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May 07 Cronaca romana XXIX – History repeating
La semaine aurait pu très mal commencer. D’abord, parce qu’une semaine qui commence le mardi – mon retour de France – au lieu du lundi, c’est pas du jeu. Ensuite, parce que par quelque mystère du réseau Vodaphone, je n’ai pas réussi à envoyer de textos pendant trois jours, ce qui est handicapant pour quelqu’un qui certes, communique peu, mais quand même un tantinet. Pour conclure, parce que les téléphones publics de Rome sont tous atteints d’une grave maladie qui empêche de se servir de monnaie (ce qui est drôlement pratique, quand on ne veut pas acheter une carte téléphonique). Tout ceci s’est conclu par une remarque tout à fait désobligeante d’une personne que je ne nommerai pas, qui s’est marrie d’une anecdote se voulant amusante sur sa propension à faire des cadeaux, disons, « étranges », à ses amis lorsqu’elle revient de ses tours du monde. Bref bref bref.
Donc, vous aurez noté ce magnifique conditionnel. Et en fait, non.
Comme d’habitude, la semaine a passé à une vitesse déconcertante.
J’ai enfin revu Nino depuis sa varicelle, et ça va, il n’est pas défiguré. J’ai eu très peur. J’aurais eu en même temps l’occasion de faire monter les enchères pour les quelques dizaines de photos que j’avais faites de lui il y a quelques temps… Ce n’est pas perdu. C’est d’ailleurs ce Nino qui, mercredi soir, alors que je me plaignais d’une douleur dans le bas du dos, m’a demandé : « Ti sei fatto visitare ? », que j’ai un peu trop rapidement traduit par : « Tu t’es fait visité ? ». Bon, la formule est poétique, mais tout de même, c’est indiscret une question comme ça !... Quand il s’est rendu compte que je commençais à lui expliquer ce qui était plus dans mes habitudes dans ce genre de rapports à autrui (notez la périphrase), il a compris que nous n’étions pas sur la même longueur d’ondes. Et a précisé qu’il parlait d’une visite chez le médecin, pas de celle d’une tierce personne dans les environs de mon fondement.
Que puis-je vous raconter sans que cela ne paraisse décousu… En rentrant mardi, Mikael, bientôt suivi par Chiara et Giusi, a décortiqué le Têtu que j’avais eu la mauvaise idée d’acheter avant de partir ; donnant lieu à un grand nombre d’interrogations de la part des demoiselles, tandis que Mikael se pâmait devant le poster-boy que, d’ailleurs, il a collé à la porte de notre chambre malgré mon avis défavorable que j’exprimai en un « pfff » éloquent. Mercredi et jeudi, avec les enfants auxquels je donne des cours de cuisine (oui, je sais, c’est un bien grand mot), nous avons fait des œufs que j’appelle « Viêt-minh », c'est-à-dire brouillés avec des pousses de soja, des crevettes et du nuoc-mâm. Je vous donnerai la recette, si vous voulez. Le jeudi en question, j’ai eu un entretien avec la responsable exécutive des ateliers, qui a passé trois quarts d’heure à me faire des compliments, à manifester son regret de me voir partir (ce en quoi je l’ai rassurée : moi non plus, j’veux pas m’en aller !), et à expliquer en quoi mon implication dans l’activité culinaire péri-éducative pourrait changer la face du monde (comment ça, j’exagère ?). Vendredi, j’ai retrouvé Annabelle en fin d’après-midi pour aller acheter le cadeau d’anniversaire de Sandra (la Courge, pour le lecteur assidu), qui fêtait le soir même son vingt-troisième anniversaire. Avant d’aller acheter le cadeau, il a fallu trouver une agence où Anna aurait pu retirer un Western Union qui, en plus de payer le cadeau, couvrait une facture de gaz et une autre d’électricité. Entre deux fermetures d’agences, et tandis qu’elle maudissait les employés autant que ses chaussures qui lui donnaient déjà des ampoules, nous avons retrouvé Manuela, également de la partie, gentille, mais triple-courge : le même modèle que Sandra, mais en plus mou, plus lent et plus « innocent ». Romaine de naissance, elle ne savait pourtant pas se diriger autour de Campo dei Fiori où nous devions trouver la boutique pour acheter un coussin Hello Kitty (ne hurlez pas, je ne suis pas responsable), originalement placé dans un sac de plage Hello Kitty. Tout l’appartement, toute la vie de Sandra sont une ode à cette saloperie de chat japonais : autocollants, stylos, mugs, serviettes, valises ; tout, on trouve tout de Hello Kitty chez Sandra… Et à la boutique Hello Kitty. Enfin, nous sommes arrivés chez Milan, un ami de Sandra qui avait prêté son appartement pour la petite fétouille, le sien étant trop petit pour accueillir les neuf Italiens, les cinq Français, les trois Hongrois et l’unique Luxembourgeois conviés. Soirée gentillette, un tantinet plate, si bien que vers minuit, j’avais du mal à cacher mes bâillements à Carmen, charmante napolitaine, qui m’expliquait qu’elle devait faire un régime parce qu’elle se trouvait bâtie comme un travelo. Enfin, vers une heure, après avoir rassuré Sandra (« Ouiiiii, ton crayon est bien mis », « Ouiiii, elle sent bon ta crème à la myrrhe », etc.), nous sommes allés au Joia, petit immeuble où l’on trouve, au rez-de-chaussée, une discothèque, au premier, un bar, au second avec terrasse, un restaurant. Pour rentrer au Joia, c’est très simple, il suffit de remplir un de ces trois critères : - ravir l’assistance par un physique particulièrement plaisant, - disposer d’une Gold ou d’une Visa Premier, - être sur la liste.
En l’occurrence, Sandra était parvenue, grâce à l’ami d’une amie d’un cousin d’une voisine d’un beau-frère…, à nous faire inscrire sur la cette liste que, telle un Saint-Pierre plénipotentiaire, une dame en rose cochait et re-cochait avec violence, encadrée de quelques messieurs très grands, très bien bâtis, manifestement là pour le déco – mais on sait jamais, si quelqu’un voulait s’emparer furtivement de la liste ou entrer en force…
Donc, on a levé le menton en faisant une petite moue, genre « hmph », sans regarder autour de nous les gens qui se pressaient autour de l’entrée – sans entrer. J’ai été à mon corps défendant chargé de la collecte pour payer les bouteilles. Sandra, grâce à la sœur du beau-frère mentionné plus avant, qui n’est autre que le cousin (au second degré) de la cousine (au premier degré) d’un ami de sa colocataire, avait réussi à faire ramener le prix des bouteilles à 170 € au lieu de 230 € (ce qui, je le concède, reste encore hors de prix, mais tout de même plus futé que de boire au verre… A 15 €).
Bref, après m’être un peu pris la tête avec le staff sur la vodka, les glaçons, puis le délai qu’ont mis les bouteilles à arriver à la table – notez que j’écourte les détails pour éviter de trop me la jouer, mais un jour que vous êtes à Rome, essayez, pour voir, de seulement entrer au Joia – je me suis jeté sur la piste de danse où, bientôt suivi par Carmen, Sandra et d’autres, j’ai « fait de la place ». Car voyez-vous, quand Sandra – qui est, en soirée, vraiment au top, mais alors en journée, intolérable – et moi entrons sur une piste de danse, la foule pressée et oppressante se fend en deux par le milieu et prend un cours.
Plus de trois heures non-stop de gesticulations. Trois pauses : une pour boire et manger du kiwi (les fruits frais avec la vodka, c’était ma première fois, et c’est bon) aller aux toilettes, une autre pour seulement boire, la troisième pour prendre l’air en accompagnant les fumeurs – tout en narguant gentiment ceux qui étaient encore derrière les cordes et qui tentaient, encore, de rentrer – puis pour décoller Sandra de Lorenzo, qui est théoriquement la chasse gardée d’Anna, qui du coup l’a eu mauvaise, ce qui se comprend.
Et puis, la piste s’est vidée et les lumières se sont rallumées. Voilà, c’était fini.
Je suis rentrée chez Anna sans Anna, parce qu’elle allait chez Lorenzo, mais avec Celeste, sa colocataire sicilienne, et d’autres. Je me suis mis dans le lit d’Anna, j’ai envoyé un texto de bonne nuit (à six heures du mat’, mais c’est l’intention qui compte) à… Quelqu’un. (Mais que vous êtes curieux !) Ma jolie compatriote est rentrée sur les coups de onze heures, direction la plage pour « réviser » (si). En réalité on a fait rien d’autre que mater les ragazzi qui passaient (le fait est que derrière un bouquin de droit ecclésiastique, pas besoin de feindre davantage).
Le soir, Nino était motivé pour sortir, mais Anna était cuite. Enfin, quand Anna s’est reprise en main (enfin pendant deux minutes), c’est Nino qui a décrété le couvre-feu. On a regardé En attendant Godot (en Italien, je vous raconte pas) et on s’est mis au lit (dans deux séparés, hein).
Et voilà, c’est dimanche, je sais, je poste ENCORE en retard mais je fais ce que je peux.
Je vais déjeuner, voilà.
J*
History repeating : Propellerheads May 02 Chronique mixte – XXVIII – Le chien du voisin
Mon dernier post vous faisait trembler d’émotion épidermique en vous racontant les méthodes de bronzage d’Annabelle. Il s’est ensuivi une fin de semaine pleine de rebondissements follement divertissants (mais si).
J’ai donc retrouvé Annabelle lundi dans l’après-midi pour nous mettre en recherche d’une paire de chaussures blanches et d’un pantalon blanc, quelque chose d’estival donc. Il était donc parfaitement évident que j’en achète une paire noire de celle-ci et celui-là en bleu clair. J’ai poursuivi ma session d’achats irraisonnés en achetant un livre sur l’art graphique japonais et un autre sur Giotto, tandis qu’Annabelle se débattait par sms avec Diego sur quand se voir, et surtout, pourquoi.
Mardi, je me suis réveillé très tôt. *rebondissement* Comme rien de précisément urgentissime ne m’attendait, je me suis rendormi, bientôt très vite réveillé par les aboiements du chien du voisin.
J’ai appelé une compagnie de taxi pour être certain d’avoir un chauffeur en arrivant à Orly sans attendre. Je vous retranscris la conversation : « Bonjour, je voudrais un taxi pour jeudi, dix heures et demie, à Orly Sud. -Oui, vous arrivez d’où ? -De Rome. -Quel est votre numéro de vol ? -Ben euh je sais pas. -Attendez, je vais vous dire. Vous voyagez avec Air France ? -Non, Easyjet. -Ah. (Me donne le numéro de vol.) -Pour quelle heure ? -Dix heures et demie. -Vous arrivez où ? -A Orly Sud. -Et vous allez…? -A Paris Gare de Lyon, j’ai un train une heure plus tard. -Vous arrivez demain, c’est ça ? -Non, jeudi. -Ah, oui, jeudi 28. -Non, jeudi c’est le 27. -Oui, c’est ça. -A quelle heure ? -(Gnh.) Dix heures et demie. » Etc.
25 avril : fête nationale italienne, donc tous les touristes qui n’étaient pas occupés à acheter des souvenirs moches se sont retrouvés dans les rues à gêner mes déplacements. J’ai rejoint ma cousine Aude accompagnée d’une camarade thésarde, qui cherchait des épitaphes du Haut Empire. Deux adresses, deux échecs : le palazzo Barberini étant en travaux, les inscriptions ne sont pas accessibles pour raison de sécurité ; et la porte de la seconde adresse – le musée d’archéologie chrétienne, je crois – était évidemment ce jour-là fermée. Nous sommes repartis dans le centre boire un verre, rapidement rejoint par une autre collègue de ma cousine, ni médiéviste, ni antiquisante, mais géographe. *rebondissement* J’ai ainsi appris au cours d’une conversation le mot « doline » et l’adjectif « karstique » (dont je viens de découvrir en l’écrivant qu’il commençait par un k), « relatif au karst », nous dit le Larousse, précisant : « Relief karstique : relief particulier aux régions calcaires et résultant de l’action, en grande partie souterraine, d’eaux qui dissolvent le carbonate de calcium. (Il aboutit à la formation de grottes, avens, lapiés, dolines, etc.) »
J’avais rendez-vous avec Annabelle à sept heures et demie. Une succession de coups de fil et de messages repoussa le rendez-vous de vingt minutes, puis de vingt autres minutes, pour au final arriver à huit heures et demie. Je donnai rendez-vous à Pirus à la même heure, comptant sur son retard pour passer un moment de plus avec Aude et ses amies à la conversation au vocabulaire fascinant. Evidemment, Pirus trouva le moyen d’être à l’heure et me reprocha mon quart d’heure de retard – entre temps, Annabelle avait prévenu qu’elle aurait une autre demi-heure de retard ; puis elle arriva, un peu « brilla » (éméchée) et se confondant en excuses. Elle venait de passer l’après-midi à la plage où une vague connaissance fêtait son anniversaire, ce qui lui avait donné l’occasion de boire et de se baigner pour la première fois. Nous avons donc poursuivi dans un bar de sa connaissance. *rebondissement* En allant aux toilettes, j’avais remarqué que la porte de la réserve, située juste à côté des toilettes, s’ouvrait sur de beaux rayonnages de vodka et autres alcools ; j’ai donc transmis l’information à Annabelle qui, en allant à son tour aux toilettes, devait en repartir en faisant un petit crochet par la réserve et emprunter une bouteille du précieux liquide (facturé quelque chose comme 90 € sur la carte) – et puis, finalement, non, car il y avait file aux toilettes donc discrétion, bof. Pirus partit entre temps, parce qu’il n’est pas en vacances et qu’il se lève tôt, le pôvre. Au moment de partir, je suis allé aux « toilettes » desquels je suis vite parti en faisant des petits signes faciaux donnant l’impression que j’étais agité de tics nerveux. Annabelle a compris et s’est prestement levée, puis nous sommes partis avec un certain empressement… …quand soudain, cent mètres plus loin, un monsieur s’est mis à nous courir à près. Je dois dire que mes jambes ont flageolé, tandis que mon esprit rationalisait : « Tu ne le connais pas, il arrive en courant, certes, mais avec le sourire. » Et en effet, il se jeta sur Anna pour lui faire une petite bise. Elle m’expliqua qu’il s’agissait de Lorenzo, un énième membre de son harem.
Après, que voulez-vous que je vous dise. C’est limpide. Nous avons fait la tournée des grands-ducs, en ne demandant que des jus de fruits, puisque nous avions ce qu’il fallait pour les arranger. Nous avons fini dans un bar près du Colisée où un travelo nous a collé un numéro sur le revers de la veste, tout en lisant les messages écrits par des consommateurs, à l’adresse d’autres consommateurs, mais numérotés, parce que c’est plus rigolo. Je dois dire que c’est une technique de rencontre qui m’échappe un peu, étant plutôt habitué aux célèbres : « T’as de beaux yeux, tu sais », « On ne s’est pas déjà vus devant un Léopold Zborowski à l’expo Modigliani ? », « T’habites chez tes parents ? » - La réponse étant généralement oui, pour les Italiens, et au moins jusqu’à trente-cinq ans. Bref. Annabelle me lâcha odieusement alors que je me dépêtrais d’un Israélien dont j’ai oublié le prénom qui tenait absolument à me montrer la décoration de sa chambre d’hôtel, mais un certain Aldo était plus avenant et surtout, beaucoup plus proche de chez moi, ce qui m’a évité, en deux battements de cils et trois sourires niais, de prendre deux bus de nuit et mettre une heure à rentrer chez moi (et je ne compte pas l’attente). Comme Aldo habitait chez ses parents – puisque je vous dis que c’est une règle ! –, ce qui m’arrangeait bien, il m’a déposé chez moi, tout déçu, en me donnant son numéro de téléphone. « Mais oui, je t’appellerai ! » …Quand les bus seront en grève.
Mikael dormait bien entendu comme un bienheureux en émettant des petits « flblplt » buccaux.
*D’ailleurs, comme il vient de lire cette phrase et qu’il trouve que depuis quelques temps, je lui casse pas mal de sucre sur le dos, je vais faire un petit paragraphe plein de gentillesses qui compensera pour les prochaines atrocités que je dirai sur lui dans mes prochaines chroniques. Alors donc, Mikael est un être exceptionnel, intelligent, beau, drôle et modeste, ce qui finalement, fait déjà cinq points communs avec moi, ce qui explique qu’on s’entende si bien. Il pourrait parler pendant des heures de l’expansion économique chinoise tout en tirant/poussant des poids très lourds, parce que Mikael est très fort, notamment grâce à une poudre magique qu’il dilue dans du lait et qu’il prend tous les deux jours. Mikael étudie la physique, en plus du sien et de celui des sympathiques ragazzi qui commencent à sortir en manches courtes, pour notre plus grand bonheur à tous. Etudier la physique, lire longuement l’Hebdo ou The Economist en mangeant des corn flakes constituent ses trois activités majeures, avec la quatrième mentionnée plus avant.*
…Bon, c’est définitif, je ne suis pas doué pour faire des compliments.
Je suis parti jeudi dernier de Ciampino, second aéroport de Rome qui, pour cette raison, est à perpèt’. Arrivée à Paris avec une demi-heure de retard : le pilote nous ayant informés que d’autres avions attendaient, avant nous, de se poser, nous avons fait des petits tours dans le ciel, très amusant mais aussi vite écoeurant ; puis l’avion est descendu au moment où ma salive montait sous ma langue, me faisant nourrir quelques inquiétudes sur « comment se servir du sac à vomi en gardant la classe », et en fait, non. En raison du retard, je n’étais plus certain que mon taxi serait toujours là. Coup de fil (avec le même interlocuteur mentionné précédemment) : « Bonjour, je viens d’arriver, mon taxi est toujours là ? -Ah euh alors non, parce qu’il y avait un client après vous alors comme vous n’arriviez pas, on a décalé les rendez-vous… -Ah, bon. -Voilà, je tenais à vous prévenir ! » Oui, enfin c’est moi qui appelle, quand même.
J’ai trouvé un taxi dont le chauffeur asiatique faisait « hihihihi » nerveusement. « Je peux être à Gare-de-Lyon dans vingt minutes ? -Pas de problèmes hihihihihi ! » Mais vingt minutes plus tard, c’était une de trop, et je suis arrivé sur mon quai au moment où mon train partait. Hihihihi. J’ai donc poireauté pour attendre le train suivant, et je suis arrivé à Clermont en début de soirée. Marion et Jimmy m’attendaient de pied ferme ; nous avons mangé, rigolé, bu, dormi, mais pas trop ; puis au petit matin j’ai repris le train pour aller à Moulins où M.P., votre idole Mamie Porto, m’attendait. Nous avons rejoint la Reine-Mère – mon autre grand-mère – dans sa ville à elle et avons attendu le coup de fil de mon père qui serait le signal « Tout le monde au restau » ; car oui, tout le monde savait que je rentrais quelques jours, sauf ma mère, dont c’était vendredi l’anniversaire. (D’ailleurs, c’était aussi la semaine dernière l’anniversaire de N., le 26 et de L., le 28 aussi. L’occasion de se contusionner les neurones quelques minutes, en commençant mes pensées par « Et si… ? » et en les concluant par « de toute façon… »)
Lorsque ma mère entra, il y eut un genre de cri étouffé. M.P. était prête à bondir pour le massage cardiaque, tandis que mon père rigolait doucement, genre « On t’a bien eue ». Ce furent quelques très bons jours dont le récit n’aurait j’imagine que peu d’intérêt pour vous.
De Moulins, j’ai repris le train pour Paris, à Paris j’ai rejoint Lo ; nous avons mangé coréen, bu un verre et dormi trois heures. J’ai repris un taxi, j’ai repris l’avion ; j’ai repris un bus, puis deux, puis trois. J’ai acheté mon abonnement de métro de mai, mangé mon vieux sandwich au brie, me suis rasé, douché, endormi… …jusqu’à ce que le chien du voisin se remette à aboyer.
J*
April 24 Mezza cronaca romana (C. XXVII-B) – ti ti ta ti - ti - ti - ti ta ti ti - ti ta ti ti - ta ta ta - ti ti ti ta - tiCette fin de semaine s’est conclue délicieusement. Après notre modeste périple à Perugia et Assisi, Mikael et avons repris nos activités. Pour lui, aller en cours pour se fortifier le bouillon et devenir un brillant scientifique, puis aller à la palestra (la muscu) pour se constituer un look de semi-gringalet, c’est-à-dire tout plein de muscles à partir du nombril, et pas en dessous, ce qui lui donne l’allure d’un (grande) fillette sur laquelle on aurait vissé le tronc de Casper Van Dien dans ses bons jours (pardonnez la référence). Moi ? Oh, rassurez-vous, rien de tout cela. Pas de cours parce que je suis encore en vacances (on rattrape la semaine perdue pendant les vacances de Noël), et pas de muscu non plus, parce que j’ai ptêt autre chose à glander que de pousser de la fonte.
Aller au musée par exemple. Ma cousine Aude, qui finit sa thèse antiquisante sur l’artisanat romain à l’époque où le frisbee n’était rien d’autre qu’une assiette en terre cuite de sept kilos, oui madame, bref ma cousine, qui en plus d’être ma grande-cousine, enseigne accessoirement l’Histoire-géographie à des gniards qui n’ont pas encore mesuré l’étendue de son génie, ma cousine disais-je, est à Rome pour quelques jours dans le cadre de ses recherches, pour lesquelles le Palais Farnèse lui ouvrait les portes de sa bibliothèque et l’école de France à Rome, celle d’un coquet petit immeuble piazza Navona où, avec d’autres thésards chanceux, elle partage les joies de la vie collectivité (oui, mais avec vue sur Piazza Navona, où un loyer doit approcher les 2000€ pour un cagibi de quatre mètres carrés (avec l’eau courante)). Sortie culturelle donc, prévue au musée de la civilisation romaine, situé dans le plus vilain quartier de Rome, l’EUR, reste de l’exposition universelle de Rome avortée qui devait avoir lieu, si mes souvenirs sont bons, en 1942 – exposition qui donc, n’a pas eu lieu, et c’est dommage parce que Staline en aurait sûrement appris en architecture pompier et en exaltation nationaliste. Après m’être trompé de musée en allant à celui des Arts et traditions populaires, originalement situé en face du Musée nationale préhistorique ethnographique (lui-même à côté du musée médiéval, me semble-t-il), j’ai retrouvé celui de la civiltà romana, et ma cousine devant, un peu désolée parce que fermé l’après-midi. Mais qu’à cela ne tienne, nous sommes allés à celui situé directement dans les thermes de Dioclétien (oui, comme Santa Maria degli angeli et dei martiri), le Museo nazionale romano. Il est toujours très appréciable de visiter un musée avec quelqu’un qui s’y connaît vraiment, et qui est capable de vous expliquer tout, sur à peu près tout. Gros, gros musée dont nous sommes venus à bout en moins de deux heures, mais où je reviendrai sûrement un de ces jours. J’avais ensuite rendez-vous avec Anna, dont le retard m’a permis de me faire offrir un cappuccino, puis un paquet de chips parce que je crevais la dalle, par un monsieur que je ne nommerai pas, gentil, courtois, qui devrait pourtant chasser très vite de son esprit certains projets qu’il fomente à mon endroit –en clair, je repousse ses avances. Bref, Anna arrivée, nous sommes allés manger en vitesse dans quelque piège à touristes où l’on s’adresse à vous d’abord en Anglais, puis nous sommes allés à la Villa Médicis où la pianiste jazz Rita Marcotulli présentait des extraits de son dernier album, The light side of the moon, référence à l’album des Pink Floyds Tje Dark side of the moon (vous avez vu, elle a changer un mot). 2-4-7-9, non, ce n’est pas mes conseils pour le prochain quarté, mais les numéros de morceaux que j’ai préférés (j’ai bien entendu oublié les titres).Concert agréable donc, des compositions intéressantes. Notons pour l’anecdote qu’il y avait dans le public du Grand Salon deux dames qui parlaient sans arrêt et qui étaient régulièrement rappelées à l’ordre, et une autre qui montrait des signes d’inquiétude à chaque nouvelle innovation de la pianiste –par exemple, quand cette dernière s’est levée au milieu d’un morceau (tout en continuant à jouer) pour mettre, sur les cordes du piano, un collier de grosses perles en verre. Les cordes se sont mises à produire des sons métalliques, proche de celui du clavecin, mais moderne (dans le genre Professional Widow de Tori Amos ; oui, je sais, avec Casper Van Dien, je multiplie les références ésotériques). Après quelques morceaux plus, disons, conventionnels, elle a proposé un morceau dédié à Truffaut, expliquant qu’elle avait repris les noms et prénoms de deux des personnages que l’on retrouve souvent dans ses films – Antoine Doinel et Christine Darbon – et qu’elle les avait transposé en morse pour en exploiter le rythme. J’ai vu une lueur de terreur passer dans les yeux de la dame lorsque la pianiste se leva pour taper sur le piano en chantant « tititata tatatita », etc., puis elle se rassit et la dame poussa un petit soupir de soulagement. Alors qu’elle finissait le dernier morceau, elle s’interrompit pour demander : « Sì ? », puis reprit ; puis fit « No ? », puis reprit ; et enfin affirma « Sì ! » pour, quelques instants plus tard, conclure par un « No ! » définitif qui concluait également le concert (il y a quand même eu un bis).
Nous nous sommes ensuite tapés l’incruste dans une fête à laquelle nous n’étions pas invité, puis je me suis fait traîner en soirée Erasmus, où certaines personnes très joviales semblaient poursuivre la fête dans les toilettes, où l’on entrait un par un mais ressortait deux par deux. Sans doute une coutume locale. Puis dodo chez Anna après dégustation, sur les coups de cinq heures, d’un plat de pâtes froide à la saucisse (oui, froide aussi). Réveillé trois heures plus tard, frais et pimpant (gnh) pour retourner chez moi prendre une douche, un café très fort et mes affaires, pour ensuite repartir dans le centre. Promenade gentillette à la Villa Torlonia et son parc attenant, moins grand que la Villa Borghèse et moins peuplé, sans doute à cause des interdictions de se vautrer sur les plates-bandes ou d’y laisser brouter ses chèvres ; interdictions évidemment bravées par d’irréductibles promeneurs (pour les chèvres, je ne sais pas). Etant donné que je suis depuis quelques temps en positif sur mon compte bancaire, j’ai poursuivi ma promenade par un achat inutile qui ne fut pas, cette fois, une paire de chaussures – j’y pense, quand même – mais un traité d’architecture et un petit livre sur Dürer. Je suis retourné à la résidence où, en quatrième vitesse, j’ai dîné, me suis douché et d’où je suis reparti vite puisque je devais retrouver Anna, Sandra et Pirus à vingt heures devant la Villa Médicis pour un second récital, cette fois d’Ada Montellanico. Une demi-heure plus tard (c’est-à-dire avec une demi-heure de retard), les filles sont arrivées et le concert était complet. J’ai tenté d’assassiner Annabelle, puis je me suis calmé et nous avons trouvé un bar à vins à Campo dei Fiori pour noyer notre déception dans une bouteille de Zibibbo, puis dans une autre d’Yrnm, qui est un autre Zibibbo, mais plus dur à prononcer. Plus tard, nous avons rejoint Mikael qui nous attendait ailleurs pour procéder également à l’absorption de substances alcoolisées ; et, exténués, chacun est rentré chez soi pour faire du dormir. A peine cinq heures plus tard, je me suis éveillé encore très frais (gnnnh) ; j’ai fait mon sac de plage puisqu’il était prévu d’aller se faire dorer la pilule au Lido. N’ayant pas précisément envie de chopper un cancer avec la technique d’Anna, dont j’ai déjà parlé, qui consiste à s’enduire d’huile d’olive pour accélérer le bronzage, j’avais dans l’idée d’aller acheter de la crème au GS du coin mais voilà, domenica aperto, certes, mais pas avant dix heures. Résultat, je me suis retrouvé au Sephora de Termini à parler d’indice de protection avec une vendeuse mal éveillée, qui voulait me vendre du Helena Rubinstein au prix de la barquette de cent grammes de fraises en hiver. Je suis reparti avec ma fierté et un tube de Clarins SPF 20 qui promet, en Français je vous prie, « Mieux bronzer en s’exposant moins ». Je suis arrivé chez Anna qui, bien sûr, n’était pas prête, sur les coups de dix heures. Espresso, douche, puis direction Garbatella où Pirus nous attendait ; arrêt ensuite à San Paolo où Sandra devait nous rejoindre, mais elle n’avait pas fini de s’épiler. Avec un retard conséquent sur l’horaire prévu, nous sommes arrivés à Ostia, où la plage nous attendait. Bronzette, discussions diverses (notamment sur la cuisson d’Annabelle), petit somme, lecture dürerienne… J’ai regardé avec admiration Anna et Pirus noircir de chiffre leurs grilles de sudoku. Je ne sais toujours pas de quoi il s’agit, et je crains que la règle du livre de Pirus, en Allemand, ne m’ait guère renseigné. Glace, bronzage, dodo, puis retour ; direction San Paolo pour cette fois donner un œil à la basilique (dont je vous avais donné un aperçu détaillé dans la CR III), mais comme elle était pleine, nous sommes allés au bar du coin, de taille et peuplement plus réduits.
J’ai retrouvé le soir ma cousine Aude et un ami à elle pour aller dîner. Je me suis senti tout petit petit pendant un certain temps, parce que j’avais à faire avec deux personnes beaucoup plus intelligentes et cultivées que moi ; ensuite je me suis rendu compte que ça ne rendait pas plus intelligent de faire celui qui sait de quoi on parle et j’ai donc demandé des explications sur certains sujets, et ça allait mieux. J’ai découvert ensuite avec effroi que ma cousine était plus âgée que je l’imaginais, alors j’ai noyé mon effroi dans du martini, confortablement callé dans un moelleux canapé du Caffè la Pace puis, sur les coups de trois heures, je suis arrivé chez moi, où Mikael dormait en émettant de petits ronflements spasmodiques.
Et là, je vous laisse, parce que je dois retrouver Anna pour aller acheter, enfin, ma paire de chaussures.
J* April 18 Mezza cronaca umbra (C. XXVI-A) – Un peu de piété et beaucoup de jovialitéJe vous laissai dimanche dans l’expectative du récit des deux jours qui suivraient, puisque je vous avez dit que je partais me promener avec Mikael dans la campagne italienne, en Ombrie (Umbria), la région limitrophe du Lazio (provinces de Frosinone, Latina, Rieti, Viterbo et Rome). Dimanche matin, nous voilà partis pour Perugia (Pérouse, en bon Français), après un voyage ferroviaire déroulant très vite ses rails dans la verdure – un peu après Ostiense (autre gare, mais de taille réduite, de la banlieue de Rome), il semblerait que la civilisation s’est interrompue ou, au contraire, que la végétation a repris ses droits – nous sommes arrivés dans la petite gare de Perugia. J’ai réveillé Mikael qui, pendant les deux heures de trajet, a surtout rêvé des paysages, puis, muni d’un plan, nous avons rejoint le centre ville. Constat initial : Perugia, c’est haut, dans le genre très haut. Comme de nombreuses cités du Moyen-Âge, une forteresse est bâtie sur une haute colline, protégée par des remparts ; les notables vivent sur ladite colline et les manants se partagent la vallée. Arrivés à mi-hauteur, nous avons pris quelques minutes pour faire une petite séance photos (http://spaces.msn.com/willywalt ) car le paysage est saisissant, mais aussi pour respirer un peu, car la montée est suffocante. Au fil de ruelles sombres, bardées d’ogives, de colimaçons, et autres détails pittoresques (comme des hôtels cinq étoiles), nous sommes arrivés dans le « centre », encore que le centre est de taille réduite puisque, je le rappelle, la cité est moyenâgeuse. La piazza quattro novembre est curieusement close, donnant une impression un peu oppressante de temps anciens ; on n’imagine sans peine qu’à la place de la fontaine ou juste à côté, devant la cathédrale San Lorenzo, furent dressés des bûchers pour faire rôtir sorcières et autres herboristes. J’ai émis l’idée d’aller visiter la galerie d’art susmentionnée, mais mon suisse ami (pour reprendre l’expression de Michela) a émis l’idée de d’abord se restaurer un brin avant d’affronter l’art religieux des treizième et quatorzième siècles. Après recherches, hésitations et interrogations devant quelques menus, nous nous sommes décidés pour la Wine Bartolo hosteria, originalement située via Bartolo (au 30, fermée le mercredi). Comme son nom l’indique, c’est avant tout une cave : la carte des vins est plus fournie que le menu lui-même. Je me suis décidé pour un menu spécial Pâques, qui proposait ainsi (je vous le livre en VO) : - Torta Pasqualina umbra al formaggio, capocollo, uova sode ; - Tagliatelle fatte a mano con magro di agnello, timo, pomodorini e pecorini di Norcia ; - Coscio di agnello al forno con carciofi ; - Mousse di colomba Pasquale.
Vous aurez noté qu’on parle beaucoup de Pasqua et d’agnello – d’ailleurs Mickael a pris un menu composé de trois plats d’agnello. …tout ceci arrosé d’un Montepulciano très, très bon, conseillé par le serveur Andrea, qui nous félicita lorsque avec empressement, nous avons refusé tout liquide s’apparentant à de l’eau.
La galerie d’art nous tendait les bras mais pour tout dire, étant bien plombés et somme toute assez allègres (la bouteille de Montepulciano n’étant pas étrangère à cet état), nous avons préféré un petit cappuccino en scrutant le plan de la ville à recherche de la via Bontempi, où se trouve l’auberge de jeunesse auprès de laquelle Mikael avait réservé deux lits. La rue était à environ cent mètres, mais malgré le plan, il nous a fallu demander la direction à deux autochtones (ce qui vous donne une idée de notre allégresse éthylique). Coïncidence parmi d’autres, nous avons découvert que nous partagions la chambre avec deux Suisses, des Turgoviens (c’est-à-dire, des Suisses-Schtroumpfs (si vous avez lu la CR XXV, vous comprendrez qu’il s’agit de Suisses d’expression suisse-allemande)). A propos de comparaison, j’avais dit que la langue Suisse-Allemande est à l’Allemand ce que le Schtroumpf est au Français ; eh bien, voici une nouvelle distinction : apprenez que le Turgovien est au Zürichois ce que l’Auvergnat est au Parisien, c’est-à-dire, un bouseux. Bref, les deux Turgoviens, prénommés David (aimable et assez francophone) et Mark (particulièrement avenant, rougissant si son regard en croise un autre – au hasard, le mien – plus de trois secondes, bafouillant s’il dépasse les cinq secondes), s’avérant fort sympathiques, nous leur avons proposé de dîner ensemble le soir ; puis, enfin, j’ai traîné Mikael à la galerie, gavée d’art religieux du Moyen-Âge et du début de la Renaissance. Gavé, Mikael le fut également très vite, aussi préféra-t-il s’intéresser au fonctionnement des humidificateurs, non sans prêter cependant une oreille attentive à mes explications sur « comment reconnaître les saints dans les tableaux ou les scènes religieuses » : « là, avec les stigmates, c’est Saint-François ; avec le lion, c’est Saint-Jérôme ; le jeune homme qui ressemble à une fille, avec un évangile dans les mains, c’est Saint-Jean ; avec la croix, nooon, c’est pas le Christ, c’est Saint-André ; avec la paire de clés, c’est Saint-Pierre… Quand Gabriel arrive en rase-mottes aux pieds Marie, c’est l’Annonciation… Quand elle est avec Jésus enfant dans l’étable et que des gens sont à genoux autour, c’est une Adoration – des mages s’ils portent une couronne, des berges si c’est un mouton – et quand elle le tient sur ses genoux, adulte et mort, c’est une pietà… »
S’ensuivit une opération cartes postales, puis dîner multilingues avec nos deux sympathiques Turgoviens, puis petit digestif sur une terrasse – le thermomètre indiquait encore quatorze degrés à dix heures.
Nous sommes ensuite rentré à l’auberge de jeunesse (que je vous conseille vivement ; propre, assez moderne ; tarif avantageux : 13€ la nuit + 2€ de draps, avouez que c’est rentable), où Mikael, qui n’est jamais a court de provocations, a engagé la conversation sur l’agriculture suisse. La majorité des Turgoviens étant, comme je le précisai, ruraux et pour la plupart, agriculteurs, les échanges de point de vue furent vifs mais courtois, surtout avec un Zürichois d’adoption qui ne voit dans l’agriculture suisse que les subventions qu’elle engloutit pour son maintien. …pendant ce temps, moi, je finissais Akhénaton, le dieu maudit, de Gilbert Sinoué ; que je ne vous conseille pas. Certes, l’ouvrage est bien documenté et évoque notamment les dernières théories émises au sujet de la vie et du règne d’Amenhotep IV (autre nom du pharaon), mais il est particulièrement mal écrit. (Le livre vaut aussi au moins pour la retranscription de la déclaration d’Akhénaton avant la fondation de la ville portant son nom, qui est presque mot pour mot celle que fait dire (en Anglais) Philip Glass au scribe dans son opéra Akhnaten (acte II, Années 5 à 15, Thèbes et Akhénaton - Scène 3, La Ville - Danse, début - Narration ; La Ville)). Ensuite, tout le monde aux dodos, avec le charme des lits superposés : David et Mikael au rez-de-chaussée, Mark et moi à l’étage.
Eveil vers huit heures, après une nuit quelque peu agitée ; puis adieux avec nos colocataires nocturnes et directions Assisi (Assise, oui, comme Saint-François), à quelques kilomètres de là.
Charmante petite ville, bâtie sur une colline encore plus haute, alors que dans la vallée quelques lotissements se rassemblent autour de l’énorme église Santa Maria degli Angeli. D’ailleurs, nous avons commencé par là. Evidemment, un lundi de Pâques, c’était blindé, et nous sommes arrivés en pleine célébration. Je me suis fait poursuivre par une des « volontaires » (ainsi que l’indique leur gilet bleu) chargés de surveiller que personne ne prenne de photo pour plutôt aller acheter une carte postale à 80 c. pièce, dans l’immense boutique situé dans une dépendance de l’édifice. Eglise somme toute assez peu intéressante, en dehors de son gigantisme et de quelques détails, comme la « chapelle du passage », petite édifice en pierre (re)construit au milieu de l’église. Attenante, la roseraie de Saint-François, assez peu fleurie pour le moment.
Ensuite, Mikael a exprimé toute sa haine à mon endroit lorsque j’ai proposé d’aller à Assisi – sur la colline, donc – à pied plutôt qu’en bus. (A ce sujet, j’ai deux places de bus neuves à céder ; je les avais achetées en même temps qu’un plan de l’endroit ; ainsi si par hasard Mikael avait manifesté un trop grand épuisement (ou une menace avec son couteau suisse), j’étais paré.) Nous avons ensuite déambulé – nous, et la masse de touristes et autres pèlerins – dans les jolies petites rues à la recherche de quelque endroit où se restaurer. Une bouteille de Chianti plus tard, et très joviaux, nous avons cherché un endroit où devenir encore plus jovial, appréciant la douceur de l’air et la vue environnante. Un fois les cappucini et autre liqueur locale ingurgités, nous avons poursuivi notre petite excursion ; passage obligé par la basilique San Francesco où, bien sûr, on vous interdit de prendre des photos de l’intérieur. Nous sommes ensuite redescendus pour faire une pause, que Mikael a prolongée en sieste, tandis que je visitai l’abbaye San Pietro.
Le soleil redescendu, il a bien fallu faire de même pour prendre notre train et rentrer à casa, dolce casa…
La prochaine moitié de cronaca sera donc romana !
J* April 15 Cronaca romana XXV – Charlie et la Villa Médicis
e me rends compte en commençant d’écrire cette chronique que cinq années d’études – enfin, faisons sauter la présente, puisque mon père considère que je suis à Rome pour des vacances prolongées – et la tête farcie de commentaires d’arrêts, fiches de jurisprudences, notes de synthèses, etc… Ne me permettent toujours pas de correctement introduire mes propos. Donc, n’ayons pas peur de le dire : le présent paragraphe n’est pas une introduction.
La semaine a commencé lundi ce qui, il faut le dire, est une date originale pour un premier jour de semaine. Lundi, Mikael revenait de Naples avec sa moitié ; d’ailleurs à ce sujet, s’il ne s’agissait vraiment que de sa moitié, elle devrait s’appeler Mik ou Ael, n’avoir que deux bras ou deux jambes, ou un bras et une jambe, ou un bras (l’autre) et une jambe (l’autre), ce qui, notons-le, ne serait pas évident, mais passons ces digressions car la moitié de Mikael – qui ne l’est donc pas, et ne cherchons pas à comprendre outre mesure cette platonicienne évocation de moitiés d’hommes qui se rassemblent – a bel et bien deux bras et deux jambes, et ne s’appelle pas Mik, ni Ael, ni Paola ou Geneviève, mais Patrick. Patrick est, tout comme Mikael, un Suisse tout ce qu’il y a de plus helvétique, mais vient de Zürich où on parle Allemand, où plutôt Suisse-allemand : la langue Suisse-Allemande est à l’Allemande ce que le Schtroumpf est au Français.
J’avais fui la résidence en prévision du spectacle qui allait s’y dérouler, car Mikael avait prévu de venir avec sa moitié pour la cena, le repas du soir, et je craignais qu’il ne se transforme pour l’occasion en montreur d’ours. Je suis comme ça, moi, j’ai de la peine pour les gens qui se ridiculisent, ou qui vont être ridiculisés par d’autres – un peu comme les karaokés. Par compassion, je préférais donc ne pas rencontrer Patrick plutôt que de me joindre à un petit cercle d’Italiens qui l’auraient examiné sous toutes les coutures sans évidemment tarir d’éloges à son sujet (parce que bon, dans mon idée, Mikael serait resté à côté, en haut de forme et habit rouge, pour expliquer les particularités de son animal de foire). Mais le montreur d’ours m’avait précédé et finalement, m’a appelé pour me donner rendez-vous dans un restaurant de notre connaissance, ainsi qu’à Nino, car Mikael aime provoquer certaines confrontations, juste pour le plaisir de compter les points et bien sûr (ce dont il se défend en rougissant), sans intervenir, car il reste neutralement Suisse avant tout. Bref. Bonne soirée tout de même, multilingue quoique majoritairement dominée par l’Anglais, puisque nous le parlons tous les quatre alors que Nino ne parle pas Allemand, Patrick pas Italien et très peu Français, et que moi-même j’ai beaucoup de mal avec le Suisse-Schtroumpf, je veux dire, le Suisse-Allemand ; ainsi quand Mikael téléphone à Patrick il me donne généralement l’impression de parler le "Robin des Bois", à base de « fridebirdehue » et autres « frichtrbrökt prochtig ?... »
Tout ceci bien entendu continue de me faire détester les couples, tout en me mettant fortement mal à l’aise quant à mon inaptitude notoire à « être » moi-même en couple.
Mardi, la Villa Médicis proposait une après-midi d’étude consacrée à Charlie Chaplin, avec force films restaurés et inédits, conférences diverses. Les projections ont d’abord commencé avec deux films restaurés par la Cinémathèque de Bologne : Kid Auto Races, le deuxième film de Chaplin et le premier dans lequel il apparaît en Charlot, puis His musical Carreer, autre film de 1914. Cette première sélection fut suivie d’une assommante présentation du Chaplin Project, piloté par la Cinémathèque de Bologne, donc, qui a réuni, restauré, digitalisé et catalogué la quasi intégralité de l’œuvre de Chaplin (et notamment la trentaine de courts et moyens métrages de Charlot réalisé entre février et décembre 1914 pour la Keystone, dont quelques-un furent présentés lors de cette journée). Suivait une autre conférence, cette fois-ci fort intéressante, sur la place de Chaplin dans son époque, l’abandon du Charlot muet pour stratégiquement passer au Dictateur parlant. Richement documentée, illustrée, avec deux constations : la première pour moi, à savoir que je ne connaissais pas l’adjectif "muséal", la seconde pour le conférencier, à qui personne n’a osé rappeler – alors qu’il présenter un production dadaïste figurant Charlot au milieu de divers symboles religieux – qu’une étoile à cinq branches n’était pas dite « de David », mais s’apparente plutôt à un pentagramme. Ensuite, lorsqu’un intervenant, un conférencier, bref qui que se soit, demande à l’assistance s’il y a des questions, les gens qui prennent la parole doivent avoir en tête deux conditions : 1. qu’il s’agisse d’une question et pas d’une remarque, d’un à-propos, de quelque autre propos destiné à se faire mousser auprès du conférencier ou du reste du public ; 2. que la question soit plus courte que la réponse qu’on imagine (sauf si c’est « oui » ou « non », même si dans ce cas-là l’intervenant tâche de longuement détailler sa réponse).
Puis petite pause, histoire de dîner, et reprise des projections à 21h. ; fin de la soirée : 22h.37, avec la certitude d’être à peu près incollable sur Charlie Chaplin.
Mercredi, après un épisode « soupe de fraises au cidre » avec les enfants que j’évoquais dans ma chronique précédente, je suis allé voir Il Caimano, le dernier film de Nanni Moretti, avec V.-A. (qui venait avec moi, pas qui jouait dans le film). Le film se fonde sur un scénario, disons, allégé : mise en abîme des déboires professionnels et familiaux d’un réalisateur qui tente de redresser la barre en mettant en route un nouveau film – Il Caimano, donc – qui raconte avec plus ou moins de subtilité l’accession au pouvoir d’un monsieur Berlusconi, de la construction de Milan 2 avec d’obscurs fonds, en passant par la création de son groupe de presse, le musellement de ses derniers collaborateurs indépendants ; avant son arrivée au pouvoir qui lui octroie l’immunité ardemment désirée afin d’échapper à des poursuites. (Ne haussez pas des sourcils en vous disant : « Ah, ces Italiens ! », car je crois qu’un certain président français a du souci à se faire à partir de mai 2007). On pourrait se dire, à certains moments, que Moretti exagère, mais le hic, c’est qu’il s’appuie sur des déclarations réelles – images à l’appui – pour fonder son propos. Ainsi, le 2 juillet 2003, Il Premier (futur ex-premier, maintenant) s’adressait en ces termes à un député socialiste allemand : « En Italie, un producteur tourne un film sur les camps de concentration nazis. Je vais suggérer votre nom pour le rôle de Kapo. » Le député incriminé demandera des excuses, que l’autre balaiera en expliquant : « C’était de l’ironie. Vous ne comprenez pas mon humour. » Dans un autre genre, il déclarait tout récemment : « Seul Napoléon a fait plus que moi. » Avant de se « rattraper » le lendemain (11 février 2006) : « Sur Napoléon, bien sûr, je plaisantais : je suis le Jésus-Christ de la politique, une victime, je supporte tout, je me sacrifie pour tout le monde. »
Je rappelle pour ceux qui ne seraient pas au courant que le centre-droit s’est fait rétamé par la coalition de gauche, encore que rétamé est un bien grand mot, car la gauche n’a la majorité au Sénat qu’à deux sièges près ; l’écart est plus grand à la Chambre des députés – mais que la gauche reste soudée, car cet écart non plus n’est pas non plus monumental. Silvio a d’ailleurs proposé une « grande coalition » que Romano, prudent, a refusé.
J’ai retrouvé Annabelle jeudi après quelques semaines d’absence, la pauvrette s’étant fait volé son portable et devenant ainsi injoignable. Après avoir vu Nino un moment avant qu’il ne reparte vers sa cholie Sicile, nous sommes allés manger dans quelque troquet sympathique, avant de rentrer chez elle – pour les fêtes de Pâques, ses colocataires sont parties, appartement vide, calme absolu et incroyable. Puis, la Courge – vous vous rappelez de la Courge ? J’en parlai brièvement à la fin de la CR VII – a appelé, et nous l’avons rejointe à une fête Erasmus, la première en ce me concerne, celle de trop pour Anna qui a rechigné a y aller. Et finalement… …finalement, après un certain nombre de negrini – cocktails gin/campari/martini, estomacs fragiles s’abstenir – j’ai mis un peu d’ambiance, m’attirant les sympathies d’un Espagnol – si – nommé Damian (dont on n’a pas su deviner s’il s’intéressait à Anna ou moi, au final), d’un groupe de Belges fort sympathiques que je dois théoriquement revoir la semaine prochaine ; j’ai également fait état d’une grande souplesse en allant me trémousser sur la piste de danse avec Sandra (appelons-la Sandra ; Courge, ce n’est pas gentil, tout de même), tandis qu’Annabelle parlait politique internationale avec un certain Diego (qui avait commencé par se lamenter parce que tout le monde le prenait pour un Espagnol, alors qu’il était Italien), lequel Diego avait peut-être une autre idée derrière la tête… Mais quand on branche Anna sur un sujet politique, il faut avoir de bonnes bases et du temps devant soi.
La soirée a fini, du moins j’imagine, parce que mes souvenirs sont assez confus. Je me suis réveillé vendredi midi dans le lit d’Annabelle, que j’ai retrouvée un peu plus tard dans un autre lit. Nous avons déjeuné de sandwiches fromage/ketchup, puis nous avons bronzé à l’huile d’olive (j’ai d’abord refusé en invoquant des motifs cancérigènes, puis je me suis laissé tartiné) en regardant Uomini e donne, un énième talk-show ou des jeunes gens se rencontrent, se tripotent, et finalement se tapent dessus pour des motifs nébuleux, tout ceci devant un public ravi et/ou hors de lui, qui prend de temps en temps la parole pour glorifier ou insulter un(e) des intervenant(e)s. Edifiant.
Puis, je suis rentré, parce que j’étais encore assez fatigué (malgré l’hallucinante rapidité à laquelle je décuve) et surtout, parce que je sentais très fort l’huile d’olive, étant furtivement habité par le sentiment d’être une côtelette qui attendait la fin de sa cuisson.
Samedi, aujourd’hui donc, ben rien, hormis de la lecture scientifique – notamment une hilarante réécriture du Da Vinci Code, version palmipède ; oui, je parle bien de Paperino, Paperone de Paperoni et leurs neveux Qui, Quo, Qua – et ma petite sortie au Vatican pour poster mes dernières productions épistolaires.
En revenant, alors que je me moquais gentiment d’un épi sur la tête de Mikael, nous avons eu ce dialogue syntaxiquement très intéressant : Lui. – Tu dis que tu juges pas mais que tu « donnes ton opinion ». Tu critiques pas, tu « constates »… Tu joues sur les mots ! Moi. – Je joue pas sur les mots, je connais la grammaire !...
Ah, et puis si je poste dès ce soir et non pas demain matin comme je le fais plus couramment, c’est parce demain matin, justement, je vais à Perugia (en Français, Pérouse). Je vous raconterai, rassurez-vous…
J*
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