tout en roulant un joint), une autre grande salle (mais moins que la précédemment nommée), deux bars de taille plus que raisonnable et des sous-sols où, à défaut de backroom, on trouve un vestiaire qui fait bien trois ou quatre fois la taille de l’Enigme. Difficile de ne pas passer une bonne soirée, de ne pas se faire rimorchiare – ne traduisez pas par « remorquer », qui certes est le premier sens, mais plutôt par « draguer », « allumer », etc. – ou, d’ailleurs, de rimorchiare soi-même. Je vous épargne un grand nombre d’anecdotes qui sont les mêmes dans toutes les boîtes du monde (les questions « T’habites où ? T’es seul ? », les gym-queens venues montrer le résultat de leur dix-sept heures de poussage de fonte hebdomadaire ; les modasses venues exhiber le dernier Cavalli, Armani, Gucci, etc. ; ceux (et celles) qui sont là pour rencontrer l’homme/la femme de leur vie, ou éventuellement de leur prochaine fin de nuit ou de week-end ; j’en passe). A noter tout de même que j’ai fait la connaissance d’au moins quatre Francesco et trois Lorenzo. Dans une boîte gigantesque comme celle-ci – mais il y a plus grand, comme je vous le raconterai prochainement – il est important d’avoir quelqu’un comme Salvatore devant vous. Il suffit de se glisser dans son sillon pour entrer dans un endroit surpeuplé : avec son physique particulièrement avantageux, soit les gens se pâment de désir et d’affolement, soit ils s’écartent parce qu’ils ne veulent pas se frotter à la bête – mais ils rosissent d’envie à cette pensée – soit ils meurent parce que justement, ils ont malencontreusement pris une épaule, un triceps, un deltoïde ou un pectoral dans la tête, et qu’ils ne s’en relèvent pas. Soirée particulièrement agréable disais-je ; une fois les petits travers mis de côté, on se vide la tête en se trémoussant sur les dernières nouveautés tout en vérifiant à droite, à gauche, qui regarde qui, qui fait quoi avec qui, qui est qui, etc. Pas de slows cependant – ce que nos ancêtres immédiats (nos parents, quoi) appelaient le quart d’heure américain – et donc, une interrogation : quand est-ce qu’on fait connaissance en se susurrant des douceurs dans le creux du cornet ?...
Puis sortie de la boîte à la fermeture, et entrée dans mon lit vers six heures. Et c’était déjà dimanche…
J*
3月26日 Cronaca romana XXII – Les créatures passagères. V pour Va te faire foutre
imanche, quand je suis parti pour ma promenade, il pleuvait. Il a plu le temps d’attendre le bus, le temps passé dans le bus, sûrement pleuvait-il encore quand j’attendais le métro, mais savoir si c’était encore le cas quand j’étais dans la rame ?... Lorsque je suis arrivé à ma station, que j’en suis sorti, il ne pleuvait plus ou plutôt, il ne pleuvait pas. Le sol était sec, les parapluies prévus mais encore fermé. A n’en pas douter ceux qui vendaient à la sauvette leurs contrefaçons de lunettes couvriraient leurs présentoirs de parapluies à la première goutte. Du Ravi Shankar plein les oreilles pendant trois heures, j’ai eu cet après-midi-là l’impression d’être hors de moi – pas comme dans l’expression qui caractérise généralement une colère sérieuse – c’est-à-dire de prendre conscience des choses seulement après les avoir vécues, comme si j’avais été un acteur tellement préoccupé par ses lignes qu’il ne se rend pas compte du temps et de l’espace qu’il occupe le temps de sa déclamation. Comme si tout avait déjà, dans l’écoulement du temps, la saveur un peu âcre des souvenirs ; et ainsi jusqu’au soir – le souvenir rappelé avec l’insolent regret de n’avoir mieux vécu.
Lundi, pas mieux. Je me suis réveillé avec l’impression que quelque Vulcain invisible et chafouin me tenait un côté de la tête sur son enclume et tapait l’autre de son marteau terrible. Les douze cachets oranges acquis pour la modique somme de 6.99€ (c’est donc vrai, que les médicaments sont plus chers ici : pour le même montant, en France, on a deux boîtes de RhinAdvil et le sourire de la pharmacienne en plus) n’arrangèrent pas ma situation, me faisant passer la nuit dans la tragédie du rhume, qui fait s’assécher la gorge, par laquelle on respire fatalement plus, puisque le nez est bouché. Mais avant de dormir, il faut s’endormir, et c’est, depuis que je ne prends plus de Tercian, un périlleux exercice. Trucs en tous genres, astuces séductrices et nocturnes chopinesques, affriolantes imitations de pyjamas, rien n’y fait ; Morphée me regarde les bras croisés, un petit sourire perfide aux lèvres. Enfoiré.
Et mardi ? Mardi le prof de droit ecclésiastique est arrivé presque à l’heure (15h.33 pour 15h.), et dans un effort hors du commun, a presque réussi à tenir jusqu’au bout (parti à 15h.51 au lieu de 16h.). J’ai écrit, encore. En Français bien sûr, un peu en Italien (mon premier sonnet, comme c’est émouvant http://wildwildwalt.blogspot.com), puis j’ai passé un moment avec Valeria, Simone et Alessandro, l’occasion de leur montrer les photos de l’anniversaire de Daniela et Felice (cf. CR précédente), de boire un excellent Brunello di Montalcino et d’admirer, mais sans encourager cependant, le fruit de leur rapine du jour, un monceau de chocolats et autres kinder.
Mercredi V pour Vendetta, en V.O. je vous prie, et sans les sous-titres. Assez bon film du genre, un peu décevant peut-être, un peu trop court, mal monté. Et surtout, cette histoire d’amour sans queue ni tête de l’héroïne avec le vengeur masqué, histoire dont certes, on pressent inévitablement les prodromes au bout d’un certain temps, mais qui intervient véritablement dix minutes avant la fin. Ce n’est pas, selon moi, de cette façon que l’histoire d’amour aurait dû être rendue. L’héroïne ne devrait pas tolérer les idées de son masquounet parce qu’elle tombe amoureux de ce dernier ; elle devrait écouter les énoncés desdites idées, se rendre compte qu’elles sont formidables puis tomber amoureuse du monsieur qui les débite. Cela nous aurait éviter des scènes un peu creuses qui, en rompant l’action, permettent certes de retenir le souffle avant la fin finale (qu’on me permette l’expression), mais qui ne le coupe pas vraiment (le souffle).
Jeudi, j’ai eu droit à un message de Minimounette qui, dans un long extrait télévisé, a tâché de me faire deviner ce qu’elle regardait. C’était La famille Pirate. Le soir, thé avec Arieda qui tenait ab-so-lu-ment à nous présenter à deux amis de sa fac, un Lorenzo et une demoiselle dont j’ai oublié le prénom, mais qui avait un accent fascinant, très élégant, très rond, avec une belle voix timbrée.
Puis dodo et rêves étranges…
V pour Vendetta, disais-je, mais également V pour va te faire foutre, titrais-je. En Français, lorsque je dois utiliser l’expression, je trouve plus joli de la tourner en interrogation : « Et si tu allais te faire foutre, mhmm ? » mais en Italien, ça ne rend pas bien, alors je ne le dis pas. Ainsi, quand j’ai des motifs de le penser (motifs qui, ces derniers temps, ont tendance à s’accumuler), je me contente de faire un sourire narquois, le sourire qui signifie à l’interlocuteur/trice : « Je te laisse deviner à quel endroit je souhaite sincèrement que tu te carres la tête ». C’est généralement suffisant pour que l’interlocuteur, s’il a un brin de jugeote, interrompe immédiatement son propos qui est, nous le supposons, hautement désagréable ou pénible. En ce moment, un certain nombre de personnes m’agacent. Ne cherchez pas forcément dans ces dernières chroniques, ou n’essayez pas de deviner. Ce sont des personnes que je fréquente ou fréquentais, à qui je parle ou parlais, des personnes qui ont fait partie de mes entourages – réel et virtuel – et qui, pour certaines d’entres elles, en font encore partie. Il n’y a pas si longtemps, j’aurais sûrement tenter de les changer, de les faire se plier à ma vision des choses, de leur montrer d’autres couleurs que celles qui les éblouissent. Mais, le temps passant, puisque ces personnes ne veulent pas comprendre ce que je tente de leur dire, je ne m’abaisse plus au « V pour… » Vous savez quoi. Moi comme elles, nous sommes des créatures passagères – pour reprendre l’expression de Pascal dans je ne sais plus quelle pensée – et je n’ai pas de temps à perdre pour leur expliquer que les manifestations de leur être ne me conviennent pas, ou plus. Dans l’odieux écoulement du « passager » de ces êtres, je prends ce qui m’est agréable et me contente de laisser de côté ce qui ne l’est pas. Cela ne m’évite pas de penser à comment remédier à tout cela –mais je ne perds plus de temps à essayer d’appliquer mes idées sur ces quelques personnes, qui de toute façon sont imperméables à la discussion et plus encore à l’idée de se remettre en question… …et en tant que créature passagère, cela est tout autant valable pour moi !
J*
3月19日 Cronaca romana XXI – « Le goût sucré de certaines coïncidences adoucit l’amertume des déceptions… »« …mais, soyons-en certains, il y aura pour chacune un arrière-goût qui laisse à penser que rien n’est jamais vraiment amer, ni complètement sucré. Notre langue ainsi amollie ne sait plus quoi penser, les muscles indécis ; ni quelles informations transmettre à notre cerveau. Qu’importe, n’est-ce pas ? Ce qui vaut, c’est le goût, pas la crise de foie qui peut lui succéder. […] »
a semaine dernière s’est finie sur la fête d’anniversaire de Daniela et Felice, ce qui a donné lieu à l’absorption d’alcool en grande quantité mais également à l’ingestion de divers aliments, la plupart du temps sucrés, voire très sucrés – aliments dont, d’ailleurs, ont a retrouvé des petits morceaux un peu partout au premier étage de la résidence, en raison de débordements sympathiques (de mon point de vue) autant que dérangeants (du point de vue des gens qui n’avaient pas été invités) au sujet desquels le réceptionniste, contrit, a menacé d’appeler la police. Notez le soir même le retour de Michela d’Ecosse, qui aurait mieux fait de prendre sa douche après la fête, ce qui lui aurait permis de profiter des bienfaits du masque crème à la vanille sans pousser son célèbre « uffi », qui caractérise généralement un agacement certain de sa part. Les moins chanceux – notamment Chiara, Valeria, Simone, Giacomo, pour ne citer qu’eux – se sont retrouvés enduits de crème quasiment des pieds à la tête, devenant à peu près comme des suppositoires laissés près d’une source de chaleur trop longtemps : glissants et imprévisibles, voire dangereux lorsqu’on décide malgré tout de s’en approcher.
Les jours qui ont suivi se sont caractérisés par un grand beau soleil, sauf jeudi : en un rien de temps, de gros nuages noirs ont déversé des trombes d’eau sur Rome pour annoncer un glorieux printemps (let’s hope so). L’état semi-béat quasi-permanent dans lequel je me trouvais ces derniers temps s’est insidieusement prolongé, me faisant me réveiller chaque matin avec horreur, en ayant l’impression que le monde ne m’attendait plus pour tourner. C’est donc parfaitement soulagé de mes fonctions atlassiennes (mais enfin, qu’est-ce que je raconte ? Personne n’aurait l’idée de me faire taire !) que j’ai profité mercredi de l’opération « cin-cin cinema » (prononcez « tchin-tchin tchinéma » et appréciez le jeu des sonorités trouvé par quelque publicitaire dépressif) : pendant un mois, du lundi au jeudi et dans les cinémas participants, la place est à 3€ l’après-midi et 5 le soir. Je suis donc allé voir Transamerica, au sujet duquel une compatriote n’avait pas tari d’éloges ; l’occasion de retrouver l’excellente Felicity Huffman dans un rôle qui la change de l’univers couches-culottes/crises de nerfs de Desperate Housewives. Probablement pas le chef d’œuvre du genre en matière de road-movie traveloté, fatalement moins bien que Priscilla mais forcément meilleur que Extrvagances ; pourtant avec tout de même, en fond, un vague message qui essaie de faire penser (cf. la réplique de la sœur de "Bri" qui tente de lui faire mettre une robe bordée de plumes roses, laquelle "Bri" répond : « Je suis une transexuelle, pas un travesti »).
En fin d’après-midi, récital de piano d’un certain Andrea Bacchetti, petit être avec une chemise en soie noire moirée et trop amidonnée (Good Lord, il y a encore des gens qui amidonnent leurs chemises !) et une boule de poils de cul sur la tête. (Ok, c’est pas sympa de se moquer des gens qui ont les cheveux trop longs et trop frisés. So what ?) Ca a très mal commencé parce que l’interprète susnommé était particulièrement agité, maniéré limite pénible, au point qu’il m’est venu en tête l’idée d’aller lui caler un moment la tête sous le capot de son choli piano à queue. (Ca ne s’appelle pas un capot, mais tout le monde voit ce que je veux dire quand je dis capot au lieu de « table d’harmonie horizontale »). Ensuite, parce qu’il a commencé avec une pièce de Luciano Berio particulièrement chiante, genre chiante comme les Domaines de Boulez. Alors oui, on va encore dit que je suis injuste avec ce brave Boulez, mais enfin soyons clairs, le sérialisme, du moins le sien, c’est casse-couilles (et non, je ne suis pas d’accord avec vous, Boulez n’est pas l’héritier de Debussy). Ah, vous ne connaissez pas les Domaines de Boulez ? Primo, c’est pas grave. Secondo, pour vous donner une idée, imaginez qu’on a mis en musique un livre de Juliette Lévy et que Christine Angot dirige l’orchestre. Je n’aime pas les compositeurs contemporains qui partent dans tous les sens, même au nom du dodécaphonisme, juste pour le plaisir de faire quelque chose de différent, méconnaissable, pesant et pour finir, proprement inaudible. En l’espèce, c’était à se demander si ce brave Andrea Bacchetti ne testait pas les pédales de son piano – on a parfois mieux entendu son acharnement pédestre que la musique qu’il jouait.
Bref, je me suis calmé dans les instants qui ont suivi, puisque l’interprète revenait à des compositions autrement plus agréables : la suite anglaise n°6 de Bach, la bagatelle op. 126 et la sonate n°30 op. 109 de l’ami Ludwig van B. Le soir, j’ai écrit – c’est une façon de parle puisque je me suis régulièrement interrompu pour prendre les places de Giusi et Nino devant Hotel (le jeu de société, par le dernier Tarantino), en raison de la maladie chronique du jeune, aggravée quand ce dernier est Italien : la téléphonite.
Si vous me lisez régulièrement, vous êtes capable de savoir ce que j’ai fait jeudi matin. Alors ? Mhmm ? Oui ! Je me suis lavé les cheveux. En fin de journée, autre séance de cinéma dans un registre plus léger Wallace e Gromit e la maledizione del coniglio mannaro (…du lapin-garou, donc) au multiplexe de la piazza Cavour, où je ne mets jamais les pieds, puisque je fréquente déjà un panel de cinq ou six cinémas qui ont toujours le film que je veux voir au moment où je veux le voir. Mais voilà, au Warner Village de Repubblica, il passait à 18h.20 ; et un rapide coup d’œil m’avait permis de voir qu’il passait à 17h. à Cavour, donc. Le public, composé presque exclusivement de moins de douze ans, fut toutefois assez calme pour ne pas me donner envie de sortir la hache et de tailler du prépubère pour faire le silence. Et qui je trouve en sortant de ma séance ? Sandro et son cousin, qui allaient voir le même film à la suivante. (J’ai un talent certain, mais purement fortuit, pour être soit au cœur, soit le sujet de coïncidences (pas toujours très agréables, mais enfin on fait ce qu’on peut hein). J’ai en tête le souvenir de certains sms qui ne m’étaient pas destinés… Des rencontres sur des quais de gare ou dans des musées... Bref. Hem.) Amusement donc à ce moment-là : « C’est la première fois que je viens ici ! -Moi aussi. -Je vais voir Wallace et Gromit. -J’en sors !... » Et diverses autres considérations d’un intérêt très moyen lorsqu’on n’est pas moi pour en saisir la portée. (Hey, j’ai ptêt le droit de faire des cachotteries, nan ?)
Le soir, visionnage de Viva Zapatero, « le documentaire que vous ne verrez jamais à la télé », dixit la jaquette ; documentaire qui traite en effet du conflit d’intérêts entre les fonctions politiques du Président du conseil italien, a.k.a. Silvio Berlusconi et l’implication de son groupe, Mediaset, qui possède trois chaînes télévisées retransmises par les ondes italiennes. Intéressant de voir que la liberté d’expression française est enviée, et qu’un divertissement comme Les guignols de l’info passe pour un formidable programme subversif.
Vendredi, j’avais deux heures de droit administratif. Le prof, au bout de trente-cinq minutes de retard, n’était toujours pas là ; c’est donc parfaitement outré que je suis parti. Ici, lorsque vous avez un cours de deux heures, vous pouvez être sûr qu’il commence vingt bonnes minutes en retard et finit avec un quart d’heure d’avance. En France, on râle quand les profs mégotent sur les temps de pause pour gagner cinq minutes de cours ; et lorsqu’ils ont plus de vingt minutes de retard, les étudiants s’en vont : quand je suis arrivé ici, les méthodes d’enseignement m’ont amusé ; mais maintenant ça ne me fait plus rire et j’en viens à regretter le rythme kalachnikov de certains de mes anciens profs. La journée aurait pu bien finir, mais quand je suis rentré Mikael se préparait à sortir avec Nino, faire je-ne-sais-quoi je-ne-sais-où ; s’est ensuivit une série d’agacements sur ladite sortie « en douce », à la ni vu ni connu je t’embrouille, puisque j’ai cru comprendre que sur cette action, le Boulez sériel, pardon, le boulet sérieux, c’était moi, sans d’ailleurs que je puisse me l’expliquer (mais j’ai tout de même quelques idées sur la question ; vous me permettrez cependant de ne pas déverser des litres de fiel sur ce blog). N’étant toutefois
Retour sur les coups de trois heures, et hop, dodo, parce que bon.
Petit samedi sans prétention, visite à San Giovanni, puis à la Poste Vaticane, conclues par un petit tour de ville. En ce joli 18 mars, quarante-six lignes de bus ont été suspendues pour laisser le champ libre à une nouvelle manifestation anti-tout : anti-guerre en Irak, anti-loi machin-chouette, anti-ceci, anti-cela… En croisant Rachele dans le métro, celle-ci m’a précisée que la manifestation finirait devant l’ambassade de France, « pour soutenir l’action de nos collègues français. -Mais tu sais ce que c’est, le CPE ? -Euh… Je m’en rappelle pas très bien. -(sourire ironique.) -Mais l’important, c’est de manifester ! -Mhmm… »
En ville également, une belle tripotée d’Ecossais, kiltement vêtus, puisque se jouait dans l’après-midi le match contre l’Italie ; le perdant a, comme dirait mon père, « pris une belle branlée » ; ambiance allègre dans les rues déjà envahies de touristes et de jeunes gens qui prennent cinq minutes, pendant leur manifestation anti-tout, pour faire les magasins, parce que quand même, on manifeste mais on en reste pas moins Italien. (Oui, je suis de mauvaise foi.) Pour conclure sur une note gaie, notons que huit Espagnols ont été arrêtés jeudi soir à la sortie d’un bar puisqu’ils se chamaillaient à l’entrée – ils n’ont pas été arrêtés pour ça ; vous imaginez, si on devait coffrer les Espagnols juste parce qu’ils l’ouvrent trop, y’aurait plus d’Espagnols dans les prisons romaines que d’Italiens – jusqu’à ce que quelques-uns bien inspirés décident de sortir des chaises dudit bar pour se les casser gentiment sur la tronche.
Après quoi, tea-party avec Daniel (un Roumain, ne pas confondre avec le Romain Daniele mentionné plus avant), Arieda, Giusi, Mikael et courtement, Nino. S’ensuivit un long coup de fil (plusieurs, en fait) de Minimounette avec laquelle nous avons parlé de sujets toujours aussi fascinants, qu’il s’agisse de récoltes de tomates, de documentaires animaliers sur la baleine à bosse, de bas de contention roses ou de ses problèmes de dessous récemment détruits par une machine à laver furieuse.
Dodo pas trop tard, parce que même si demain est un autre jour, j’ai quand même laverie à dix heures.
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3月12日 Cronaca romana XX – Et pourtant, le temps passe ; quindi, dunque, comunque…
a semaine se termine et encore une fois, j’ai l’impression qu’on m’en a volé un morceau. J’avais fini la précédente par une petite promenade dans le quartier de Portaportese, prenant quelques photos déprimantes, en noir et blanc de surcroît (je vous explique pas l’ambiance). J’ai résisté un grand nombre de fois à l’appel des chaussures soldées qui scandaient mon nom lorsque je passais devant les vitrines – mais non, non Mum, j’ai résisté. (Les soldes sont finies mais les commerçants continuent d’écouler leur stock hivernal en faisant des « ventes promotionnelles ».) J’ai passé un coup de fil à Mamie Porto et la Reine-Mère pour la fête des Grands-mères, l’occasion de remarquer une nouvelle fois que si je ne me présentais pas, la première me prenait pour un oncle et que la seconde, comme chaque dimanche après-midi, n’était pas chez elle car trop occupée à quelque action caritative, promenade dominicale ou encore, plumage de mauvais joueurs de poker dans un tripot clandestin.
Que dire… Semaine particulièrement légère puisque une grande partie de mes professeurs s’est octroyé quelques jours de vacances supplémentaires après la fin de la session d’examens d’Hiver. Par conséquent et en bonne logique, inactivité partielle de leurs étudiants… Donc de moi. Lundi, retour de Mikael – après son texto de la veille au soir m’informant : « Je devrais être en train de survoler les Alpes, mais voilà que 45 cm de neige en ont décidé autrement… On se voit demain ! J’espère. » Mardi, j’hésite à vous dire que je n’ai strictement rien glandé, à part prendre des photos du ciel, commencer d’écrire la chronologie de mon prochain roman et en relire les premières pages (roman qui sera formidable, n’en doutez pas, mais dont aucun éditeur ne voudra quand j’aurai fini de l’écrire en 2012). Mercredi, retour de Nino sous nos cieux romains, toujours d’aussi bonne humeur à l’approche de deux examens qu’il avait assez moyennement révisés… Opérations brownies l’après-midi et le lendemain (un jour, peut-être la semaine prochaine, je vous assure que je vous expliquerai pourquoi je vous parle de cuisine de temps à autre dans ces lignes, mais je présume que vous avez déjà quelques suggestions sur la question).
Jeudi, rien. Glande-glande-glande. Recherche de mes dossiers de M2 sur le site de ma fac, premières inquiétudes (« mon dossier va-t-il être accepté ? Et si je suis refusé dans ce master ? Et si j’arrêtais tout pour aller élever des moutons dans le Larzac ? Ou pourquoi je resterais à Rome, tiens ?... »). A l’autre bout d’MSN, premières notes de désespoir de Jtf, rentré d’Argentine, qui envisage de commencer son mémoire, mais qui manifestement ne sait pas par quel bout commencer et qui pense plutôt aller faire un tour de l’autre côté du monde, voir Em qui garde la tête haute après quelque affront d’un Américain que je nommerai pas. A Paris, Lo tâche de faire de même avec un autre larron qui n’est pas très au point sur ses attentes, ni sur comment les exprimer. J’ai eu l’impression que nous étions tous ensemble, mais comme des perles sur un collier ; attachés par un lien unique, mais avec chacun nos propres nacres et irisations (quitte à trouver une métaphore, autant la filer, hein).
Chaque chose, dans la force retenue du réel, mais dans la persistance du successif, devient universelle et particulière à la fois.
Vendredi, petit tour au Musée d’Art moderne. Sur la façade, un énorme T rouge annonce bien le sujet de l’exposition temporaire qui s’y tient : le musée expose depuis quelques semaines les créations du "groupe T", né en Italie dans les années 60 (de ce que j’ai compris, hein) et travaillant dans le domaine de la lumière dans l’espace, ou des espaces tout court d’ailleurs, jouant sur les volumes, les rapports de proportions mais aussi la perception propre dans un endroit clos soumis à d’autres règles que celles qui régissent « l’extérieur ». Bref, expérience amusante qui se conclut par le traditionnel questionnaire d’esthétique expérimental (l’analyse sémantique des aspects de Dölf Zilmann (1963)). L’occasion, par la suite, d’abord de réviser mes classiques (« je connais, ça – ah bah oui c’est du Degas » ; « et ça, ça me dit quelque chose – forcément, c’est du Van Dongen pfff » etc.) ; avant de me frotter au gigantesque fonds proprement contemporain, genre contemporain-contemporain.
Au bout de trois heures, j’ai abandonné, la tête pleine et l’esprit plus vraiment assez concentré pour bien saisir ce à quoi mes yeux étaient confrontés. Personne ne me regardant, le musée étant pour ainsi dire quasiment vide – le vendredi midi, ça peut se comprendre – je suis monté zitto-zitto (en douce) au premier étage, fermé à la visite, l’occasion de prendre quelques photos (toutefois pas assez pour en faire une exposition pompeuse baptisée « Peintures assombries en salles encloses ») et de filer vite, puisque pas certain que les caméras étaient débranchées. Le soir, thé chez Giusi en compagnie de Daniel, Nino, Harietta et son célèbre boa en plumes jaunes, qui a donné lieu à quelques amusements inoffensifs (aurions-nous bu autre chose que du thé, je ne l’aurais pas garanti !).
…et le lendemain, retour au Musée pour tenter de finir ce que j’avais entrepris la veille, mais peine perdue. J’ai fait un joli tour malgré tout, puis un tour de ville, avant de rejoindre Sandro pour aller boire un verre et lui démontrer par A+B (c’est-à-dire en lui collant le nez sur le catalogue du musée) que Les trois âges de Klimt est bien ici, à Rome, et pas dans un musée de Vienne comme il le croyait.
Samedi soir strictement sans intérêt, qui a surtout consisté à disserter sur les mœurs supposées dissolues de Nino – avec ledit Nino. Comme nous en sommes arrivés là, mystère. Puis, Mikael est rentré – sa sœur est en visite à Rome quelques jours, il était bien normal qu’il aille la voir – et dodo.
Ce matin, coup de fil d’Em pendant deux bonnes heures. Elle rentrait de son gala de droit et avait, bien entendu, mille choses à me raconter sur qui, quoi, où et bien sûr, comment. Tentative, cet après-midi, d’aller au jardin zoologique pour répondre à un caprice de Nino, mais en arrivant, on nous a informé que ledit jardin était sur le point de fermer… Le Sicilien a fait la gueule deux minutes, le temps de trouver compensation avec une barbe à papa (véridique). Fin de promenade dans un Pincio fort printanier, tout en vert, blanc et rose. Très choli.
Bref, j’ai eu le sentiment cette semaine de ne rien faire ou du moins, de ne rien produire pour la grandeur de l’humanité…
…et au fond, c’est pas plus mal, ça change J…
J* 3月5日 Cronaca romana XIX – La suite de nos programmes après ces quelques remarques d’un intérêt plus que moyen, mais enfin si je n’étais pas là pour moi aussi polluer internet, je suis sûr que vous vous ennuieriez (comment ça, ce titre est trop long ?)
’avais pensé cette semaine laisser ma plume – ou plutôt, mon clavier – à Marion ; mais pour des raisons de famille elle a dû annuler sa venue au dernier moment. C’était quoiqu’il advienne une semaine de vacances, plates et mornes lorsqu’on a soudainement trop de temps libre sans forcément assez de personnes avec qui les partager : Mikael est parti depuis dis jours en Suisse, Michela a fui en Ecosse ; et la fin de la semaine dernière n’a donné lieu a aucun débordement – ni « libation », pour reprendre le bon mot d’un de mes lecteurs – si ce n’est une ou deux sorties avec Nino, avant que ce dernier ne reparte lui aussi, mardi, dans sa Sicile natale ; non sans échapper, la veille au soir, au matraquage photographique du même genre qui a touché Annabelle et Mikael récemment. J’ai fait par la suite deux constatations, du moins le résultat de la séance n’a fait que confirmer ces deux constatations passées : d’abord, j’avais pensé qu’en passant au numérique, je ferais des dizaines de photos sans réfléchir comme je le faisais pour l’argentique (réfléchir surtout en termes d’économie de tirages papier), et c’était vrai ; mais en réalité par rapport à l’argentique où, sur trente-six poses, je m’estimais heureux quand quatre ou cinq photos étaient réussies, le résultat est le même en numérique : sur deux cent douze photos, j’en ai retenu vingt-sept réussies (le rapport de proportion est à peu près le même) et sur ces vingt-sept, sept très réussies. Ma deuxième « confirmation de constatation » tient à ce qu’il n’est jamais si compliqué de réussir des photos si le sujet (quand il est humain) est à l’origine photogénique (exemples récents avec Mikael et Anna, donc, ou précédemment avec Lo, Em, P.-A., R., Titho). Bref, je vous les montrerai un de ces jours si vous êtes sages, malgré avoir assuré Nino qu’elles ne circuleraient jamais sur internet (étant de notoriété publique que je n’hésite pas à trahir la confiance de mes amis pour le plaisir de les ennuyer).
Dans la même veine, j’aurais pu vous parler de l’exposition Modigliani, mais c’est un exercice délicat pour lequel il faudrait consacrer plus de quelques lignes sur un blog (mais si vous me suppliez gentiment, je peux vous en faire cinq pages pour une prochaine fois !). Non, rien d’absolument époustouflant cette semaine ; notez que ma sœur s’est manifestée, exprimant dans un mail adressé à ma mère tout la magnifique vacuité qui régit son existence, en trois phases simplissimes : 1. provoquer, 2. attendre, 3. se complaire dans la souffrance provoquée tout en ressassant la sienne propre. Ma mère très contrariée m’avait fait suivre le mail, auquel j’ai sobrement donné suite ainsi : « Et si tu arrêtais de faire chier ? », ce qui m’a beaucoup amusé et qui a encore plus contrarié Mum.
A l’approche des élections au terme desquels les Italiens auront un nouveau Président du Conseil, les affiches se multiplient. Permettez-moi donc à ce sujet de me livrer à une analyse à deux balles.
Notez pour commencer l’attitude du Président sortant : sourire et pose sobres (ce qui nous change des premières affiches où il ouvrait grands les bras, et la bouche, laissant apparaître un incroyable nombre de dents). Le fond reste le même : drapeau national arrangé à la sauce Forza Italia. Slogan : « Choisissons d’aller de l’avant ». Plusieurs remarques et questions. Remarque d’abord sur l’usage, au-delà de l’impératif, de la personnalisation dudit slogan (deuxième personne du pluriel). « Choisissons », vous et moi, « d’aller de l’avant », c'est-à-dire de ne pas regarder en arrière ? Notable en effet que les premières affiches s’accompagnaient de slogans pour le moins légers faisant état d’un bilan somme toute bien relatif (l’Italie respectée dans le monde ; l’Italie écoutée en Europe ; La politique des grands travaux à travers tout le pays ; des policiers dans tous les quartiers – voilà d’ailleurs un argument sécuritaire qui n’est pas sans nous rappeler quelque présidentiable français). « Choisissons » « l’avant » pour « ne pas choisir » (l’autonomie de la volonté électorale est en théorie maintenue dans le choix, justement, du verbe) de seulement regarder en « arrière » ?... Dans ses rapports avec la gauche (majoritairement « L’Ulivo », de Romano Prodi), Il Cavaliere n’a peur de rien et réitère son « impératif personnalisé » en un autre slogan : « La sinistra dice que tutto va male ? Lasciamo perdere ! » (La gauche dit que tout va mal ? Laissons-la perdre ! »).
La gauche, même si elle a également commencé la campagne très tôt (mi-décembre contre début décembre pour la droite) a attendu la semaine dernière pour enfin présenter sa guest star. En effet jusqu’à présent la voie d’affichage s’est ordonnée en trois temps : - premier temps, des gens beaux qui sourient, des familles qui rient, etc., avec des slogans binaires : deux beaux segments parallèles séparés par une virgule, « aujourd’hui quelque chose avec l’actuel gouvernement de droite, demain autre chose avec le nouveau gouvernement de gauche », le plus notable étant « Oggi legge su misura, domani reforme » (Aujourd’hui lois sur mesure, demain réformes), qui fait référence à la loi grâce à laquelle Berlusconi a pu concilier ses affaires personnelles avec ses exigences politiques sans que cela ne constitue plus un conflit d’intérêts. (Cette segmentation des slogans a un certain succès, puisque également utilisé par la droite sous forme de questions rhétoriques populistes accompagnées de la réponse, exemple : « Più tasse sulla tua casa ? No, grazie » - Plus de taxe sur ta maison ? Non, merci). - Le deuxième temps de l’affichage pour la gauche reste généraliste en présentant encore des citoyens lambda. Il y a subdivision en deux étapes (qui a dû donner bien du travail aux colleurs d’affiches) ; ainsi en temps T1 les affiches présentaient des gens enfermés dans des grosses boîtes, pose expliquée par des slogans du type : « La precarietà chiude la speranza », la précarité enferme/clôt l’espérance/l’espoir ; et en T2, ces mêmes personnes soulevaient les couvercles de ses boîtes avec un slogan logique et pédagogique : « élections les 9 et 10 avril ; êtes-vous prêt à sortir ? », de la grosse boîboîte donc. (Encore que je surtraduis ici puisque ici, autant dans la publicité traditionnelle que dans les campagnes électorales, le tutoiement est presque tout le temps de rigueur.) - Troisième temps de la campagne d’affichage de l’Ulivo avec enfin, le disais-je, la « personnification du parti : Romano Prodi apparaît « pris sur le vif », dans une posture qui, bien que statique, n’est pas une pose ; de la main gauche il fait un geste temporisateur (photo probablement prise lors d’une réunion de la Commission européenne, double-message : « pendant que d’autres perdent du temps en Italie à se faire lifter pour prendre la pose, moi je bosse pour l’Europe »). Accroche : « La serietà al governo », le sérieux au gouvernement ; formule qui laisse supposer que ledit sérieux n’y est pas encore ; et slogan enfin : « L’Italia riparte », comprenez qu’elle s’est donc arrêtée.
Soulignons la tentative du parti centriste qui, comme son nom l’indique, fait de la soupe avec des idées de gauche et de droite, vague et flou comme la droite, mais opposée à celle-ci comme la gauche avec des propositions follement originales (par exemple, « Una politica più responsabile » ; je ne prends pas la peine de traduire). Autre drôlerie, un socialiste qui fait bande à part en déclarant que la force socialiste est à gauche ; comprendre que ceux qui se prétendent socialistes (au hasard, Prodi) ne le sont pas vraiment, ou s’ils le sont, n’ont pas la force. Appréciez l’humour de quelque plaisantin qui est repassé derrière le colleur d’affiche pour rajouter à ce gentil amoureux des œillets une petite moustache à l’ancienne mode, qui rappelle notamment Heidegger.
J’évoque brièvement les communistes qui, comme d’habitude, n’ont rien compris et n’en finissent plus de passer pour de gentils attardés en proposant plus d’argent aux travailleurs et aux retraités. Ahah.
Tout se jouera, nous le savons, entre Berlu et Prodi. Les campagnes ont coûté, m’a-t-on dit, cent millions d’euros pour le parti du premier contre trois pour celui du second. Cela tient sans doute au fait que Berlu fait également campagne… à la campagne, alors que la gauche se contente des villes (étant sociologiquement admis qu’il se vote peu à gauche chez les campagnards). Chamailleries dans la presse ; démonstrations diverses, Prodi court le marathon en 4’21’’, Berlu va se promener aux US (égratignant la politique de la France au passage, dans un sympathique discours qu’on souhaiterait seulement alarmiste lorsqu’il déclare que « le monde devient comme les Etats-Unis » (La Repubblica du 3 mars)).
Pour conclure sur ce sujet, je précise qu’auront lieu dans le même temps les élections municipales. Peut-être m’y attarderai-je plus tard mais selon moi, et purement subjectivement, Walter Valtroni pourrait bien repasser (eut égard aux marques de sympathie démontrées pour certains autres candidats, comme Alemanno, dont l’affiche est déclarée « abusive » pour des raisons que je ne connais pas).
N’ayons pas peur d’être polémique en lançant, cette semaine, un sujet très nouveau et original, la prolifération des sites à contenu exhaustivement dangereux, hop. Je dois le premier à Em, www.godhatesfags.com, où une église baptiste « à part » vous accueille par quelques versets bibliques évidemment sortis de leur contexte, par lesquels on apprend que Dieu aime seulement ceux qu’il a choisis (avec un gros book et l’aide de chasseurs de têtes), c'est-à-dire en bonne logique ceux qui vont à la messe (éventuellement pour prier), qui combattent les injustices et le mal, donc les pédés. Bref, expliciter le contenu reviendrait à en faire de la publicité. Le plus choquant selon moi est la liste des entreprises et universités dont les règlements intérieurs contiennent des dispositions anti-discriminatoires à l’égard de leurs employés/étudiants LGBT, donc, des entreprises et universités qui incitent à la sodomie (qui est rappelons-le un péché mortel), sic ; et parce que les amalgames sont faciles, qui incitent par voie de conséquence à la pédophilie. Autre horreur, un mémorial virtuel (parmi d’autres) sur lequel est comptabilisé le nombre de jours que Matthew Shepard – jeune gay sauvagement torturé et laissé pour morts par ses deux agresseurs en 1998, cf. site http://www.matthewshepard.com ou http://www.matthewshepard.org – a déjà passé en Enfer.
Les gens qui fréquentent cette église écoutent probablement les jolies chansons de deux mignonnes adolescentes de treize ans, jumelles blondes aux yeux bleus, genre trop sympa à la Mary-Kate et Ashley Olsen, qui composent et chantent des appels à la haine raciale, au racisme défensif [http://www.defensiveracism.com/], voire qui reprennent des chants traditionnels allemands (sic), du moins, d’une certaine tradition pangermaniste. Le pire ? Non, ce n’est pas que les parents les encouragent, ni que les gamines soient du coup complètement lobotomisées et se figurent que chanter « Blonde Hair Blue Eyes » est un appel à la fraternité. C’est qu’elles reçoivent, de tous les coins des Etats-Unis, des marques de sympathie de gamines de leur âge qui les admirent, tout en condamnant les actions d’opposants qui, lors des concerts, distribuent des tracts antinazis, bouh, les méchants !... [http://www.prussianblue.net/]
Consterné, c’est complètement consterné que j’ai donné un œil aux liens. Vous pourrez donc acheter, si vous le voulez, le livre de je ne sais quel « Docteur » qui s’appuie sur des chiffres évidemment réels pour énoncer que la race blanche est supérieure aux autres, ou encore, lire les théories révisionniste sur l’Holocauste de Germar Rudolf…
Je conclurai comme d’autres l’ont fait avant moi, sans originalité. Le net, oui, c’est formidable, on peut tout voir, tout dire, tout communiquer… Mais jusqu’à quel point ? Le 1er amendement de la Constitution américaine protège la liberté de religion et d’expression, au même titre que n’importe quelle autre constitution, d’ailleurs, dès leurs préambules ou premiers articles. Est-ce pour en arriver à ce genre de dérives ?...
Hier soir, en quelques minutes, let net m’a permis de parler de l’abbaye de Cluny avec un Clunisien, de sautiller quand un Breton m’a proposé de m’envoyer des caramels au beurre salé, de parler des verrières de Chagall à Metz et de la place Stanislas à Nancy, de lire un article sur la « chaise spéciale » qu’utilisent les Américains à Guantanamo pour briser les grèves de la faim chez leurs détenus qu’ils gavent de force par le nez et la bouche, de m’extasier sur les performances d’un site construit tout en animations flash et qui bannit ainsi le ‘clic’,…, … Information, surinformation, écoeurement et désinformation… Mais hier soir, j’ai également su que même en restant inerte derrière mon écran, je comptais pour quelqu’un, qui pensait à moi. L’enfermement, les heures (« les cercles de plomb qui se dissolvent », dans le souvenir de Mrs Dalloway), et la solitude des lames. Le doute et le regret dans l’inaction. Champagne, darl’. Le soupir, et te savoir près de moi ; écoutons le bruit de la pluie qui tombe sur les vitres.
Et notre jour, même terne, se lèvera sur ces nuits.
J* 2月24日 Cronaca romana XVIII – La fable du juriste laïcCette semaine fut marquée par diverses choses et parmi elles, deux examens. Je vous ai déjà expliqué les différences entre ma fac, qui tourne encore avec l’ancien système italien des examens annuels avec huit sessions, et celle d’Anna qui s’est pliée au exigences européennes de la réforme LMD et se déroule donc en deux semestres et quatre sessions d’examens. Ceci explique, pour ma fac, que les sessions de février-mars regroupent des étudiants de l’année passée et de l’année en cours, pour des examens portant sur un programme annuel. En clair, en février on vous interroge aussi sur ce qui n’a pas encore été vu en cours, et qui le sera en avril, mai,… Les étudiants de « l’année en cours » qui se présentent à cette session, dite d’Hiver, doivent donc contre toute logique avoir ingurgité la totalité de la matière dont ils veulent passer l’examen. Ainsi donc, lundi, épreuve de philosophie du droit. En tant qu’étudiant Erasmus, j’avais la probabilité de passer avant tout le monde et je fus donc, ainsi qu’une compatriote gentille mais un peu courge, interrogé à la fin de la session, comme le veut le non-sens universel universitaire, doublé du jovial non-sens de l’organisation des Italiens. « Interrogé », en effet, car ici les examens sont pour la plupart oraux. Je n’ai jamais vraiment loué le système français, mais il a le mérite d’être "anonymant" ; or, dans le présent système, si vous être gros, noir, efféminé et que vous souffrez d’une forte acné, et que vous tombez sur une examinatrice anorexique homo/xénophobe, qui a en plus une idée très arrêtée de l’esthétique faciale, vous êtes mal. Bien sûr, si vous êtes une jolie jeune fille, aux décolleté et sourire charmants, et que votre examinateur est un satyre, au contraire votre note sera revue à la hausse (il serait injuste en effet de dire que toute la note repose sur la seule apparence, qu’elle plaise ou déplaise à l’examinateur/trice). L’examen oral cependant offre au moins une garantie absolue : pas de triche, pas de risques de copies communes ; et une efficacité sûre : durée maximale quarante minutes, minimale vingt minutes. On est loin des partiels en trois ou quatre heures. Dès le début de l’épreuve, deux étudiants se sont pointés vers un assistant ; l’un d’entre eux avait la bras en écharpe, « ça sent l’Espagnol, tout ça », me suis-je dit. Gagné ! Ils ont brandi des papiers tamponnés, bariolés ; nous rejouant la technique de l’examen obtenu « a l’espagnol », c’est-à-dire faire le strict minimum et demander seulement la note minimum (18/30). Cinq minutes plus tard, c’était bouclé, et ils ont filé aussitôt le registre signé. Ainsi donc, nous avons été interrogés en dernier ; la demoiselle R. s’est précipitée sur l’assistant français – car oui, le prof fait passer l’examen selon son bon vouloir et ainsi, peu déléguer la tâche à la pléthore d’assistants qui l’accompagnent – et je me suis dirigé vers le seul autre assistant libre, un barbu aux yeux gris-vert, assez jeune, qui aurait été tout à fait mon genre en d’autres lieux, car ce blaireau – qui a écouté son collègue parler Français avec la mienne, de collègue – n’a rien trouver de mieux à dire, pour commencer notre speed-dating, que : « Vous savez que l’examen va se faire en Italien ? -Euh… Oui. -Quel livre avez-vous étudié ?... » Et là, j’apprends qu’il y a au moins un autre livre en plus du pavé de 391 pages du prof. J’ose un : « Surtout le manuel du professeur d’Agostino. » S’ensuivit un tir nourri de questions, diverses et variées, souvent agressives, dans le genre : « Quel reproche peut-on faire au néo-normativisme ? » « Que pouvez-vous me dire de Rudolph Von Gneist ? » « Quel est le paradigme traditionnel du temps dans la conception du Droit ? » « Que diriez-vous des origines du jusnaturalisme ? » « La souveraineté, oui ; mais laquelle ?... » Là, j’ai séché. (D’ailleurs, le terme de "souveraineté" (soveranità) me fait faire généralement un magnifique italianisme ; je m’énerve beaucoup en ce moment quand le correcteur d’orthographe de Word souligne de zigzags rouges mes « souveranité ».) Il s’est agacé un peu plus et a précisé : « Souverainetés juridique et politique ? » J’ai bafouillé quelques lieux communs, il a levé les yeux au ciel et m’a gratifié finalement d’un « va bene così ». Résultat, 26/30. Pas d’interrogation supplémentaire du prof (qui, au terme d’une petite question finale, peut décider de baisser ou augmenter avant de remplir le carnet de notes) qui a signé le carnet de notes et m’a fait un sourire d’attardé avant de prendre la fuite, manifestement très pressé.
Second examen : mercredi. Théorie générale du droit. Déjà, les trois assistantes sont arrivées avec une demi-heure de retard, et plutôt que de s’excuser, l’une d’entre elles a déclaré : « Vous aurez remarqué que nous sommes en retard (sans blague ? Connasse). Nous allons donc faire l’appel immédiatement et interroger dans la foulée. » Evidemment, malgré ma préinscription à l’examen il y a trois semaines, je n’étais pas sur les listes. Je suis donc aller me faire connaître.
Vers 16h.15 un assistant (puisque trois autres assistants et le prof sont arrivés entre temps) m’appelle. D’abord, papotage sur la matière. Je lui explique que la France est à la traîne par rapport à l’Allemagne ou l’Italie et ne distingue pas la théorie générale de la philosophie du droit, cette dernière matière étant enseignée, au demeurant, de façon quasi subsidiaire. Puis questions : « Qui est Carl Schmitt ? » « Quand sait-on qu’une loi est injuste ? » « Parlez-moi du proemio de la loi chez Platon. » Je ne m’en sortais pas trop mal jusqu’à ce qu’il pose la question qui fâche. « Être un juriste catholique aujourd’hui, qu’est-ce que ça signifie ? » …
Dans mon msn, j’ai un smiley dont le raccourci clavier est « argh ». C’était mon état mental à ce moment précis. Argh. Il faut en effet savoir que M. le professeur d’Agostino fait partie de l’Union des juristes catholiques italiens et qu’à ce titre, il consacre un chapitre entier d’un de ses livres à la fonction de juriste catholique dans l’époque actuelle. Je n’ai rien contre les catholiques, ni contre aucune religion tant qu’elle ne verse pas dans l’intégrisme. Mais mon problème ou plutôt, mon background, c’est que j’ai été élevé dans une famille très très moyennement pratiquante (malgré l’exception notable qui confirme la règle, la Reine-Mère, dont j’ai déjà parlé sur ce blog), et que quand je suis entré en fac de droit, j’ai été nourri au droit constitutionnel qui nous rappelle que d’après l’article 1 de notre chère constitution, « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale », qu’« elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion », ainsi qu’« elle respecte toutes les croyances » (et qu’accessoirement, « son organisation est décentralisée », mais ça, on s’en fout dans mon propos ; bref). Au demeurant, même si les profs de fac ne sont pas soumis au silence ou à la neutralité (comme c’est le cas des profs du primaire et du secondaire), je n’ai jamais eu d’enseignants à ce point engagés – seule ma prof de droit civil de première année (une aimable ruine réputée comme doctrinaire cassante et farouche sur certains points d’une législation à venir (lois bioéthiques en particulier)) avait une idée, disons, assez conservatrice sur l’avortement, mais ce qui ne l’empêchait pas d’enseigner tout ce qu’il y avait à savoir sur le sujet, sans même émettre une opinion défavorable sur la décision IVG du Conseil constitutionnel (parmi mes lecteurs juristes, qui peut me donner la date exacte sans réfléchir ? Et pour les autres lecteurs, au moins l’année ?...). Bref, mon esprit formé au lois sur la laïcité, aux libertés publiques de conscience et de religion, a fait ce terrible « aaaargh » à cette question fichtrement conne, « Être un juriste catholique aujourd’hui, qu’est-ce que ça signifie ?... »
Je ne pouvais décemment pas répondre : « un contresens, un renoncement, une déviance » sans prendre le risque de devoir disserter deux heures sur mon opinion. J’ai donc gentiment expliqué que c’était pas évident, mon bon m’sieur, a fortiori si l’on veut respecter les commandements de l’Eglise actuelle. Mais l’imbécile s’acharne. « En quoi le Christ est-il le sauveur de la Science ?... » Argh bis, sauf que là, j’ai envie de dégainer le smiley qui montre les crocs. J’explique cependant poliment la thèse de Stanley Jaki, blah-blah-bhah, et au moment où il s’apprêtait à mettre la note (sur le petit feuillet qui doit ensuite être vu par le prof avant que ce dernier ne décide de la note finale), je précise que le livre de ce monsieur Jaki a été publié a la Libreria Editrice Vaticana, et je marmonne quelque chose comme « c’est dire s’il a touché un public international de juristes ». Il relève la pointe de son stylo, se ravise (mais ne me regarde pas), et finalement, inscrit : « 24/30 ».
Je remercie et vais me rasseoir, me maudis en pensant aux phrases que me sort Mum dans ces cas-là : « Tu as encore perdu une belle occasion de te taire » ou « Il faut toujours que tu en rajoutes une couche » ; puis je maudis ce coglione d’assistant en attendant qu’on m’appelle pour signer le procès-verbal final et éventuellement, pour passer devant le prof. Une assistante déclare, au bout de quelques minutes (je n’avais pas fait attention que le prof, qui passe son temps à papillonner d’un assistant à l’autre plutôt que de les décharger d’un peu de son travail, a disparu depuis un moment) : « Le professeur a dû partir en conseil de faculté ; ceux qui veulent contresigner leur notes maintenant peuvent le faire, ceux qui préfèrent attendre son retour pour éventuellement faire revoir leur notes devront attendre une demi-heure… Peut-être une heure », menace-t-elle. Une vingtaine de personnes se lève et va contresigner. Ils restent sept ploucs, dont, devinez qui ?... Mon examinateur vient vers moi au bout de vingt minutes et tente de me dire quelque chose, mais j’étais en train d’écouter, via lecteur mp3, la scène 2 de l’acte III du Akhenaten de Philip Glass sobrement intitulée « Attaque et Chute », ambiance « guerriers de l’Apocalypse » qui donne envie de prendre une hallebarde et de massacrer tout ce qui bouge. Je lui demande poliment de répéter, ce qu’il fait : « Vous savez que vous pouvez partir maintenant ? Il faut juste que vous signiez le registre. » Réponse : « Oui, mais je préfère voir le professeur. Je peux peut-être augmenter un peu ma note. » Je dégaine le sourire « seize dents visibles » à ce moment-là, et il repart penaud rejoindre ses collègues, qui avaient fini d’interroger et qui ne voulaient qu’une chose, partir très vite.
Un peu plus tard, ledit professeur revient en claudiquant (il est podagre et bossu, il écrit des livres qui m’agacent mais je peux pas m’empêcher de le trouver sympa.) Entouré de quelques assistants qui, n’ayant rien à faire, ouvrent grand leurs oreilles, il m’interroge en quatrième place, encore que le verbe interroger est un bien grand mot : « Ah, la France ! Je n’ai pas la chance de connaître Clermont-Ferrand. » Je lui explique que ce n’est pas grave, que c’est un trou perdu – je ne sais pas comment on dit « trou du c… du monde » en Italien –, même si c’est très joli, avec ses vaches et ses volcans. « Et puis la gastronomie française !... Et le vin ! Il y a du vin à Clermont ? » J’explique que oui, mais qu’à de rares exceptions, c’est de la piquette, qu’on fait plutôt du fromage et de la charcuterie. Je lui raconte que pour les vins, il faut plutôt voir dans le Bordelais ou l’Alsace (j’avoue que le Beaujolais et le Bergerac me sont sortis de la tête à ce moment-là, et je ne sais pas comment j’ai pu ignorer le champagne, darl’ !) ; et je lui propose une croisière à six, lui, sa femme, ses trois grands garçons et moi, sur le Rhin ou la Garonne pour vérifier tout ça [*1]. Puis, question : « Qu’est-ce qui vous a plu dans ce cours ? » Je lui parle de phénoménologie, je vois son œil s’arrondir ; je parle de Hegel, de Levinas ; sa lèvre inférieure tremble et au moment où je lui parle de Kojève, il me demande, dans un souffle à peine audible, mes dates de disponibilités pour la croisière proposée l’instant d’avant. [*2] Il regarde le petit feuillet, voit le 24 et les initiales de l’examinateur et me dit gentiment : « Ah, vous n’êtes pas tombé sur le plus gentil ! » ; puis il corrige le 4 en 6. Je remercie platement (même si je fais « youpla-pouêt » à l’intérieur), je contresigne le registre et laisse mes coordonnées à une assistante, pour mettre au point la croisière. [*3]
J’ai fêté l’événement comme il se doit, c'est-à-dire avec des gâteaux joyeusement trempés dans un grand verre de lait frais (je suis un snob aux plaisirs simples.) J’ai repensé à cette dernière épreuve et j’en suis arrivé à plusieurs conclusions. 1. Les épreuves ne sont pas forcément plus faciles pour les étudiants Erasmus que pour les autres. J’ai bien dit qu’elles n’étaient pas plus faciles, pas qu’elles étaient notées de la même façon.
2. Il y aurait à analyser dans le dialogue qui a suivit avec le prof. a. Lui : « Je n’ai pas la chance de connaître Clermont-Ferrand. » Si ses assistants n’avaient pas été là, il y aurait fort à parier qu’il aurait plutôt dit : « Clermont-Ferrand ? C’est où ça ? », mais dans le cas présent, non, car dans la phrase « Je n’ai pas la chance de connaître Clermont-Ferrand », il fait comprendre qu’il connaît déjà bien la France, et dans le terme de chance il fait comprendre que Clermont-Ferrand est suffisamment rikiki pour qu’il n’ait pas pu tomber dessus par hasard au cours de ses voyages. Ainsi, si un double du prof n’avait dû s’adresser qu’aux assistants, il aurait dit : « Je connais bien la France mais franchement, excusez-moi de pas connaître Clermont-Ferrand, on dirait bien que c’est une petite ville de rien du tout qui apparaît à peine sur les cartes ». Cette phrase trouva de toute façon confirmation : b. Moi : « C’est normal, ce n’est pas une très grande ville, il n’y a de toute manière pas grand-chose à voir à part les volcans. » Interprétez par : « Ô, Maître tout puissant, ce n’est pas grave et c’est même parfaitement normal que vous ne connaissiez pas, car votre grande culture ne vous a pas donné accès à la connaissance de ce misérable chef-lieu de l’Auvergne qui ne mérite pas que vous perdiez e votre précieux temps à vous y intéresser davantage. Je vous en supplie, faites que ce détail qui trouble votre sagesse ne provoque pas la diminution de ma note. » c. Lui : « Qu’est-ce qui vous a plu dans ce cours ? » est une demande dont la réponse vaut pour les assistants. La question signifie : « En quoi mes livres traduisent-ils un génie manifeste dans l’expression d’un pur style académique dont mes assistants feraient bien de s’inspirer, s’ils arrivaient, un jour, à accoucher d’un ouvrage ? » d. Moi : « Surtout la phénoménologie. » Tout en étant la vérité, c’est une vile flatterie car je sais pertinemment que la vieille chose agitée de tics, au sourire crispé, en face de moi, a commenté Kojève et qu’il est codirecteur de la Revue internationale de philosophie du Droit. Cependant, c’est une erreur de ma part car je passe l’épreuve de Théorie générale du Droit et que je parle de philosophie (les deux matières étant, vous l’aurez compris, enseignées par le même professeur). Cela semble ne pas le troubler, puisqu’il s’étend également sur Kojève dans son manuel de Théorie. e. Lui : « Ah, vous n’êtes pas tombé sur le plus gentil ! » ; application du précepte de Catherine de Médicis, Diviser pour mieux régner. Il s’assure la sympathie des autres assistants (sachant qu’en dépit des grandes claques dans le dos ou des pétages de bises, ils ne peuvent probablement pas s’encadrer, puisqu’à la fin, il n’en restera qu’un, peut-être deux s’ils ont de la chance) et ma reconnaissance éternelle lorsque dans sa grande prodigalité, il transforme mon 24 en 26.
3. Pfff. Moi qui pensait faire plus court cette semaine en ne parlant que de mes examens…
Je poste dès aujourd’hui car demain, Marion (également surnommée Minimounette, comme vous l’avez déjà lu) arrive. Je pense lui laisser rédiger la prochaine chronique, histoire de. (De quoi, d’ailleurs ?)
Bref, bon week-end à vous, chers rares et fidèles lecteurs.
J*
[*1] – Nan, là, j’invente. [*2] – En bonne logique, là aussi. Suivez, un peu ! [*3] – Puisque je vous dit que je plaisante !... 2月19日 Cronaca romana XVII – En un mot comme en cent…
…non. (J’ai voulu dire non à la gentille vendeuse de la Librairie Française lorsqu’elle m’a tendu le livre que j’ai commandé il y a trois semaines. Mais comme un con, je lui ai donné les 27 € qu’elle attendait avec un gentil sourire et j’ai même remercié – bon, ce n’est pas de sa faute si j’ai changé d’orientation et qu’en quelques jours, j’ai préféré Husserl à Hegel. Ce matin, j’ai eu l’impression d’être un emballage, un bel emballage comme on trouve parfois – et dont le contenu nous déçoit parce qu’il n’est pas à la hauteur de l’emballage qui, vraiment, était joli, mais n’est déjà plus maintenant qu’il est déchiré. J’ai coiffé mes cheveux, comme chaque matin, mais hier je trouvais que mon brushing valait bien celui d’une Catherine Deneuve dans Place Vendôme, dépravé mais chic, et aujourd’hui c’était celui qu’elle arbore sur la couverture du dernier Citizen K international – avec Pharrell Williams ; vieille femme qui tente de jouer avec son image. Une image. Avant-hier encore j’étais une image, un reflet, l’imitation sobre et impardonnable de l’irréel, du matériel inutile. Je voudrais parfois dire aux gens que je les aime, mais ça me donne envie de pleurer, parce que j’ai l’impression que c’est un abandon pour moi et une charge pour eux. Je l’écris, parce que c’est plus facile et que même si on l’oublie, le relire suffit à se remémorer sa réalité, sa vérité peut-être, du moins au moment où il fut écrit. Je t’aime. Cela a-t-il un sens ? Une enveloppe, je suis une belle enveloppe, mais on me décachette sur du vide, ou sur un souvenir de plage ; il y a au fond de moi un peu sable. J’ai eu tout à l’heure l’impression de faire partie du mobilier urbain, parce que mes chaussures étaient du même orange que celui de la ligne A du métro romain. Mais mon reflet m’a rassuré, et j’ai acheté des nouvelles chaussures et je les ai mises aussitôt, et j’ai rangé l’autre paire dans le carton de la nouvelle. Une jolie jeune fille s’est assise à côté de moi et a ouvert Il Messaggero. Je me suis rendu compte que je devais encore faire des progrès en Italien si je voulais un jour lire Il Messaggero. Il y avait du vent, j’aime beaucoup le vent ; et le ciel était gris, délivrant du jour pour s’opposer à la nuit, mais pas assez de lumière pour avoir une ombre. L’ombre me semble parfois rassurante, puisqu’elle donne des contours – la majeure partie du temps faussés, puisqu’il n’est jamais toujours midi – à ce qui existe, et me laisse croire que j’existe aussi. Existerais-je, sans ombre ? Oui, oui puisque ce matin, Mikael m’a parlé, il m’a souhaité une bonne journée. C’est donc que j’existe. Lorsqu’en arrêtant, encore ce matin, de tirer la peau de mon visage devant le miroir pour voir à quoi je ressemblerai quand je serai lifté, j’ai posé mon regard sur ce qui était voisin de ma personne, et il y avait sa tasse. J’ai compris pourquoi Mikael, qui passe son temps à échapper, lâcher, briser les choses arrivait à garder sa tasse depuis si longtemps entière : parce qu’elle est en plastique. J’ai lu La morale a-t-elle un avenir ? de Ruwen Ogien, j’ai trouvé ça bien. J’ai repensé à la tasse et je me suis dit que je voudrais être en plastique, incassable et inoxydable, pas biodégradable ni recyclable. On pourrait me mettre dans un coin de salon, ou m’accrocher sur un mur de living, entre un animal mort rempli de foin et une gravure à l’eau-forte de scène de pêche, avec un certificat d’authenticité : « J* – Année 19-- – Plastique véritable ». Il suffirait qu’on passe un coup de chiffon sur mon visage de temps en temps pour en enlever la poussière, qu’on me garde à l’abri de la lumière –l’ombre, encore – et de l’humidité pour me préserver en l’état, sans altérer mon coloris ni ma présentation. Je serai mieux encore avec un petit moteur dans le ventre, avec une pile au lithium et un haut-parleur intégré, comme ça je pourrais aussi parler. Je pourrais dire je t’aime, sans risquer de pleurer, sans ciller, sans l’impression que je vacille. Et si j’étais aussi articulé, ceux à qui je dis je t’aime pourraient lever mes bras et se mettre entre eux, ou je pourrais me mettre dans les leurs par un mouvement du bassin. 1. Je t’aime. 2. Prends-moi dans tes bras. Aucune réponse exigible, aucun trouble apparent. Je resterai, pour toujours, pour toi. En plastique, inusable, avec mon petit moteur qui ronronne et mon petit haut-parleur bien caché. Je t’aime. RrrRrrRrr. Prends-moi dans tes bras. Cliketiclik.) Non ?... 2月13日 Cronaca romana XVI – « Il y a un moment où il faut savoir frapper les cons avec un groupe électrogène. »Que vous dire, chers rares et précieux lecteurs, de la semaine dernière ?... Elle fut, comme ses sœurs aînées et probablement cadettes, passée à une vitesse frappante, sans que rien de précis ne puisse l’expliquer, ni qu’aucun fait extraordinaire ne m’y fasse arrêter plus que sur une autre. A quelques exceptions près, peut-être…
Je fus lors de ma promenade dominicale accompagné par Nino, dont la conversation fut ponctuée de « marche moins vite », « Y’a pas des toilettes par là ? », « En fait, un cygne, c’est moche ; comment on dit cygne en Français ? », « Je t’ai dit de marcher moins vite », « T’es sûr que c’est un génitif, ce mot grec ? », « C’est ça, la villa Borghèse ? », « C’est qui Esculape ? », « Pas de panna dans mon chocolat, merci », « Ben, c’est enfin fini cette promenade !... ». Lundi rien de précis, si ce n’est la lecture plus approfondie des ouvrages de mon professeur de philosophie du droit, en vue d’un examen probable prochainement. Non pas que cela m’inquiète précisément, étant donné que la matière m’intéresse et que, de surcroît, je l’ai déjà largement parcourue en licence. (J’avais d’ailleurs eu 18 [*] au partiel en rendant une copie formidable, sur laquelle on aurait pu ajouter les noms d’Em, de Dooty et d’autres gens encore, tellement de gens avaient participé à son écriture ! Ah, que voulez-vous, il faut bien qu’on s’entraide…) En fin d’après-midi, j’ai payé mon loyer de février et, au terme d’un entretien avec le directeur de la résidence que j’ai menacé de mort s’il ne répondait pas favorablement à ma requête (c’était la seconde phase, qui suivait la première (ben si), celle dite « Yeux de Bambi ou tout autre animal dans le viseur d’un fusil », dont les résultats sont aléatoires mais qui fonctionne assez bien lorsqu’il s’agit de demander à Mum le financement d’une paire de chaussures – encore ? Oui, encore), j’ai obtenu satisfaction : changer de chambre. S’ensuivit pendant plusieurs heures, après le repas, une partie de Monopoly, au cours de laquelle Michela a acquis (tout à fait légalement) les 3/5èmes du plateau, engendrant la ruine précoce de Nino qui a distribué ses titres et son argent avant de fuir (et surtout, de risquer l’hypothèque). Par la suite, il y eut alliance italo-suisse, puisque Mikael et Giacomo ont financé conjointement des hôtels dont ils se sont, par suite, partagés les bénéfices. Le retrait de la partie de Giacomo et Daniela ont donné lieu à mon retrait à moi (tandis que je tentais vainement de vivoter en passant au travers des hôtels des propriétés de Michela et Mikael) ; ces trois retraits ont permis à Mikael de s’enrichir des titres de Giacomo et des miens, tandis que Michela formait face à lui une coalition avec Giusi, réunissant leurs titres à elles deux plus ceux cédés par Daniela. Bref, Mikael fut assez vite ruiné. C’est triste, un Suisse ruiné. Plus tard, j’ai fait mes adieux à Ouin-Ouin à ma méthode ; en écoutant ainsi le troisième acte du Crépuscule des dieux (vous savez, celui qui fait bien « pouêt-pouêt » très fort dès le début) de l’ami Wagner, vers une heure du matin, le réveillant au passage (« Oh ! Pardon. Je n’avais pas remarqué ta présence que tu as pourtant manifestée en laissant en certain nombre de traces douteuses dans la salle de bain. »). Puis j’ai lu jusqu’à deux heures et demie, dans la douce lumière de ma lampe de chevet que Ouin-Ouin avait éteinte vers minuit lorsqu’il s’était couché, après que je lui eus donné la permission (gniark gniark) – j’ai enfin saisi ce que voulait dire Rachele lorsqu’elle m’appelle Signore Perfido.
Je me suis levé le mardi matin assez tôt, dans le but précis de faire chier Ouin-Ouin, qui s’est très vite manifesté par des mouvements d’agacement dans son lit. Enfin, lorsqu’il fut sur le point de se lever et de procéder, en bonne logique, au long vidage salvateur de sa vessie, je me suis enfermé dans la salle de bain pendant trois magnifiques quart d’heures pour procéder à la « toilette moyenne », celle qui comprend notamment le long lavage de cheveux ET le masque Oléorelax Kérastase nutritive (« laisser agir 10 à 15 minutes »). Je n’ai pas poussé le vice à prendre vingt minutes de plus pour me raser. Mais j’ai hésité. Ensuite, déjeuner chez Michela avec Giusi, Chiara et Mikael, et après un épisode des Simpson, opération changement de chambre. J’ai eu, en préparant quelques sacs, valises et malles, des réminiscences de déménagements ; notamment un souvenir très précis du regard horrifié de Jim lorsqu’il a vu, en août dernier, le camion qu’il allait conduire ; un autre, plus ancien, de ma contemplation de Mum et Ludovic transportant mon lit (alors que je changeais d’étage dans le même immeuble) ; et un autre plus ancien encore, matérialisé par une photo d’Em qui fait un câlin à un frigo d’un mètre quatre-vingt. Avec l’aide de Mikael, Giusi et Michela, tout fut débarrassé en vingt minutes. Je suis donc maintenant dans la stanza 61, et plus la 37, ce qui signifie que ne cohabite plus avec un Canarien à qui il ne manque que la moustache pour ressembler à un trafiquant de drogue mexicain, mais avec un Suisse au regard bleu-vert innocent (ne vous y fiez pas).
Dans la nuit de mardi à mercredi, une rixe a opposé des Israéliens à un groupe d’Albanais. Après une succession d’événements que m’ont fortement détaillés le lendemain Rachele et Michela, il n’y eut aucun blessé, mais une Espagnole très choquée qui se trouvait au milieu des deux équipes et qui a déclaré qu’elle avait été menacée de mort par un des Israéliens qui disposait, paraît-il, d’une couteau (modèle sabre).
Mercredi, écritures diverses pour diverses personnes. (Lorsque le vendredi matin, je vais au Vatican pour poster mes lettres, les guichetiers de la Posta Vaticana se frottent les mains quand ils me voient arriver, et écarquillent les yeux quand ils lisent les pays destinataires : France, Etats-Unis, Belgique…) Ecritures, disais-je, et… J’allais dire autre chose, mais je le garde pour une prochaine fois. Un indice ? Knepfle. C’est un plat alsacien. Je vous expliquerai… En faisant un tour sur internet et sur les quelques blogs que je prends malheureusement pas le temps de lire plus souvent, j’ai pu voir des vidéos de Klaus Nomi, les premières (où il apparaît comme choriste de David Bowie) ainsi que l’enregistrement de Total Eclipse lors d’un concert à New York. Soudain, il m’est revenu en tête qu’un film avait été fait sur lui d’après des documents d’archives et des témoignages, mais qu’il n’était pas sorti (où alors, s’il est sorti, c’est passé inaperçu) : Nomi Song. Bonne surprise : il est sorti en DVD aux Etats-Unis. Mauvaise surprise : amazon.com refuse de me l’envoyer à Rome. Qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là ?... On n’abandonne pas, et on met l’adresse d’Em (aha ! On fait moins les malins, sur amazon.com !). Tout ceci a fini de me mettre complètement de bonne humeur. (Je suis d’une bonne humeur tout à fait exaspérante, au point que j’ai failli dire bonjour à Ouin-Ouin par deux fois cette semaine.)
Jeudi, écriture derechef, le nez en l’air. (J’avais le nez en l’air, je m’étais demandé : / Avec deux yeux en plus, serais-je plus heureux ?...). Petit tour de ville avec Annabelle, qui m’a expliqué en détails comment tel garçon avait fait des manœuvres de rapprochement pour la séduire, s’assurant notamment auprès de ses voisins qu’elle était libre (ces Italiens, quand ils ont une idée en tête… Bref). « Certes, ce n’est pas F. – je ne pourrais pas remplacer F., même si je voulais – mais pour le sport, c’est un amant tolérable. » Annabelle n’est pas la dernière pour les phrases chocs, c’est d’ailleurs elle qui me déclarait la semaine dernière : « Il y a un moment où il faut savoir frapper les cons avec un groupe électrogène. » (Sortie de la conversation, cette phrase fait beaucoup d’effet.) La soirée a ensuite consisté à discréditer Nino aux yeux de Mikael, au sujet d’une obscure histoire de balle de ping-pong qui avait roulé sous un lit. Les fins juristes que nous sommes – Giusi et moi – ont permis de confondre Nino comme coupable de la chute de la balle, non pas en termes de faits, mais en termes de démonstration juridique – les explications du prévenu n’étaient pas claires ou contradictoires ; son attitude à la barre tout à fait étrange, et enfin, son mutisme final ont fait le reste. (En le racontant, bof, c’est moins drôle. Mais que ne ferait-on pas pour voir un Sicilien susceptible se mettre en colère !...)
Vendredi matin, Vatican, donc, pour poster mon tas hebdomadaire. (Mon tas de lettres.) Puis déjeuner suisso-sicilo-français (vous devez maintenant être capable de dire qui est qui dans cet enchevêtrement de nationalités) à la Romanina, le centre commercial à côté de la fac de Droit. Et l’après-midi… Le nez dans les bouquins, courte interruption téléphonique de Minimounette, et re-le nez dans les bouquins.
Vous me permettrez de ne pas raconter mon week-end, qui fut particulièrement pénible, et de rester ainsi sur les notes particulièrement youplà-pouêt qui ont ponctué cette semaine.
D’ailleurs, notez qu’il est déjà lundi et que déjà, lundi se termine…
J*
____ (*) 18/20 ; je précise pour mes lecteurs italiens habitués aux notes sur 30. 2月5日 Cronaca romana XV – Etude du chaînon manquant en milieu tempéré
Comme je pense changer très prochainement de chambre, dans l’objectif de m’éloigner de Ouin-Ouin et de ce dont il est capable, je me dois de vous livrer mes récentes observations sur le sujet – observations qui seront, comme toujours, parfaitement objectives et dictées par mon absolue bonne foi.
Reprenons depuis le début. Il faut que vous sachiez pour commencer que ma connaissance de ma culture espagnole se limite à quelques peintres, le cinéma d’Almodóvar (et la Movida (avant que ce nom ne soit réemployé par qualifier une coloration capillaire)) et les splendides délires architecturaux de Gaudí. Du point de vue linguistique, je n’ai jamais rien demandé à Law (qui baigne désormais dans la langue espagnole à longueur de temps et qui a même, tenez-vous bien à votre sac à vomi, fait un an en Erasmus à Salamanque) et je me suis toujours contenté de l’expression hispanisante employée par Dooty lorsqu’il s’agissait de se présenter à l’interphone : « La puta la fellación ! », que l’on peut librement traduire par « Bonjour, tu m’ouvres ? » ou « Le fond de l’air est frais et Em dort encore sur mon carré Hermès, par terre dans mon salon, chez moi ; pourrais-tu ouvrir la porte dès à présent afin d’épargner à ma blanche gorge tout coup de froid ?... ». En termes de gastronomie, il ne m’est jamais apparu qu’il pouvait exister d’autres plats que la paella ou des préparations qui, la plupart du temps, font péter, ce qui peut donner lieu à des concours fort joviaux (à l’instar du célèbre concours de rots « saucisson-coca »), surtout l’été (fenêtre ouverte et ventilo puissance 4), parce qu’en hiver, ledit concours peut rapidement tourner à la suffocation de masse et ce, sans avoir atteint les quarts de finale (qui comprennent notamment l’épreuve mixte intitulée : « Enflammer ses pets sans brûler son caleçon/son string »).
Bref, l’Espagne me semblait peuplée de gentils êtres inoffensifs, dont la principale occupation consiste, pour les dames, à secouer de grandes robes moches et éventails bariolés en tapant très fort des pieds et en vagissant « Olééééé ! », et pour les messieurs, à les accompagner en criant eux aussi « Olééééé ! », mais en agitant des castagnettes et en claquant des talons aussi (dans la mesure du possible, à contretemps, afin d’occuper continûment l’espace sonore des gens qui auraient la mauvaise idée de s’en approcher). Tout ceci semblait tellement beau ; un pays où dans chaque famille, la maman ressemble à Marisa Paredes, le papa à Miguel Bosé, le fils à Gabriel García Bernal (injustement qualifié de « Julia Roberts sans les cheveux » par un certain N.V.) ; tout ce beau monde habitant dans un appartement aux balcons gaudiens, aux plafonds et murs peints par Goya (Francisco, pas Chantal) et Velázquez, jusque dans les toilettes… Et c’est à ce moment-là que l’Espagne découvre, en poussant le même petit soupir consterné que la France lorsqu’on lui parle du pays basque (là, je sens que je viens de me faire plein d’amis) ou de la Corse (double ration d’amis pour J* aujourd’hui), qu’elle a, accrochés à son arrière-train comme les gros nœuds de poils sous la queue des chats angora (ou, plus trivialement, les boules de vous-savez-quoi sous celle des chiens à poils long et/ou frisés), quelques îlots, que dis-je !, trois lopins de terre de 7351 km², appelés Canaries.
I. Propos introductif liminaire
Sachez que nous avons évité le pire, puisque c’est le Normand Jean de Béthencourt qui en a entrepris la colonisation en 1402 (certes, au profit du Royaume de Castille) et que si l’Histoire avait voulue être fourbe (comme elle sait l’être parfois), les Canariens auraient pu être Français (la Normandie qui, après avoir été annexée en 1420 par l’Angleterre (malgré sa confiscation à Jean Sans Terre par le Capétien Philippe II Auguste) fut reconquise par la France en 1436-1450). Les 1 716 000 (et quelques) Canariens, également appelés « branleurs ad vitam aeternam », passent leur vie en bermuda (pour les messieurs) ou en bikini ou monokini (pour les dames). Une fois qu’il a fait le tour de son île dans un sens, puis dans l’autre, le Canarien se fait chier, alors il décide de reporter son ennui sur les touristes en allant sur la plage pour leur proposer d’acheter tout un tas de petits objets follement exotiques, mais parfaitement inutiles et/ou spécialement moches. En terme de politique générale cette communauté autonome a fini par s’ennuyer aussi ; les politiciens canariens (en bermudas) passent donc désormais leur temps à reporter leur ennui sur le gouvernement espagnol qui, soyons honnêtes, n’en a rien à carrer.
II. Cas d’espèce : le Ouin-Ouin (genre Grosso-spagnolo Chi-fa-schifo, famille des fringilidés)
Le Ouin-Ouin, également dit Ouin-Ouin tout court, ainsi communément baptisé en raison de son aptitude à couiner ou a tirer la tronche dès que quelque chose ne va pas comme il veut (la température extérieure, la température de la chambre, la nourriture, le prix de la nourriture, le prix des vêtements ou, plus récemment, son examen de droit fiscal), a été envoyé en mission de reconnaissance par le doyen de la fac de droit de Las Palmas afin de s’assurer que l’Italie est un terrain propice à l’expulsion discrète et régulière de ressortissants canariens qui en ont assez, non, vraiment, de passer leur journée à dormir ou agacer des touristes sur les plages. Plusieurs problèmes cependant se posent pour notre espion en herbe. 1. Il ne parle pas un mot d’Italien, sauf pour demander « tu peux éteindre la lumière ? », « Je peux aller dans la salle de bains ? », « Tu voudrais que je change de chambre !, tu préfèrerais plutôt pas serrer le point et le mettre dans le cul d’un hippopotame ? ». A ce sujet notons a. Qu’il demande l’extinction des feux quand lui a décidé de dormir et que moi, je lis encore, et que je vais lire encore pendant plusieurs heures pour le plaisir de l’agacer ; b. Qu’il passe plus de temps que moi dans la salle de bains (hors séances lavage de cheveux), pour la plupart du temps ne rien faire, à part faire couler de l’eau en sifflotant, fort et mal, des airs populaires canariens ; c. Qu’il ne veut pas changer de chambre parce qu’il ne veut pas déplacer ses affaires, et que la solution d’aller chez un certain Juan-Pedro l’ennuie fort en raison, paraît-il, d’une certaine propension de ce dernier à ronfler (la plupart du temps quand il dort).
2. Deuxième problème : il ne fait pas d’effort d’intégration. Il passe le plus clair de son temps (lorsqu’il ne dort pas, avec un bras replié sur les cavités orbitales) à vagir en Espagnol, avec tout plein d’autres Espagnols également peu disposés à établir une communication avec les autochtones. Cela se traduit ainsi par de longues minutes passées à bramer des choses – manifestement très drôles – au téléphone à une copine espagnole qui vit deux chambres plus loin, tandis que je tente désespérément de comprendre le paragraphe « le tiers est un autre prochain » de Levinas. Etant donné, au demeurant, que je suis la plupart du temps dans la chambre à partir de 19h., les soirs, lui émigre dans une autre chambre ou toute une tripotée d’Espagnols se réunissent pour se dire (très fort) des choses d’un intérêt sûr, en faisant griller, sur un grand feu de bois, des bébés castagnettes qu’ils croqueront en poussant un petit soupir nostalgique.
3. Ouin-Ouin n’a pas d’éducation. Il est vrai qu’ayant été conditionné, toute sa vie durant, à hiberner l’hiver et à faire chier le touriste l’été, il part déjà avec un sérieux handicap. Ainsi donc, l’usage de la salle de bains se résume à faire couler de l’eau dans le lavabo (régulièrement employé comme crachoir) en sifflotant, à évacuer toute la tequila ingurgitée les instants d’avant (si possible en visant la petite surface d’eau au fond du W.C., pour s’assurer qu’il est bien au bon endroit ; et en laissant la porte ouverte pour que je puisse m’assurer, au moins au bruit, de toute la réussite de son entreprise). Pour couvrir l’odeur émanant de son être – odeur qui, au bout de plusieurs jours, finit par être assez désagréable – il s’asperge voluptueusement d’un parfum qui, à défaut de sentir bon, sent très fort. Lorsqu’il s’est trop alcoolisé et qu’il rentre au milieu de la nuit, Ouin-Ouin vomit un peu partout dans la salle de bains, qu’il nettoie ensuite avec du papier toilette. Lorsqu’en s’éveillant le lendemain – à 16h. au lieu de midi – on lui demande gentiment si ça va mieux, il ne répond pas « Oui/non/ch’sais pas, MERCI », mais plus franchement « Gnh » sans s’inquiéter de savoir s’il a réveillé quelqu’un (au hasard, moi) pendant la nuit tandis qu’il s’occupait de réinventer le crépi à séchage lent. Ouin-Ouin ne présente ses excuses que la nuit, quand, lorsqu’au cours d’une de ses remarquables séances de somnambulisme, il se luxe une épaule et émet des petits cris s’apparentant à celui de la courgette lorsqu’on la découpe pour en faire de la ratatouille, et qu’à cet égard, bien sûr, il finit de réveiller la personne qui dort dans la même chambre (au hasard, moi), laquelle personne se retrouve ensuite à attendre plusieurs heures aux urgences en rêvant à son lit douillet.
4. Ouin-Ouin dort, beaucoup, souvent, trop. Ses nuits font approximativement douze/quatorze heures, ce qui correspond à la longueur normale de la rumination pour les représentants de son espèce. Le fait de dormir s’accompagne chez lui d’une autre manifestation : le somnambulisme. Cela ne représente pas précisément un problème en termes de communication, puisqu’au final, ça ne dérange qu’une seule personne une nuit sur deux ou trois (au hasard, moi). Lors de ses crises, il n’est pas rare qu’il se fâche très fort avec d’autres gens, qu’ils menacent manifestement avec verve. Des observations m’ont permis, lors d’une étude nocturne impromptue (communément appelée : « envie pressante à trois heures du mat’, j’aurais pas dû boire ce thé avant de me coucher ») de constater qu’il lui arrivait également de rester assis de longs moments sur le bord de son lit, coi comme une huître ouverte, les yeux clos comme ceux d’un gisant (ce qui, entre nous soit dit, file une trouille bleue).
III. Remarques diverses et conclusives sur le Ouin-Ouin
Il serait un peu léger de considérer que le Ouin-Ouin n’est composé que de 48 dents, d’un ventre, d’un côlon, de deux mains pour porter les aliments à la bouche et de deux pattes pour aller les évacuer sous une autre forme ailleurs. Le Ouin-Ouin a un cœur (ce qui semble indispensable ; pour la vascularisation de tous les autres organes – essentiellement destinés au brassage et à la digestion de plusieurs tonnes de nourriture par semaine – il faut bien des veines de la grosseur d’un tuyau d’arrosage), certes, mais également, du cœur. Il vous donnerait une de ses chemises (moches) si par hasard vous n’aviez plus rien à vous mettre (Dieu m’en préserve !). Notez à cet égard qu’en revenant de ses vacances d’hiver (5 décembre – 16 janvier), il a rapporté à Michela un porte-clefs (moche), un de ceux que fabriquent huit de ses petits frères et sœurs que les neuf autres vont ensuite vendre (sur la plage… Touristes, tout ça ; vous connaissez le principe maintenant), en remerciement de l’avoir accompagné aux urgences lors de sa célèbre luxation (et moi, nib – en même temps, j’aurais été bien embêté). Il a du cœur, le Ouin-Ouin, puisqu’il garde depuis plus d’une semaine maintenant trois poires qui ne sont plus très loin d’être blettes, en vue probablement de les envoyer chez lui, pour faire découvrir à ses parents qu’il n’y a pas que les bananes dans la vie (les bananes de l’espèce canarie, donc ; celles que préfère Mum).
Ouin-Ouin est, pour toutes ces raisons, un être attachant, mais attachant comme un vieux chien à trois pattes ou une Tatie Danielle qui nous empêche de partir en vacances, c’est-à-dire, qu’on a envie de laisser sur une aire d’autoroute. Ouin-Ouin est gentil, mais c’est un emmerdeur notoire qui n’a pas conscience que la vacuité de son existence dérange le déroulement normal de l’existence des personnes non-espagnoles qui se trouvent dans son voisinage immédiat (au hasard, moi). Ouin-Ouin est un peu comme une ruine riourikide, il est entretenu par l’Etat dont il ressort simplement parce que ce dernier ne peut pas l’abattre pour mettre autre chose à la place (notez la finesse de cette analogie). Deux possibilités sont envisageables : soit il révolutionnera le droit fiscal international en lui appliquant son mode de vie (rebaptisé « théorie de l’inanité absolue »), qui consiste à ne rien faire quand des problèmes se présentent et attendre que ça passe en espérant que quelqu’un d’autre trouvera éventuellement la solution ; soit il rentrera chez lui avec un diplôme de droit obtenu « à l’espagnole », méthode (authentique !) qui consiste à se présenter aux examinateurs en suppliant pour avoir seulement la moyenne afin de retourner chez soi et ne pas passer une année de plus en Italie (et vous vous doutez bien que cette perspective n’enchantant guère lesdits examinateurs, les examinés usant de cette méthode repartent évidemment avec la moyenne).
Ouin-Ouin, a n’en pas douter, trouvera une Ouin-Ouine qui lui fera plein de petits Ouin-Ouins qui passeront la journée à fabriquer des colliers (moches) ou des porte-clefs (moches) qu’ils iront ensuite vendre sur les plages canariennes. Au fond, maintenant, vous savez juste où ne pas partir en vacances...
J* 1月29日 Cronaca romana XIV – L’existence précipitée. L’effacement absurde de ces mémoiresDans le gris dominical de ma promenade du même nom, il m’est soudainement apparu clair – entre deux halètements pour grimper en haut d’une colline romaine – que le seul trouble qui pouvait m’atteindre provenait de l’altérité, et que la seule résistance possible que je pouvais lui opposer, objective dans la passivité, était élémentaire : la solitude. Pas la solitude de ma grande époque « personne ne comprend pourquoi je suis monté dans le wagon de tête » (la réponse étant : pour être en tête, bah oui) ; mais celle, plus éclairée, du « je descends à la prochaine gare et je vous regarderai repartir », équivalent sinon en fait, du moins en fin, à « je reste dans la voiture de tête mais je décroche les autres wagons dans la prochaine ligne droite. » Il y avait quelque chose de déplaisant, dimanche, à lire les noms écrits sur le muret de la passegiata di Gianicolo, surplombant Rome, tout près de la statue équestre de Garibaldi ; ces noms gravés ou écrits au feutre, ces noms enlacés et entortillés, accrochés les uns aux autres – et je me suis rappelé que moi aussi, j’avais écrit au blanco « J* + R. » sur un des murets ceignant la basilique de Fourvière (Lyon) il y a maintenant plus d’un an (de mémoire, je dirais le 15 ou le 16 décembre 2004). […] Lundi matin, en me réveillant, j’ai saisi toute la cruauté de la Nature qui, dans un haussement d’épaules, a décidé voilà vingt-six ans de faire chier des parents qui, tétanisés et abasourdis, ont découvert qu’ils allaient avoir à charge un petit Ouin-Ouin, qu’ils allaient devoir tenter de l’éduquer pour le rendre éventuellement immersible (ou propulsable) en société c’est-à-dire loin, très loin de chez eux et pourquoi pas, en Italie – au hasard, à Rome. […] Dans la succession des faits extraordinaires qui ont ponctué ma semaine, mardi après-midi, en « salle de lecture » de la fac d’éco, je suis entré en communication avec deux Italiens qui cherchaient un mot allemand. Fallait-il, en effet, qu’ils parlent un peu (ein bischen, donc), mais alors vraiment rien qu’un peu Allemand pour que je puisse, moi, leur venir en aide !... Après un moment de discussion avec l’Italien (l’Italienne étant partie) sur qui faisait quoi, ce dernier me déclara – dans la sobriété dont sont capable les Italiens – qu’il était fier d’avoir rencontré « celui qui va révolutionner la théorie générale du Droit » (*). Au moment de partir, il m’a serré la main en me donnant son prénom et en ajoutant « piacere » (« enchanté »), mais je n’ai compris que le piacere car au moment où il se présentait, la sixième de Beethoven recommençait de me hurler « Eveil d’impressions agréables en arrivant à la campagne » – le premier mouvement – dans les oreilles (en même temps que son regard bleuté et dur me pétrifiait sur place (le regard du jeune homme, pas celui de Beethoven ; suivez, un peu !)). […] En commençant d’écrire mon tas de missives hebdomadaire mercredi, je me suis rappelé que déjà, à l’époque de Manet, on parlait du temps qu’il faisait là où on se trouvait. (Je suis allé à l’exposition consacrée à Manet qui se tient jusqu’au 2 février au Vittoriano ; exposition qui recelait un caractère d’intimité, personnel, éloigné de l’image édulcorée qu’on a parfois du peintre ; et donc, il y avait une lettre qu’il adressait à je ne sais quelle demoiselle, dans laquelle il disait quelque chose comme « il me tarde de rentrer à Paris, ici le temps est à la pluie, ce n’est pas très bon pour ma santé, qui est fragile », etc, lettre agrémentée de deux aquarelles en guise d’en-tête et de fin, et qui justifiaient son exposition, donc.) Mais mes lettres ne parlent pas que du temps qu’il fait – elles sont un signe de celui qui passe, dans l’exécrable lenteur des services postaux – ou dans la fugacité de leur lecture…
Le soir, j’ai eu confirmation qu’il fallait que je me méfie de Nino quand je parle Français avec Mikael, parce que ledit Nino comprend assez bien ledit Français et tâche d’améliorer ses diction et prononciation (ce qui avait justifié un cours impromptu ce soir-là). A cet égard, je commence à comprendre les impressions que peuvent avoir les Italiens quand je parle leur langue (quand je tente de parler leur langue) – car je ne m’étais pas vraiment aperçu de la personnalisation qu’elle engendrait chez son locuteur. Cela paraît peut-être absurde, mais sans doute Jtf voit ce que je veux dire après plusieurs mois d’immersion totale en Argentine, ou Em, dans le même cas dans son charmant coin paumé des Etats-Unis (Des Moines, IA, 53311 USA).
Ainsi, la langue des signes serait la plus absolue, dans la mesure où son « internationalisme » ne provoque aucune modification du comportement lorsque deux ou plusieurs étrangers, qui ne se connaissent pas, se mettent à communiquer sans rencontrer de difficultés…? Voilà qui me fait d’autant plus considérer la raison de l’écrit, puisque même sans être immuable, sa seule existence, sa seule perception permettent de concevoir une réalité, d’entrevoir des probabilités. La grammaire est-elle un souvenir ? La conjugaison, une fantaisie du réel ? Dans cinq ou sept cents ans, le Français sera-t-il devenu un nouvel Etrusque quasi-indéchiffrable – car la révolution culturelle d’août 2327 aura brûlé le Littré, réduit le Bescherelle à trois temps de l’indicatif et du subjonctif, consacré le langage SMS comme valeur absolue de la communication écrite ; avec dans sa brièveté, le lent décès de l’expliqué – trop long ! – l’agonie douloureuse de la théorisation – trop longue ! – les souffrances alanguies de la philosophie – trop longue ! – ?... […] Je me suis jeudi soir endormi avec peine – et ce n’est ni à cause de la bouteille de Montepulciano que l’on s’était envoyée un peu auparavant avec Mikael, ni à cause de ma conversation avec Mum sur un sujet qui lui tient particulièrement à cœur : la gestion de mon argent (c’est-à-dire notamment de celui qu’elle me fait virer chaque début de mois). Avant la conversation, avant la bouteille de Montepulciano, il y a eut une séance de cinéma. En scrutant de plus près le Métro du jour, j’avais relevé quelques salles qui proposaient I segreti di Brokeback Mountain (appréciez la traduction italienne), encore qu’aucune n’aille jusqu’à le donner en V.O., ce que j’aurai préféré. Bref. Combien y a-t-il eu de « Jack et Ernis », entre les années 60 et 80, qui ont souffert de s’aimer – ainsi que Jack le dit lui-même – « au mauvais endroit, au mauvais moment » ?... Combien ont pleuré pour une rencontre avortée, pour une nuit s’éveillant dans la terreur ?... Et maintenant, à qui devons-nous la facilité actuelle de nos interactions, la tendresse en public, la reconnaissance en politique ?... Pourquoi ne sommes-nous – presque ? – plus capables de seulement nous regarder, de nous écrire, de nous comprendre sans un enchevêtrement de sigles, de symboles, de raccourcis claviers et autres abréviations ?…
;-P tu ch koi lol ASV ^_^ T où ? ptdr
T_T
C’est à Y. que je dois celui-là : T/underscore/T. Un smiley qui pleure… Un weepley, quoi. J’aurais dû pleurer à la fin du film. Mais nous sommes vite partis du cinéma, avons retrouvé la station de métro Ottaviano dans laquelle nous nous sommes engouffrés pour éviter la pluie, et nous sommes partis manger une pizza.
J’aurais dû pleurer. J’ai eu du mal à m’endormir, oui, parce que j’avais encore une boule dans la gorge en pensant à mes exs, au mal que j’ai pu leur faire, à celui que l’on m’a fait aussi…, jamais proportionnel, dans la terrible succession des prénoms et des villes, au bien que j’ai pu dispensé ou à celui que j’aurais dû rendre. J’ai pensé aux bouches qui m’ont souri et embrassé, aux voix qui m’ont insulté, aux gestes qui m’ont trahi, aux bras qui m’ont serré, aux cœurs que j’ai sentis battre contre le mien. J’aurais dû pleurer. J’ai pensé à la tendresse (je t’aimais encore), j’ai pensé à tes regards longs et doux (je t’aime encore), j’ai pensé à ces mots (je t’aimerai encore), j’ai pensé à d’autres moments (je t’aimerais encore…?). J’aurais dû pleurer, mais je me suis endormi – sur un air de piano, The Poet Acts (B.O. de The Hours – Ph. Glass). […] Samedi, j’ai écouté les symphonies 2 et 3 de Philip Glass en lisant du Husserl. Constat : ça fatigue deux fois plus vite. Le soir, partie de Monopoli (orthographe locale) avec Nino et Mikael, qui a gagné en raison d’un diabolique sens des affaires ainsi qu’une mainmise absolue sur la banque (un Suisse aux commandes d’une banque, même monopolienne, c’est tellement stéréotypé !). Minimounette m’a appelé en m’annonçant qu’elle venait de larguer le jeune homme, tout frais d’une semaine, qui devait être trop normal pour elle ; « Tu te rends compte ?.... Sa mère est pas alcoolique, c’est pas un psychopathe, il roule dans une voiture qui est pas volée et il a un appart’ qui sent pas la poubelle ! Il se drogue même pas et en plus, il fait des études ! », m’avait-elle racontée la veille, débordante d’étonnement, avec un bémol : « …mais je pourrais pas en tomber amoureuse, il me traite pas comme une princesse » – bref, toutes les mêmes, jamais contentes !...
Dimanche, probable promenade dans le Testaccio ou l’Aventino, en écoutant la version de Sir Georg Solti du Götterdämmerung de Wagner. (Il faudra que la promenade soit longue, puisque le livret annonce 265.07 minutes de musique…) […] Mais soudain, une inquiétude lointaine ; presque indécelable. Et je souris encore. […] Maman, et si finalement, Mrs Dalloway avait tout compris ?
J*
(*) Ce qui est faux. Je voudrais bien, mais je n’y arriverai pas. 1月22日 Cronaca romana XIII – « On se crée nos chances »
Cette semaine a commencé dimanche dernier, peu après que je vous ai laissés sur mon projet de promenade urbaine et dans l’expectative, odieuse et cynique, du retour de Ouin-Ouin. Et c’est ainsi que tout s’est dominicalement enchaîné : je suis parti en début d’après-midi après avoir courtement déjeuné chez Michela, avec Tommaso et Giusi ; et, au fil de ma longue marche, j’ai croisé quelques ponts jetés sur le Tibre, dénommés de noms tout autant jetés sur des plaques – Cavour, Amedeo Savoia Aosta, Mazzini, Sisto, Garibaldi, Cestio, Fabricio, etc. – et l’île Tiberina – sur laquelle on peut admirer la petite église San Bartolomeo, sur la place du même nom, qui donne subitement l’impression, entre deux bras de fleuve et en plein cœur de la ville, d’être dans un petit village inconnu et isolé. Retour à la réalité – et à la résidence (zeugma de qualité moyenne, mais ce n’est que le début de la chronique) – en début de soirée, où Mikael et moi avions prévu de nous retrouver pour aller chez Nino, de chez qui nous devions ensuite partir à la recherche d’un restaurant où l’on mangeait selon lui fort bien. Et voilà, surprise, qui sort de l’ascenseur au moment où je quitte ma chambre ?... Ouin-Ouin, le ténébreux Ouin-Ouin, avec son sourire jovial de débile léger, son air ravi et déjà épuisé… Manifestement content de me retrouver – ou plus exactement, de voir un visage qui, sans être forcément très amical, lui est au moins familier – j’ai profité de l’occasion pour enchaîner dans la même phrase « Salut, ça va ? Bon voyage ? Tu voudrais pas changer de chambre avec Mikael ? », lequel Mikael arriva à la rescousse dans ce pénible exercice qu’est la persuasion sans aucun élément valable (une preuve de plus que je ne ferai pas un bon avocat). Et au final, que répond l’imbécile heureux ? La plus formidable raison jamais trouvée pour ne pas bouger d’un endroit : « Euh ben ça m’embête parce que tous mes amis sont dans le même couloir que moi… » (En effet, non contente d’être grande comme une cage à canari, la chambre de Mikael et quelque peu excentrée dudit couloir.) « Mes amis ! » ; il voulait dire : « les Espagnols qui me supportent quand je m’incruste dans leurs sessions de hurlements rituels au Dieu du bruit et de l’incivilité permanente » !... Et d’ajouter : « Il faudrait aussi que je déplace mes affaires. » Quoi ! Quel effort de déplacer trois chemises moches et une bouteille de shampooing (shampooing Obsequio, ça ne s’invente pas, des paradoxes pareils) ! Heureusement qu’il ne met pas les pieds à la fac ; car s’il devait, en plus, déplacer ses livres et notes de cours… Bref, vous pourrez comprendre qu’il m’a agacé. Sur ces entrefaites, nous avons donc rejoint Nino, qui nous a entraînés par monts et par vaux à la recherche du restaurant susnommé, ponctuant notre cheminement de « Je crois que je me suis trompé de route » ou autre « Et si j’appelais pour savoir où c’est exactement ?... ». Nous sommes finalement arrivés, et après un repas plaisant – au terme duquel j’ai englouti un coupe de profiteroles délicieuses – chacun est rentré chez soi pour affronter le sommeil, la nuit – tiens, et me perdre dans la nuit, comme ça ? – et éventuellement, un Espagnol communiquant très fort sa joie de vivre (à d’autres Espagnols, très contents eux aussi).
Mardi, j’ai pu confirmer deux impressions que j’avais eues le lundi : 1. Je n’irai plus à la fac de droit (en dehors de mes heures de cours) pour tenter de travailler. Les « salles de lectures » sont trop petites, enfumées et/ou surchauffées, et pour entrer dans la bibliothèque, il faut laisser à l’entrer une pièce d’identité et tous ses livres dans un casier, histoire de ne pas faire de confusion. (Et puis, c’est pas parce qu’un des documentalistes, beau comme quelque Hermès praxitélien, m’adresse de magnifiques sourires dès que je massacre sa langue natale avec mon accent français « si charmant », que je vais sacrifier le peu de motivation que j’ai à travailler… Encore que… Ca doit pouvoir se négocier.) J’irai donc, comme je le faisais déjà régulièrement, à la fac d’éco, qui est toute neuve et qui offre des salles de lecture certes un peu bruyantes, mais gigantesques, où il est rare de ne pas trouver une place dans un coin tranquille pour bosser plusieurs heures d’affilée sans être dérangé.
2. Comme je m’en suis aperçu depuis quelques années, l’avenir appartient aux gens qui se lèvent tôt. (Em a toujours beaucoup apprécié que je lui mette des coups de pied dans le dos pour la réveiller – ou, au choix, que je balance à fond « Être une feeeeeeeeeemme » (la version 2004 des trois travelos) à fond les ballons – au petit matin, tandis qu’elle cuve gentiment dans la regrettée couette à vomi. Tout ça pour rester ensuite toute la journée dans mes pattes, dans son inénarrable peignoir, en déclarant toutes les dix minutes : « Je m’ennuie ». L’avantage d’Em quand elle s’ennuie, c’est qu’elle peut tout à coup être prise d’une envie de tout nettoyer, devenant ainsi redoutable contre des brocolis incrustés entre des plaques chauffantes.) Se lever tôt permet accessoirement de faire momentanément chier l’Espagnol qui sommeille encore (et qui finit de sommeiller vers 14h.27, et j’exagère à peine), et de trouver une place libre dans la salle internet (souvent bondée, même pour les gens qui ont un portable et n’ont besoin que d’un pitit câble réseau pour se connecter).
Mercredi, examen d’Italien (et de génétique pour Nino, qui a eu 29/30 ; on en fera quelque chose de ce petit) qui s’est dirais-je plutôt bien passé. Outre des exercices de grammaire, il fallait écrire une lettre à une certaine Giovanna pour lui raconter sa vie d’étudiant Erasmus. La pauvre Giovanna, elle ne sait pas ce qu’il l’attend, parce que quand j’écris une lettre et que je suis un tantinet inspiré, « ça bégaye pas », comme dirait Mum (une personne qui me lit régulièrement pourra ainsi avaliser en rappelant que durant l’été 2004 (je crois ?), elle a reçu une lettre de cinquante-quatre pages). Résultat bientôt. Le lendemain, c’était l’anniversaire de MP, que j’ai appelée en début d’après-midi, et qui ne s’imaginait pas qu’il était aussi simple d’appeler d’un pays à l’autre. Elle a bien évidemment râlé quand je lui ai dit qu’il faisait un temps magnifique et que je m’apprêtais à me baigner dans une fontaine de la piazza del Popolo en petite tenue (euh… Non, ptêt pas non plus). Un peu plus tard, cappuccino avec V.-A., compatriote, avec qui j’ai parlé de mon avenir incertain et des multiples (ou pas) possibilités qui s’offraient à moi (ou pas).
J’avais prévu le vendredi d’aller à la poste vaticane, puis en cours (droit administratif de cinq à sept, j’adore) et finalement, je me suis retrouvé à faire les soldes avec Annabelle. Que voulez-vous, quand les commerçants attaquent en Italie à -50% alors qu’en France, ils osent témérairement le -20%, la jeune et jolie Française n’hésite pas et sort la Gold, prête à tous les sacrifices, éventuellement humains si une autre donzelle a le malheur de se mettre entre elle et le dernier petit sac Cavalli qu’elles ont/veulent toutes. Bien entendu, je me suis laissé emporter dans cette frénésie – malgré les souvenirs de l’air courroucé de ma conseillère qui me revenaient en mémoire, à chaque fois que je tendais ma carte bleue à une vendeuse ou un vendeur (s’imaginant déjà en vacances dans les Bahamas avec le chiffre d’affaires qu’ils viennent de faire sur mon dos). Bref, tout ceci a fini fort tard ; j’avais ensuite rendez-vous avec Agnès devant la Trinité des Monts. Après avoir papoté un moment, fait le bilan de ces quelques mois à Rome – mon enthousiasme confirmant ainsi le sentiment d’Agnès selon lequel « on se crée nos chances », c'est-à-dire que malgré les apparences, les gros coups de veine nous tombent rarement dessus que nous les ayons un peu provoqués auparavant – je suis rentré à la résidence pour le dîner, attendant de Mikael (et de Marco) de nouvelles informations sur le lieu où nous étions sensés sortir plus tard.
Ledit lieu s’appelle Il circolo degli artisti, situé au 42, via della Casilinea vecchia. Ce fut à ce moment-là au tour de Mikael de nous promener un moment, comme Nino l’avait fait pour trouver le restaurant évoqué plus haut : nous avons bien trouvé la via Casilinea, oui, mais pas la vecchia (vieille). Un coup de fil à Marco – qui ne s’était pas joint à nous, invoquant d’obscures raisons de dépressif – permit de nous remettre sur la bonne voie, cependant que je faisais l’amer constat qu’il ne suffit pas à une chemise d’être jolie pour être chaude. Nous avons découvert avec circonspection ledit circolo, ou les artisti en question s’avérèrent être de jeunes gens – certes, plutôt bien faits de leur personne – enduits de baby oil, qui trémoussaient leurs corps (bien entendu sans respirer, des fois qu’un peu trop d’oxygène fasse se tendre le ventre et disparaître les abdominaux) sur de la mauvaise musique qu’un DJ faisait semblant de mixer. Bon an, mal an, j’ai fini par me décider à nouer mon choli sac à la taille (cadeau d’Annabelle de l’après-midi, qui trouvait « trop mignon » le sigle AJ qui lui rappelait « Annabelle et J* », et qui, à la vue de mon air fasciné devant la vitrine, a décidé de me l’offrir pour Noël – un prêté pour un rendu, somme toute, puisque moi aussi je lui avais offert un sac… Bref) et, à mon tour, je suis aller gigoter mon corps sur la piste, entraînant (traînant, plutôt) dans mon sillage Nino qui poussait des petits « No ! No ! » terrorisés – et finalement, il s’est mis à gigoter lui aussi, le bougre – tandis que Mikael tentait de faire comprendre à un monsieur d’âge mûr que ses amabilités dithyrambiques étaient très gentilles mais que non, vraiment, ça n’allait pas être possible.
Et nous sommes rentrés, parce que pour une première fois, il ne faut pas abuser, hein. Nous avons mangé un cornetto – un croissant, quoi – avant d’aller nous coucher ; à 3h.54, dixit mon téléphone au moment où je l’éteignis. Je me suis réveillé en sursaut cinq heures et demie plus tard, alors que je rêvais que je partageais des lasagnes avec une dame dans le bus (c’est dingue, ça fait une semaine que j’ai envie de lasagnes, que je vois des vitrines de tavole déborder des lasagnes et des gens en manger autour de moi, et au moment où j’arrive à rêver que j’en mange, je les partage !). Ouin-Ouin dormait profondément, bien entendu, et ne manifesta aucun signe d’éveil lorsqu’en ouvrant mon ordinateur, Winamp diffusait très fort « Je suis malheureuuuuuse… Parce que… Je suis conne… » hurlé par Brigitte Fontaine. J’ai commencé à rédiger cet article, à titrer quelques photos ; j’ai bricolé à droite à gauche, j’ai pris une douche et je suis parti, enfin (vers midi et demie, tandis que Machin dormait toujours, évidemment) ; d’abord au Vatican, poster mon paquet de lettres hebdomadaire, puis à la Librairie Française pour commander un livre qui, fatalement, se trouve être épuisé. J’annonce ainsi officiellement que je signe un contrat de mariage avec la première personne qui me trouve Esquisse d’une phénoménologie du droit, de A. Kojève, publié en 1981 chez Gallimard, qui me l’envoie (avec une petit flacon de gel nettoyant sans eau pour les mains de chez Séphora, parce que j’en ai presque plus et que quand même, je vais pas aller me laver les mains aux toilettes avant de manger, nan ?) et qui est consentante. (Voilà, vous avez maintenant une vague idée de quoi pourrait parler mon mémoire de maîtrise, dont j’ai enfin réussi à poser la question fondamentale : « Gneh la phénoménologie freupeuteuh le Droit ? [= pour revenir à la Justice] ». Bon, c’est qu’un brouillon hein.)
Je suis rentré en passant par San Giovanni (bah oui) et je me suis mis à travailler un petit peu, parce que ça occupe l’esprit, en mangeant un sandwich Philadelphia (un genre de Kiri)/viande des Grisons, parce que j’avais faim. Lecture saine, écritures, puis cena, puis re-boulot, avec tout de même une très forte envie, encore, de mettre un manteau et d’aller me perdre dans la nuit, comme ça. Dans la nuit, comme ça…
Dans la nuit, comme ça, Passant par-dessus les cieux, par-dessus le creux des lueurs Et chercher Chercher encore Dans d’autres endroits, dans le souffle traître Sentir, dans ses épaules, la douleur de l’effort La colorer de plaisir, d’une ombre étirée et douce. Dans la nuit, chercher encore, Refuser l’incarnat, le rouge bleui, les eaux violacées …l’avancée du soleil sur le songe épargné… Dans la nuit, laissée comme ça, Eteinte au matin, espérée ce soir – au matin ; Ce matin, j’ai rejeté l’émeraude Loin, Trop loin peut-être ?
Et la nuit… Comme ça… Ainsi la lumière est plus effrayante que la nuit Elle éradique le sombre, efface la pénombre Elle fait de mes matins des cauchemars lumineux. (Mais j’ai laissé, je crois, en chacun de vous, un peu de moi Comme une étoile qui brille pour tous Ou comme un fruit gâté, qui pourrit tous les autres).
Le luxe que l’on porte est celui que l’on vous donne, Bien peu, En vérité, Parviennent à l’assurer. Tout est question de correction Avec orgueil on apprend, avec humilité, on rectifie.
“And he said light, and there was light.”(*)
Je me suis levé ce matin en ayant l’impression que le monde n’attendait que moi pour tourner, mais que pour cela, il faudrait que je sois propre et bien disposé. Méditant cette réflexion en me lavant les cheveux – Law commentera sûrement en expliquant à quel point se touiller le cuir chevelu permet de faire progresser un argumentaire – j’ai décidé d’étendre ma promenade du dimanche après-midi à toute la journée, et de partir aussitôt cette bafouille postée sur mon blog.
Ben voilà, j’y vais.
J*
_____________ (*) – Ph. Glass – Symphony n°5 – 2nd mvt : creation of the Cosmos 1月15日 Cronaca romana – XII – « Je passe et je reste, comme l’Univers. » (*)(*) Fernando Pessoa, Une seule multitude
De retour à Rome. Un soleil radieux, magnifique m’attendait, suspendu dans un ciel immensément bleu, contrastant avec la grisaille basse qui couvrait Paris lors de mon départ. Le soleil et le ciel n’étaient pas les seuls à rendre mon retour agréable. Une belle surprise m’attendait à la résidence (ou une mauvaise ne m’attendait pas, comme on veut) : je ne parle pas du Homo fugit velut umbra de Stefano Landi que B. m’avait envoyé de Belgique (sans doute par porteur express, pour arriver à cette vitesse) ; je ne parle pas non plus de la carte d’A. du Vietnam dans laquelle elle me raconte ses romantiques divagations dans la baie d’Along. Je ne parle pas plus de la paire de chaussures que j’avais achetée avant de rentrer en France (dans un magasin qui ne trouvait rien de mieux à faire que tout liquider à -70% trois semaines avant les soldes) et que donc, je n’avais portée qu’une heure, l’après-midi du 23 décembre. Non, je ne parle de tous ces autres petits détails, qui vous paraîtraient insignifiants, mais dont l’enchevêtrement charmant m’ont fait pousser un petit soupir ravi lorsque je me suis assis sur mon lit (d’une taille toujours aussi ridicule, hélas). Le détail majeur de ce retour tient soprattutto au fait que Ouin-Ouin, le compagnon fidèle et somnambule de mes nuits, l’hispanique épaulemment luxé, n’est pas rentré. Il était prévu qu’il arrive un jour ou deux avant moi – du moins, c’est ce que j’avais réussi à comprendre dans ses explications – mais lundi, non, pas de Ouin-Ouin. C’est avec une certaine inquiétude que j’ai demandé des nouvelles à ma voisine, qui le fréquente, et qui m’a répondu qu’il ne devrait pas rentrer avant… Aujourd’hui, dimanche 15. Au moment où je poste ces mots, toujours aucune trace de lui. Bref, quoi qu’il en soit, une semaine de moins sans Ouin-Ouin, c’est une semaine de plus de vacances. Encore qu’après avoir réfléchi, je lui ferai prochainement une petite proposition qu’il n’a pas de raison de refuser… Surtout si je l’asperge d’essence avant, pour reprendre la suggestion de D*** – mais ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir massacré ; j’y reviendrai en temps voulu.
Lundi après-midi, à peine arrivé, j’ai vu Anna qui m’a donné mon abonnement pour janvier – comme elle me devait quelque argent, autant le réinvestir en abonnement mensuel des transports en commun – en même tant qu’elle m’a tapée trois bises pour les vœux ; après quoi elle m’exposa ses problèmes de calendrier : les soldes ont eu la fâcheuse idée, cette année, de commencer le week-end durant lequel elle avait prévu de bosser sérieusement pour ses examens à venir. Eh oui ! Elle va avoir des examens. Pas moi. Roma III (son université) est passée à la réforme européenne, enterrant au passage les restes du système italien (examens uniques et annuels pour chaque matière, sur tout le programme), alors que Tor Vergata (mon université) rame encore avec ses quadruples sessions saisonnières, multipliez par deux pour les rattrapages, j’enlève deux mois de vacances… Je retiens un… Bref, c’est la foire. En clair, on passe ses examens quand on veut, ainsi que j’en eus la preuve le mardi après-midi.
*La séquence anecdote* Mardi, donc, outre deux heures de droit administratif et deux autres de droit ecclésiastique, j’ai deux heures de philosophie du droit et une finale de théorie générale du droit (avec le même prof, le bossu podagre dont j’ai récemment parlé – un homme alerte et débonnaire, au demeurant). Je me pointe dans l’aula 3, prêt à noter chacune de ses paroles, mais voilà qu’arrivent dans son sillage ses quatre assistants ; l’un d’entre eux sort une grrrrande liste et fait l’appel (certains cours, comme je l’ai déjà expliqué, sont soumis à la présence en amphis, ça ne m’a donc pas plus affolé que ça). A la fin, il demande qui n’a pas été appelé, donc moi, évidemment, et six autres ploucs, parmi lesquels une Française à qui j’ai parlé trois fois, très gentille, mais complètement… Ethérée, évanescente, absente. A l’ouest, quoi.
Je retourne m’asseoir, persuadé que le cours va commencer, et puis non, on appelle derechef cinq personnes, lesquelles se lèvent et vont chacune vers les assistants et le prof lui-même. Et là, subitement, je comprends pourquoi la fac est si vide en ce moment et pourquoi certains de mes cours ont sauté. Ce n’est pas parce que mes profs sont encore au ski. C’est parce qu’ils sont trop occupés à faire passer des examens ! (Tous les examens sont oraux. Paraît-il que ça évite la triche.) Moyennement inquiet, je vais voir ma compatriote, et elle m’explique que oui, ce sont bien des examens, qu’elle en a déjà passé deux avant de retourner en France – elle ne reste qu’un semestre et doit donc passer des examens très vite avant de partir, histoire de faire « comme si » elle avait validé un semestre, qui n’existe pas. (C’est bon, vous suivez ? Vous dites si ça va trop vite.) Bon, bof. Je réfléchis neuf secondes, et me dis qu’après tout, je peux bien faire l’examen de philosophie du droit. C’est probablement la matière dans laquelle je suis le plus à l’aise (ou plutôt, le moins noyé). Alors même si je ne connais pas tout le livre du prof… Il y aura toujours moyen de divaguer longuement sur Saint-Augustin ou Kelsen[1]. Pris d’un doute, je retourne voir ma collègue qui n’en peut plus de s’amuser de la succession de méprises et incompréhensions qui m’ont mené jusqu’ici et lui demande : « C’est bien la philo du droit, hein ? -Ah non, c’est la théorie générale. C’était hier la philo. » C’est donc à ce moment-là que j’ai conclu par : « Faudrait ptêt pas pousser non plus », que j’ai pris mes cliques, mes claques, que je suis allé expliquer mon cas au professeur Francesco d’Agostino himself, qui m’a assuré que ce n’était qu’une pré-inscription, et qui a sobrement rayé mon nom de sa longue liste (j’ai eu soudain une vision très nette de Saint-Pierre avec un gros livre, qui fait l’appel des « entrants » sur un gros nuage paradisiaque). *Fin de l’anecdote*
Une semaine, disais-je, exquise, puisque sans Ouin-Ouin ; ce qui a donné lieu à diverses célébrations avec les habitués (Michela et Giusi pour la gent féminine, Nino et Mikael pour l’équipe des garçons – moi je compte les points et je remplis les verres, ou les tasses, selon les liquides proposés), mercredi et jeudi soirs. Nino avait rapporté une boîte de gâteaux en pâte d’amande, certifiés « Vera specialità siciliana », délicieux, mais peut-être un peu lourds au bout du huitième. Comme, chez un garçon qui a de l’éducation, une délicate intention en cache souvent une autre, il m’avait remis un peu avant mon cadot de Nawel, des textes choisis de Fernando Pessoa réunis dans un recueil intitulé Il poeta è un fingitore, traduisez par « Le poète est un… » Euh… « une personne habile à feindre »[2], titre qui évidemment a immédiatement donné lieu à l’expression d’avis tout à fait contraires (Nino et moi ne sommes jamais d’accord, mais nos avis finissent cependant la plupart du temps par se rejoindre, ce qui n’est pas contradictoire ; non. Si ? Euh…).
Jeudi également, dernier cours d’Italien et par la même occasion, évocation de l’examen. Ma prof m’a demandé si je préférais faire l’examen du niveau intermedio ou celui du niveau avanzato – étant donné que j’ai assisté à la moitié des cours de l’un (octobre-novembre) et l’autre moitié des cours de l’autre (novembre-décembre). L’orgueil et l’héroïsme se conjuguant assez mal avec la solution de facilité et la promesse d’une note « agréable », j’ai in fine décidé de la jouer à la Pyrrhus[3]. Enfin, on n’y est pas, j’ai encore le temps de changer soixante-trois fois d’avis d’ici l’examen…
Vendredi, traditionnelle échappée vaticane pour aller poster mon rapport hebdomadaire à mes parents, qui nourrissaient de grandes inquiétudes à propos de mon retour… Et surtout, à propos de Ouin-Ouin que Mum se figurait déjà découpé en petits morceaux et réexpédié dans ses Canaries natales par mes soins. J’avais également longuement hésité, la veille, à recopier sur une jolie carte de vœux le brouillon que j’avais préparé pendant les vacances, destiné au père de Marion :
« Cher monsieur L.,
Je me permets, à l'occasion de ce nouveau début d'année (ou de ce début de nouvelle année), de vous adresser mes voeux les meilleurs ; tout cela bien sûr dans l'expression de la même sincérité avec laquelle vous m'engagiez, tout récemment encore, à faire des efforts de courtoisie lors de mes appels téléphoniques.
Je n'ai d'ailleurs pas eu l'occasion, lors de cet entretien, de vous faire savoir quel plaisir ce fut de vous entendre m'énoncer, dans cette verve si sobre, quelques leçons de votre délicieux savoir-vivre, dont la parcimonieuse utilisation rend chaque fois votre discours juste (et plus concis), et votre élocution, plus allégée (et mélodieuse) ; aidé en cela par le choix d'un vocabulaire si habilement dépouillé que chaque mot, pesé et soupesé par votre esprit pointu, finit par revenir à son sens le plus rare (voire, abscons).
Vous voudrez bien transmettre à votre épouse mon respectueux souvenir.
Amitiés vaticanes et salutations benoiseiziennes.
J* »
Au final, je ne l’ai pas fait, car j’avais encore en tête l’avertissement de Marion : « Je comprends bien que tu t’en fous, mais si tu le fais, c’est encore sur moi que ça va retomber. » (Pour le « encore », cf. notre passage à l’émission Les Z’amours suite à laquelle son père l’a jetée dehors.) Certes ; mais hélas…
Vatican, disais-je ; et j’ai enfin pu voir la crèche géante dressée place Saint-Pierre (géante, c’est-à-dire, à échelle humaine) ; et un peu plus tard, alors que la nuit tombait, la Lune quasiment pleine briller entre l’obélisque et le sapin de Noël qui attend, encore un peu piteusement, qu’on veuille bien lui ôter ses guirlandes pour finir en bois de chauffage ou en meuble range-chaussures. (C’est triste, une vie de sapin. Il y avait, dans un recueil de contes d’Andersen que je lisais quand j’étais petit (encore l’année dernière, donc), l’histoire d’un sapin des forêts norvégiennes qui s’interrogeait sur son destin à venir, et qui souhaitait par-dessus tout être coupé et décoré à Noël ; mais on le laisse grandir, et grandir encore… Et au final, il était transformé en allumettes. Quel rigolo, cet Andersen.)
Le week-end devait commencer avec Annabelle pour aller faire les soldes ; nous avions prévu d’attaquer vers dix heures et de quadriller tout le secteur via del Corso – Piazza Venezia / Piazza di Spagna – via di Monte Brianzo (jusqu’à Lungotevere Marzio) ; alors ça ne vous évoque rien, mais pour un Romain, cela ressemble fort à un marathon (et que ne ferait pas Annabelle pour un t-shirt Playboy ou un jean Guess soldés à 70% !) ; mais voilà, je reçois un texto (en double) à 6h.35 le matin qui me dit « G une super gastro je te raconte pa la nui 2 reve ke g passé mai jte prévien just ke pr aujourdhui ça va pa etre possible bisous ». J’ai donc pensé lui faire un squillo – « un appel en absence », dirait-on en bon Français – pour confirmer que j’avais bien reçu son message, et puis je me suis aussitôt lourdement rendormi après avoir lu son message (mais j’ai quand même pensé « Oh, la pauvre » avant de retomber dans mes rêves de choucroute et de savon). (Pratique, le squillo, ça évite de dépenser un texto pour énoncer le laconique « ok », le gentil « Pas grave, repose-toi et soigne-toi », l’aimable « ça roule ma poule, garde tes microbes et on se revoit quand tu es guérie » ou encore le charmant « Quand tu vomis, n’oublie pas de serrer les dents pour garder les gros morceaux ».) J’ai donc dormi deux heures de plus que prévu et suis parti faire un petit tour de ville, attendant cinq heures pour rejoindre Michela à Termini, puis attendant Michela qui était en retard ; Termini, d’où nous sommes partis pour l’auditorium pour assister à la symphonie n°3, puis à La notte di Valpurga, cantate pour chœur et orchestre, les deux de Mendelssohn. Bon moment en définitive, même si j’ai trouvé quelques passages un peu faiblards (en même temps, qui suis-je pour dire ça, mhmm ?...) ; joli chœur au demeurant (j’ai compté quatre-vingt quatre choristes), solistes sans intérêts (avec un ténor qui, comme tous les autres ténors du monde, ne chante que pour vriller les tympans de ceux qui ont le malheur de l’écouter) ; tout ce beau monde dirigé par un chef d’orchestre comme on les aime, sautillant sur place et menaçant vivement la mezzo-soprano (fagotée dans un gros sac rose innommable) de sa baguette, et saluant cent soixante-sept fois à la fin de la représentation. Après quoi, nous sommes allés un moment à la Société Lutèce nous restaurer un chouïa, parce que mon estomac faisait plus que crier famine, il menaçait carrément de prévenir la FAO si je ne le remplissais pas très vite (opération dont je me suis acquitté avec une surprenante efficacité, ce qui m’a fait penser que ce n’est pas pour rien que je suis le frère de ma sœur). Mikael et Nino avaient décliné l’invitation, préférant à notre compagnie la vision de je ne sais quel DVD ; nous sommes donc restés encore un moment, évoquant longuement, devant un verre de brachetto, la situation économique de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, indépendant du Commonwealth depuis 1975, ainsi que la prononciation exacte de « Va te faire foutre » (que Giusi dit toujours avec un ton très aimable « Va tè fai’ foutt’ », avec un joli sourire, comme si elle souhaitait « bonne nuit » ou « bon appétit »).
Puis nous sommes rentrés, parce que quand même. J’avais pensé me laver les cheveux, mais comme j’avais laissé la fenêtre grande ouverte toute la journée, il faisait dans ma chambre un froid un rien trop vif pour que je garde la tête mouillée deux heures (je dis stop aux sèche-cheveux – et le chauffage, me direz-vous ?... Le chauffage, chers lecteurs, ne fonctionne pas entre 23h.30 et 7h.30 et entre 9h.30 et 19h.30). Je me suis donc couché, profitant de ma dernière nuit seul, et songeant à ma promenade d’aujourd’hui (j’ai bien envie de faire une rive du Tibre, comme ça, pour voir). Pour finir sur des détails toujours aussi fascinants, ce matin j’ai fini par me laver les cheveux, j’ai fait une machine de linge et j’ai envoyé un message à Annabelle pour prendre de ses nouvelles.
Ne manquez pas la chronique de la semaine prochaine, avec l’extrait de la coupure de presse qui vous informera : « Un Français assassine un Espagnol à coups de livre » ; et qui continuera sûrement ainsi : « l’arme du crime, intitulée Le guide des usages et des bonnes manières, n’a pas été retrouvée dans son intégralité. Le médecin-légiste confirme que la mort a eu lieu par étouffement, au moment où ledit Français tentait de faire avaler au susdit Espagnol le chapitre Courtoisie à l’hôtel, en chambre d’hôte ou en auberge de jeunesse »…
Ah, non, j’ai laissé ce livre formidable en France. Tant pis, je trouverai bien une occasion pour le pousser dans les escaliers…
J* [1] « Hans Kelsen (Prague 1881 - Orinda, Californie, 1973) - Juriste américain d'origine autrichienne. Fondateur de l'école « normativiste » (le droit repose sur un ensemble de normes juridiques hiérarchisées), il a également collaboré à la rédaction de la Constitution autrichienne de 1920. » Merci M. Larousse ! [2] Et non pas « feinter », comme je l’avais un peu vite traduis (encore que les deux verbes ont un sens voisin). « Attention aux faux-sens », comme disait G.B. dans mes copies de Latin. [3] « Pyrrhos II, en latin Pyrrhus (vers 318 - Argos 272 av. J.-C. ) - Roi d'Épire (295 - 272 av. J.-C.). Appelé en Italie méridionale par les habitants de Tarente, il fut vainqueur contre Rome à Héraclée (280) et à Ausculum (279), grâce à ses éléphants (ces succès, obtenus au prix de très lourdes pertes, sont à l'origine de l'expression « victoire à la Pyrrhus »). Vaincu par les Romains à Bénévent (275 av. J.-C.), il dut rentrer en Épire. » Il est fort, ce M. Larousse… 1月13日 Chronique barberienne – XI – Juste (re)partir
[NB liminaire : problème de réseau cette semaine, donc pas moyen de mettre en ligne cette chronique aussi tôt que d’habitude. La prochaine suivra cependant à la date supposée habituelle (enfin, je l’espère vivement). Avec derechef toutes mes excuses…]
Cette seconde semaine française fut à peu près aussi palpitante que la première. La réalisation de carte de vœux s’est accompagnée lundi matin de celle de papier à lettre (renouvellement du stock avant retour à Rome – et je dis bien « réalisation », donnez-moi votre adresse, vous comprendrez ce que je veux dire !). Enième repas de famille le midi, en petit comité (seulement quatorze) ; l’occasion pour mon cousin de me soutirer des informations pour une dissert’ de philo (« Autrui peut-il m’aider ? »), c'est-à-dire l’occasion une nouvelle fois de casser du sucre sur le dos de Sartre tout en glorifiant MP (Merleau-Ponty, pas Mamie Porto, hein). Mardi, direction mon ami l’ophtalmo pour me faire confirmer que mon astigmatisme ne s’arrange pas et que je deviens de surcroît myope. Il n’est pas revenu sur mon léger strabisme, se doutant, peut-être, que je ne mettrai jamais les pieds chez un orthoptiste. Pendant que Mum attendait elle aussi son tour dans la salle prévue à cet effet (…d’attente, donc), je l’ai rackettée pour aller acheter du papier à musique, histoire de coucher sur les portées mes derniers errements pianistiques (que je mettrais volontiers en ligne, mais je n’ai aucune idée de comment qu’on fait). Le lendemain, surprise youpla-pouêt, tous chez MP (Mamie Porto, cette fois) pour un petit restau improvisé. Les deux favoris étant pour l’un fermé, pour l’autre complet, nous nous sommes rabattus sur un restaurant chinois. J’ai donc tiré la tronche pendant tout le repas, puisque je me suis aperçu depuis quelques temps que mon système digestif tolérait la nourriture asiatique avec peine, alors que moi, j’aime toujours bien. Retour ensuite à la maison pour me plonger dans les livres de cuisine de mon père (pour des raisons que j’expliquerai une prochaine fois).
Comme parfois les bonnes choses se répètent, il arrive aussi que les mauvaises prennent leur rythme. J’évoquais récemment ce que j’appelais une « journée de merde », et voilà, jeudi, elle est revenue. Je n’ai pas réussi à voir G. qui devait me rendre une centaine de DVD[1] et des fringues – j’ai appris plus tard que cela ne servait à rien de le harceler, puisqu’il sortait à peine de stage qu’il allait déjà en partiel. J’ai vu comme prévu J~, qui a poussé des petits cris de ravissement en ouvrant son cadeau de Noël (un kilo de Parmesan). Ce fut ensuite mon tour de pousser des petits cris, d’horreur cette fois, lorsque l’opticien me montra la facture de mes nouvelles lunettes ; cris doublement émis lorsque, deux heures plus tard, après avoir bravé une tempête de neige et deux ours[2], la secrétaire de la Smerra (ma mutuelle) m’informa que ladite mutuelle me remboursait à hauteur de 100% de la Sécu, c'est-à-dire quelque chose comme 3.40 €. Ajoutez à cela que je dois plus de 600 € à Mum, vous comprenez bien que ma conseillère de la Société Générale m’a fait les gros yeux quand je suis entré dans son bureau pour lui présenter mes excuses (et mes vœux, parce que bon, c’est pas parce que je suis plus ou moins fauché que je dois en plus être impoli). La journée se termina évidemment mal, puisque mon rendez-vous de 18h. n’avait pas eu mon mail de la veille confirmant notre… Rendez-vous à 18h., et que j’ai donc poireauté cinquante et une minutes pour des prunes dans le fröha, pardon, le froid (fort heureusement, j’avais les quatre derniers tomes de Kizuna – Kazuma Kodaka – pour patienter). Je suis allé ensuite à Moulins passer la soirée puis la nuit avec Marion, qui s’extasia longuement sur ma capacité à engloutir (dans l’ordre) quatre chocos, trois œufs durs, une escalope de dinde, son riz sauce aigre-douce et une camomille en un temps record. (Le moment était bien entendu mal choisi pour l’initier au minimalisme de Reich et Adams.)
Vendredi matin, petit tour chez la Reine-Mère avant le dernier repas de famille chez mes oncle et tante. Après une énorme raclette, un petit café et de longues minutes passées à regarder, un rien hébété, la machine de mon oncle qui fabrique/imprime/découpe/enroule des bobines d’étiquettes (j’ai eu l’impression d’être, pendant ces minutes, Selma dans Dancer in the dark) nous (mon père et moi) sommes rentrés digérer : lecture, piano, tentative d’écriture de ce qui fut pianoté, énervement, ornithologie et télé pour conclure.
Le lendemain, bagages, quelques cartes de vœux, des choses et d’autres, si possible en prenant beaucoup de temps pour le faire (on est en vacances ou on ne l’est pas, hein !) ; puis le dimanche, levé aux aurores pour finir ce que je ne m’étais pas dépêché de faire la veille. A Paris, j’ai vu Lo et J.-W. pour un dernier verre… …Puis départ… …ou retour ? Curieux choix de vocabulaire en vérité… Car j’ai l’impression de « rentrer » à Rome et, lorsque je suis venu en France, il était clair que j’y « partais », pas que j’y « rentrais ».
Partir Dans la cendre laisser trop peu rougir ces braises Te laisser murmurer tous ces mots qui m’apaisent
Partir Revenir ce matin aux chemins décroisés En perdre son latin – souvenir démembrés
Partir. Juste partir
La prochaine cronaca sera romana ! :)
J* 1月3日 Chronique barberienne – X – Résolutions
2006, bordel. Je sens que je vais prendre une année de plus entre le 22 et le 24 août. Ne pensons pas à ça. Tout va bien se passer. Il faut que 2006 se déroule aussi bien que la seconde moitié de 2005. Pour cela, il faut que je prenne des résolutions (que je ne tiendrai pas, mais qui vont me rassurer), que j’aie plein de projets (dont je n’arriverai pas à venir à bout) et plein de bonnes idées (sur le papier, mais bien entendu moyennement réalisables).
· Continuer de ne rien promettre ni jurer. · Aider les gens qui n’ont pas besoin de moi. · Aimer les gens qui ne m’aiment pas (ou au moins, tenter de ne pas être trop désagréable avec eux). · Dans l’absolu, ne plus être désagréable. Ahah. · Continuer d’interrompre les chaînes mails porte-bonheur/malheur et d’insulter leurs expéditeurs (sauf Nino parce qu’il est susceptible). · Ne pas rompre. Pas trop. Du moins, pas sans raison valable. · Considérer cependant qu’aimer Axelle Red, Amélie Nothomb et Eric-Emmanuel Schmitt est toujours un motif de rupture. · Arrêter de dire aux exs que je croise en boîte, quand j’ai trop bu : « Je suis désolé, j’ai vraiment pas été cool avec toi quand on était ensemble. Tu me fais un bisou ? » · Ne plus avoir trop d’exs. · Ne plus prendre de râteaux. Ne pas trop croire les compliments, même ceux qui ont l’air vrais (sauf ceux de J~). · Me convaincre, après avoir eu la confirmation d’un nombre important de Français et d’Italiens, que je ne perds pas mes cheveux. · Redemander à D*** la marque de ses pilules magiques qui font cesser de tomber les cheveux, au cas où. · Ne plus avoir douze ans d’âge mental. · Avoir quatorze ans d’âge mental. · Attendre avec impatience le retour d’Em pour aller faire les cons avec Marion, J~, Lo et tous ceux qui veulent se joindre à nous dans les nouvelles fontaines dans la place de Jaude à Clermont-Ferrand, France. · Convaincre mes parents d’acheter une maison en Italie. · Perdre entre deux et cinq kilos. (Ah crotte, c’est déjà fait : 4.8 kg en trois mois.) · Arrêter de regarder des films sur le câble sans le son, sans avoir vu le début, et en faisant autre chose (là je viens de regarder Daredevil et j’ai pas compris, enfin j’ai surtout compris que c’était nul.) · Par contre, continuer de zapper régulièrement sur Disney Channel, et tomber sur le film culte d’Em, Freaky Friday, et rire comme un con pendant une heure et demie. · Arrêter de dire « par contre » parce que d’après Ludovic, ce n’est pas Français, et parce que d’après mon Larousse, qui est moins catégorique, ça ne se dit pas trop trop. · Ne pas parler aux gens qui me sourient en me proposant des bonbons. · Penser à faire du bénévolat. · Arrêter de harceler les gens de chez Veuve Cliquot et Mumm pour qu’il prenne un bénévole caviste. · Ne pas parler aux dépressifs, non plus. · Ne plus se faire casser la tronche avant de rentrer en boîte la nuit du 31 décembre au 1er janvier. · Arrêter de caler sur les ronds-points avec le tank de MP. · Arrêter de prendre Marion pour une esclave. · Ne pas faire de politique. Pas encore. · Ecrire un programme politique pour faire de la politique en 2007. · Faire un mémoire sans directeur de mémoire. · Ne pas tenter d’assassiner Ouin-Ouin en faisant passer ça pour un accident. · Juste, ne pas tenter d’assassiner Ouin-Ouin (sauf s’il est vraiment trop pénible). · Finir mon prochain roman (celui que j’écris). · Finir mon dernier livre (celui que je lis, un truc de Collard, qui me souhaite de bonnes études dans sa dédicace. Blaireau !). · Ecrire une magnifique carte de vœux au père de Marion pour qu’elle révise son cours sur les arrêts cardiaques. · Arrêter de mettre des ‘lol’ et des smileys débiles partout. · Ne plus répondre à des questionnaires à la con :
1. Dites nous qui est né le même jour que vous. Euuuh comme ça direct j'en connais que deux, Patrice P., un type qui était dans ma classe en 4ème et Mikael P., un certain Suisse que j'ai rencontré il y a quelques semaines.
2. Quand fut votre premier baiser ? Le premier qui a compté ou le premier dont je me souviens ?... Le premier dont je me souviens, c'est avec Mélanie, j'étais au CM1. Maintenant qu'on en parle, je crois qu'elle ne m'aimait pas vraiment. Ca me rend triiiiiste !
3. Est-ce que vous avez déjà sérieusement vandalisé la propriété de quelqu'un? Non, mais j'y ai sérieusement pensé.
4. Avez-vous déjà frappé une personne du sexe opposé ? Oui. Elle a eu mal et j'étais content, parce qu'elle l'avait bien mérité, cette conne.
5. Avez-vous déjà chanté devant un grand nombre de personnes ? Oui ; en dehors de ma brillante carrière dans de grands opéras du monde entier, je me produis régulièrement devant des édifices publics pour un peu de monnaie (ou une coupe de champagne (et j'ai des témoins)).
6. Quelle est la première chose que vous remarquez chez l'autre sexe? Euh... S'il est propre. lol faudrait apprendre à poser des questions qui ne suggèrent aucune double réponse !
7. Quelle est la première chose que vous regardez chez les autres ? S'il y a un four.
8. Qu'est-ce qui vous excite vraiment ? Vraiment, je ne peux pas le dire.
9. Qu'est-ce que vous commandez au starbucks ? Chez Hédiard ? La même chose qu'au Starbucks, mais en mieux.
10. Combien de grosses bêtises avez-vous faites à ce jour ? Tu veux pas que je compte mes poils, aussi ?
11. Vous êtes vous déjà fait mal exprès? Oui, j'adore me casser des membres. *Quelle question con*
12. Dites quelque chose sur vous, au hasard. Freuhpeuhteuh.
13. Est-ce que vous regardez encore les dessins animés (films, tv) et les émissions pour enfants ? Evidemment !... D'ailleurs cet après-midi, j'ai été voir Chicken Little (et ma mère s'est mise à danser sur le générique de fin). Dès que je peux, je me plante devant Totally Spies.
14. Est-ce que vous avez porté un appareil dentaire? Oui, pour l'extraordinaire résultat que l'on connaît.
15. Est-ce que vous êtes satisfait de votre taille? Non, et pis quoi, vous allez me la changer si je demande gentiment ?
16. Quelle est la chose la plus romantique qu'on ait fait pour vous? Ah ! Je ne peux pas le dire. Je ne veux décevoir aucune de toutes les personnes qui ont eu de délicates attentions à mon endroit. Et puis ça ne se classe pas, ces choses-là !
17. Quand savez-vous que c'est l'amour ? La plupart du temps, trop tard. "lol"
18. Parlez-vous d'autres langues ? Oui ; l'Anglais bien, l'Italien de mieux en mieux, l'Allemand de façon dramatique, un peu d'Hébreu mais ça ne compte pas, et j'ai tenté le russe quand j'étais chiard... Mais j'ai arrêté très vite. Le latin et le grec, ça compte ?
19. Avez-vous déjà fait des séances d'UV? Oui, une fois, et je me suis senti très con avant, pendant et après.
20. Quel(s) magazine(s) lisez-vous? Je reste fidèle aux classiques... Mickey Parade, Super Picsou géant... Enfin surtout en Italien en ce moment. Sinon, Leggo ou n'importe quel autre quotidien gratuit (Metro, ...) et puis des magazines culturels (Gala, Voici, Public, VSD, Match, Têtu...).
21. Êtes-vous déjà monté dans une limousine? Attends, je vais pas chez Hédiard en bicyclette, Darl' !
22. Est-ce qu'une personne très proche de vous est déjà décédée? Non, les gens que j'aime sont immortels et je ne pleure jamais aux enterrements. Et ma main dans ta gueule, tu la vois proche ?
23. Regardez-vous MTV? Argh j'avoue... Ca m'arrive...
24. Qu'est-ce qui vous énerve vraiment? Un tas de choses dont faire une liste serait un passe-temps long et déprimant.
25. Qu'est-ce que vous aimeriez vraiment? Vraiment ? La fin de ce questionnaire.
26. Savez-vous danser? Eh, on ne fait pas que se gaver de Ferrero rochers à la soirée de l'ambassadeur !
27. Avez-vous déjà sérieusement cru que vous alliez mourir? Quoi ? J'entends mal. Chui dans un tunnel là.
28. Qu'écoutez-vous en ce moment ? La BO de Dagura (Etienne Perruchon).
29. Et que lisez-vous ? Ce questionnaire débile, les réponses de la personne qui me l'a envoyé. Dans l'absolu, le bouquin de philo du droit de mon prof en vue de mon partiel de février.
30. Qu'avez-vous mangé lors de votre dernier repas ? De la soupe aux potirons (by Mum) et du saumon, parce que d'après elle, le foie gras était encore trop gras après ma crise de foie d'hier (une histoire de gras et de foie, donc).
31. La dernière fois que vous avez fait l'amour ? La dernière fois que... Quoi ? Et qu'est-ce que vous voulez dire par "faire l'amour" ? C'est à partir de combien de personnes ? :)
32. Que pensez-vous de la peine de mort ? Euh... Quelque chose qui me prendrait plus de quelques lignes...
33. Combien de partenaires avez-vous eu dans votre vie ? Pour le squash, vous voulez dire ? Je ne joue pas au squash.
34. Et sans mentir ? Mais je ne mens pas ! Vraiment, je ne joue pas au squash !
35. Aimez-vous Yannick Noah et Mylène Farmer ? Oui, dans la même veine j'adore me taper sur les doigts avec un marteau.
36. Comment va votre vie, en ce moment ? C'est très indiscret !... Bien.
37. Prenez-vous des médicaments contre le stress ou l'angoisse ? Surtout pour le foie ces dernières heures...
38. Comment va votre vie en ce moment, déjà ? BIEN, bordel !
39. A qui allez-vous envoyer ce questionnaire ? A des gens qui vont me haïr.
40. Est-ce que vous lisez vraiment les réponses des autres? Bah tant qu'à faire !
· Dernière résolution : essayer de ne plus faire des posts trop longs sur mon blog…
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